Politique RDC-Rwanda : Muyaya clarifie l’accord de paix et ses engagements militaires et économiques
Politique

RDC-Rwanda : Muyaya clarifie l’accord de paix et ses engagements militaires et économiques

Patrick Muyaya, porte parole du gouvernement congolais et ministre de la communication et médias
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 28 JUIN 2025 - 15:21 WAT · 4 min de lecture

Depuis le Japon où il participait à un forum international, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a apporté des précisions sur le nouvel accord de paix conclu entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Lors d’un briefing tenu à Osaka ce samedi 28 juin, le ministre a fermement tenu à lever toute ambiguïté sur les termes de ce pacte signé la veille à Washington, sous l’égide des États-Unis.

Face aux rumeurs et aux interprétations erronées ayant circulé dans la foulée de la signature, Muyaya a insisté : « Il faut qu’on s’en tienne à ce qui est écrit. Cet accord vise à mettre fin à la logique de guerre par procuration dans l’Est de la RDC, tout en garantissant la souveraineté, la sécurité et la cessation de tout soutien aux groupes armés. »

Mettre fin aux soutiens aux groupes armés

Au cœur de ce texte qualifié d’« historique » par les diplomates américains, figure l’engagement mutuel de Kinshasa et Kigali à cesser tout appui aux groupes rebelles tels que le M23/AFC ou les FDLR. « C’est l’un des éléments centraux de ce nouveau pacte de paix », a déclaré Muyaya, précisant que les négociations parallèles menées avec le M23 à Doha s’inscrivent dans cette même logique de désescalade régionale.

Un désengagement militaire concerté

Autre point saillant : le retrait progressif et conjoint des troupes congolaises et rwandaises. Ce processus, loin d’un retrait unilatéral, se fera sur la base d’un document stratégique, le plan CONOPS, issu des pourparlers de Luanda sous médiation angolaise. Des mécanismes conjoints de vérification seront mis en place afin d’assurer la transparence des mouvements militaires sur le terrain.

Une intégration conditionnelle des ex-rebelles

Le gouvernement congolais marque aussi une rupture avec les pratiques antérieures d’intégration systématique des ex-combattants au sein des FARDC. « Il ne s’agira plus de les intégrer automatiquement », a souligné Muyaya, évoquant une nouvelle politique d’intégration « conditionnelle », dans le cadre du programme DDRCS (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion Communautaire et Stabilisation).

Des mécanismes conjoints de suivi militaire

La réussite de cet accord dépendra en grande partie de la mise en œuvre efficace de ses clauses. À cet effet, Kinshasa et Kigali ont convenu de renforcer les mécanismes conjoints de suivi militaire. Ces instances auront pour rôle de surveiller les désengagements, prévenir les incidents frontaliers et désamorcer les tensions éventuelles. « Ce sera un outil essentiel de confiance entre les deux pays », a indiqué le porte-parole.

Un soutien international indispensable

Enfin, Patrick Muyaya a reconnu que l’aboutissement de ce processus requiert une implication continue de la communauté internationale. Il a cité les récentes initiatives trilatérales impliquant les présidents Félix Tshisekedi, Paul Kagame et l’Émir du Qatar, comme autant de signaux positifs pour le futur. « Ce n’est qu’un début. Nous appelons à un accompagnement international soutenu pour transformer cet accord en une paix durable », a-t-il lancé.

Une relance diplomatique et économique

Signé le vendredi 27 juin au Département d’État à Washington par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et son homologue rwandais Olivier Nduhungirehe, le texte constitue l’aboutissement de plusieurs mois de négociations discrètes. Il comprend deux volets : sécuritaire et économique. Outre les engagements militaires, l’accord prévoit une coopération renforcée dans des domaines clés : hydroélectricité, gestion des ressources naturelles, traçabilité des minerais, avec le soutien des cadres régionaux tels que la CIRGL, le COMESA et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).

Les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, ont salué une avancée diplomatique majeure. Washington s’est engagé à appuyer sa mise en œuvre, notamment par des investissements dans les filières stratégiques des deux pays.

Avec cet accord, la RDC et le Rwanda tournent la page de plusieurs années de tensions et de conflits armés par acteurs interposés. Mais la route vers la paix reste semée d’embûches, et le véritable défi réside désormais dans l’application rigoureuse des engagements pris à Washington.

Gilbert N.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…