Or de l’Ituri : comment plusieurs centaines de millions de dollars sont exportés clandestinement via l’Ouganda
L'or de l'Ituri fuit par tonnes, et un rapport du Groupe d'experts de l'ONU met désormais des chiffres sur cette hémorragie. Pour un seul site minier de la province, les experts évaluent entre 300 et 800 millions de dollars la valeur de l'or extrait et détourné entre mars 2024 et mars 2026. La quasi-totalité prend, selon eux, le chemin de l'Ouganda voisin. C'est une économie de guerre à ciel ouvert.
Kinshasa a inscrit la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par les rebelles du M23, sur une liste d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat sur les minéraux critiques. Une initiative à forts enjeux économiques et géopolitiques, alors que l’est du pays reste en proie aux violences.
AFP
L’or de l’Ituri fuit par tonnes, et un rapport du Groupe d’experts de l’ONU met désormais des chiffres sur cette hémorragie. Pour un seul site minier de la province, les experts évaluent entre 300 et 800 millions de dollars la valeur de l’or extrait et détourné entre mars 2024 et mars 2026. La quasi-totalité prend, selon eux, le chemin de l’Ouganda voisin. C’est une économie de guerre à ciel ouvert.
Le raisonnement des experts tient dans un écart. L’Ituri a officiellement déclaré 559 kilos d’or exportés en 2025. La production réelle, elle, se compte en tonnes pour les seuls sites documentés. En face, l’Ouganda a exporté une quantité record en 2025 : 62 tonnes d’or, pour 6,4 milliards de dollars, en hausse de 30 % sur un an. Cette flambée est, selon le rapport, « largement attribuable à l’or provenant de la RDC ». Le pays voisin n’extrait pourtant qu’une fraction de ce volume sur son propre sol.
Le cyanure, les groupes armés et la taxe de guerre
Le rapport documente aussi la méthode. Dans le seul territoire de Djugu, les experts ont recensé 388 bassins de lixiviation au cyanure, un procédé pourtant interdit par la loi congolaise. Certains de ces bassins seraient contrôlés par des groupes armés, qui prélèvent une taxe sur la production. La ressource finance ainsi les acteurs mêmes de l’insécurité. Le circuit est bien huilé, et il dure.
Ces conclusions tombent au moment où le Conseil de sécurité vient de proroger le régime de sanctions et le mandat du Groupe d’experts. Les États-Unis ont insisté sur ce point. « L’extraction illicite des minerais alimente le conflit en RDC. Les rapports du Groupe d’experts sont essentiels pour retracer ces activités illicites et identifier les personnes qui y participent activement », a déclaré Jennifer Locetta, représentante adjointe des États-Unis pour les affaires politiques spéciales. La suite dépendra des poursuites. Documenter le pillage est une chose. Y mettre fin en est une autre, et le rapport ne dit pas qui, à Kinshasa comme à Kampala, en aura la volonté.
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