Le but de Wissa, l’amour de la patrie et l’Est meurtri
Au-delà du score, l'égalisation de Yoane Wissa face au Portugal a uni toute la RD Congo, jusqu'à son Est meurtri par la guerre. Récit d'un moment de communion nationale.
Le but de Wissa, l’amour de la patrie et l’Est meurtri
AFP
Il y a des buts qui dépassent le terrain. Quand Yoane Wissa a surgi, à la dernière minute de la première période, pour égaliser face au Portugal, ce n’est pas seulement un point que la RD Congo est allée chercher : c’est un instant de communion nationale, cinquante-deux ans après la dernière apparition des Léopards en Coupe du monde. Le temps d’une tête victorieuse, un pays tout entier s’est reconnu dans un même maillot.
Sur les réseaux sociaux, l’émotion a débordé. « Les larmes aux yeux… c’est comme si la nature et les événements nous imposent l’amour de la patrie », écrivait un supporter, résumant ce que beaucoup de Congolais ont ressenti. Car ce but est venu réchauffer une nation éprouvée, dont l’Est continue de saigner sous l’agression rwandaise et le conflit qui déchire les Kivu et l’Ituri.
C’est là toute la force du moment : le football a offert, l’espace d’une soirée, ce que la vie quotidienne refuse à des millions de Congolais — une raison commune de lever les yeux et de chanter ensemble. De Kinshasa aux camps de réfugiés de la région des Grands Lacs, le même cri a jailli au moment du but. La patrie, malgré ses blessures, s’est retrouvée.
Wissa, lui, incarne cette appartenance choisie. Né en France, enfant d’une diaspora venue du Congo, l’attaquant aurait pu suivre un autre chemin ; il a opté pour les Léopards, et c’est désormais son nom qui restera attaché au tout premier but de l’histoire du pays en Coupe du monde. Un symbole que la fierté congolaise ne connaît ni frontière ni province.
Sur la pelouse de Houston, le buteur a gardé la mesure des siens. « On a été vaillants face à une équipe meilleure que la nôtre », a-t-il déclaré au coup de sifflet, avant d’ajouter : « Le plus important, c’est de continuer maintenant. » Ce soir-là, un maillot, un but et toute une nation qui se relève et se reconnaît — y compris cet Est meurtri qui, le temps d’un match, a vibré comme le reste du pays.
