RDC: 6 ans de l’alternance pacifique, progrès ou recul?
RDC: 6 ans de l’alternance pacifique, progrès ou recul?
AFP
Ce 24 janvier 2025 marque le sixième anniversaire de la première alternance pacifique du pouvoir en République démocratique du Congo (RDC). Le 24 janvier 2019, Joseph Kabila passait les rênes de la présidence à Félix Tshisekedi, proclamé vainqueur des élections de décembre 2018. Cet événement historique, salué comme une avancée démocratique majeure, portait les espoirs d’un peuple en quête de changement après 18 ans de règne sans partage de Kabila.
L’euphorie du changement
L’arrivée de Félix Tshisekedi, leader charismatique de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), avait suscité un vent d’optimisme. La population voyait en lui le symbole d’un renouveau politique, après des années de lutte acharnée de son parti contre un régime accusé de dérives autoritaires. L’alternance s’annonçait comme un tournant pour la démocratie congolaise.
Pourtant, les espoirs ont rapidement été tempérés par des calculs politiques. Félix Tshisekedi s’était allié au Front Commun pour le Congo (FCC), coalition formée par Joseph Kabila, dans le cadre d’un partenariat fragile. Baptisée FCC-CACH, cette coalition gouvernementale a vite montré ses limites.
Les divergences entre les deux camps ont éclaté au grand jour : le FCC accusait Tshisekedi de gouverner de manière unilatérale, tandis que le CACH dénonçait les blocages systématiques du FCC dans l’exécution des réformes présidentielles.
Un divorce inévitable
Face à l’impasse, Félix Tshisekedi a choisi de rompre l’alliance en 2020, plongeant le pays dans une crise politique. La destitution de figures influentes du FCC, comme Jeannine Mabunda et Célestin Tunda Ya Kasende, a illustré la volonté du camp Tshisekedi de s’émanciper de l’ombre de son prédécesseur.
Cette rupture a marqué le début d’une hostilité ouverte entre les deux leaders. Les accusations de part et d’autre se sont multipliées : Félix Tshisekedi accuse Joseph Kabila de soutenir les groupes armés dans l’Est, notamment le M23, tandis que le FCC reproche à Tshisekedi des velléités autoritaires, avec une volonté présumée de réviser la Constitution pour prolonger son mandat.
Un bilan controversé
Six ans après, la RDC reste divisée. Si l’alternance pacifique de 2019 reste un événement marquant, l’instabilité politique et institutionnelle n’a cessé de s’aggraver. Les querelles entre les camps Tshisekedi et Kabila paralysent les réformes attendues, tandis que la population, confrontée à une insécurité croissante et à des difficultés économiques, exprime de plus en plus sa désillusion.
Hier donneur des leçons devant l’éternel, l’UDPS Tshisekedi perd le fil de sa vertu une fois au pouvoir. On pensait qu’avec l’avènement d’un fils digne d’Étienne Tshisekedi, les conditions de vie des Congolais allaient s’améliorer automatiquement: Il allait réussir à faire baisser le taux de chômage en RDC; Son gouvernement allait construire des routes des dessertes agricoles; La justice allait être équitable pour tous; et les défis multiples allaient être relevés.
Qu’à cela ne tienne, en dépit des divergences, cet anniversaire rappelle l’importance du dialogue et de la collaboration pour consolider les acquis démocratiques. À l’aube des élections prévues en 2028, le spectre de l’instabilité continue de hanter la RDC, mettant en lumière les défis d’une démocratie encore fragile.
Gilbert NM