Diplomatie Après le 12 juin, Tshisekedi évite pour l’instant la tempête diplomatique

Après le 12 juin, Tshisekedi évite pour l’instant la tempête diplomatique

Quarante-huit heures après les violences du 12 juin à Kinshasa, seules l’UE et la Belgique ont réagi, sur un ton prudent. Paris et Washington se taisent. Décryptage des premières sorties et des silences.

Maxime Prévôt en tête-à-tête avec le président Félix Tshisekedi à la cité de l’Union africaine.PHOTO DROIT : Tiers.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 JUIN 2026 - 15:52 WAT · 4 min de lecture

Quarante-huit heures après les violences qui ont accompagné le sit-in de l’opposition devant le Palais du peuple, le 12 juin, deux voix seulement se sont élevées hors des frontières congolaises : celle de l’Union européenne et celle de la Belgique. Les grandes capitales, elles, se taisent. Ce déséquilibre en dit autant sur l’état des relations de Kinshasa avec ses partenaires que sur la nature de la crise ouverte par le débat constitutionnel.

Le porte-parole de la diplomatie européenne, Anouar El Anouni, a dit le 14 juin « déplorer les évènements violents » et « les morts et blessés graves constatés », rappelant l’attachement de l’Union aux libertés fondamentales, dont celle de manifester pacifiquement « dans le cadre de la loi ». Quelques heures plus tôt, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, avait estimé que « les débordements violents et le saccage de sièges de parti n’ont pas leur place en démocratie ». Bruxelles a réclamé une enquête « objective ».

À y regarder de près, les deux déclarations partagent une même prudence. L’une comme l’autre saluent l’enquête que les autorités congolaises disent avoir ouverte, tout en demandant qu’elle aille jusqu’au bout. Le message est calibré : de la fermeté sur les principes, aucune mise en cause directe du pouvoir, et la porte laissée ouverte à une sortie de crise par le haut. C’est le langage de la pression mesurée, pas celui de la condamnation.

Le plus frappant tient pourtant à ce qui n’est pas dit. Paris, à ce stade, n’a rien déclaré. Le silence du Quai d’Orsay détonne, tant la France commente d’ordinaire la vie politique de l’Afrique francophone, et tant son nom revient, à Kinshasa, dans le procès récurrent fait aux anciennes puissances. Washington se tait également. L’engagement américain en RDC s’est recentré, ces derniers mois, sur un seul axe : l’accord de paix parrainé par les États-Unis avec le Rwanda, les sanctions contre des responsables rwandais, l’accès aux minerais stratégiques. Dans cette architecture, Kinshasa est un partenaire que l’on ménage. Les Nations unies et l’Union africaine, enfin, n’ont pas réagi.

Ces silences ne sont pas un hasard. Pour les grandes chancelleries, le dossier congolais reste dominé par la guerre de l’Est et la question rwandaise ; la gouvernance interne vient après. Courtisé comme rempart face au M23 et comme fournisseur de matières premières, le pouvoir de Félix Tshisekedi bénéficie, de fait, d’une forme de protection diplomatique. Dénoncer une répression, c’est risquer de fragiliser des équilibres que personne, à Paris comme à Washington, ne veut rouvrir.

Du coup, les voix les plus dures ne viennent pas des États, mais de la société civile et des défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a dénoncé des violations graves et exigé une enquête indépendante, allant jusqu’à comparer la séquence à « l’ère Kabila ». Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a parlé d’une « répression sanglante » et appelé à empêcher un « coup d’État constitutionnel ». À Kinshasa, plusieurs organisations réclament une commission indépendante. La pression morale existe ; elle est simplement non gouvernementale.

Pour le pouvoir, le bilan diplomatique de ces quarante-huit heures est, pour l’instant, confortable. Aucune condamnation, des déclarations européennes qui valident même l’enquête promise, et le mutisme des deux capitales qui comptent le plus. Pour un gouvernement qui redoutait l’isolement international au moment d’engager la révision constitutionnelle, une réforme que l’opposition accuse de vouloir ouvrir la voie à un troisième mandat, c’est un répit.

Un répit, pas un blanc-seing. En liant explicitement leur bienveillance à une enquête crédible et transparente, l’Union européenne et la Belgique ont aussi posé un repère. Les dossiers sont ouverts. Si un bilan officiel venait confirmer des morts — Martin Fayulu a fait état de deux décès, que le gouvernement n’a pas confirmés, évoquant des blessés « des deux côtés » et une « mise en scène » de l’opposition —, ou si la marche vers le référendum se durcissait, le silence des grands deviendrait plus difficile à tenir. Kinshasa a gagné du temps. Pas l’absolution.

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B
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