Léopards Yoane Wissa, le fils du Kongo!

Yoane Wissa, le fils du Kongo!

Né en France de parents originaires du Kongo-Central, Yoane Wissa a inscrit le but qui a uni toute la RD Congo, jusqu'à son Est meurtri. Récit, et mise au point sur ses origines.

Yoane Wissa, le fils du Kongo!
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 17 JUIN 2026 - 22:06 WAT · 4 min de lecture

Quarante-cinquième minute, cinq minutes de temps additionnel, au NRG Stadium de Houston. Sur un centre tendu d’Arthur Masuaku, Yoane Wissa s’élève au premier poteau et place une tête dans le but portugais. À cet instant précis, la RD Congo inscrit le premier but de son histoire en Coupe du monde et égalise face au Portugal (1-1). Cinquante-deux ans après la dernière apparition des Léopards sur la scène mondiale, un coup de casque vient de réécrire une ligne du roman national.

À plusieurs milliers de kilomètres, Kinshasa a explosé. De l’avenue Elengesa aux marchés de Matonge, la capitale a chanté un nul qui avait, pour beaucoup, le goût d’une victoire (lire notre reportage). « Les larmes aux yeux… c’est comme si la nature et les événements nous imposent l’amour de la patrie », écrivait un supporter sur les réseaux, résumant l’émotion d’un pays. Car ce but est venu réchauffer une nation éprouvée, dont l’Est continue de saigner sous l’agression rwandaise et le conflit qui déchire les Kivu et l’Ituri.

L’homme qui l’a marqué connaît le prix de l’attente. Né à Épinay-sous-Sénart, en région parisienne, Yoane Wissa a longtemps écumé les divisions inférieures avant de s’imposer en Angleterre, où il est devenu le meilleur buteur de l’histoire de Brentford en Premier League, puis de rejoindre Newcastle. Blessé, il avait manqué les barrages de novembre qui ont qualifié la RDC ; il revient en juin signer le but fondateur. Une revanche sur le sort, à l’image d’une carrière bâtie à contretemps.

Restait un point longtemps brouillé par la rumeur : celui de ses origines. En mars 2022, les réseaux congolais s’étaient enflammés, certains internautes le présentant comme munyamulenge, originaire du Sud-Kivu, allant jusqu’à lui inventer un post-nom. Son oncle paternel, Guy Wissa, avait alors clos le débat sur Facebook. « Wissa Bileko Yoane n’est ni banyamulenge, ni rwandais, ni originaire du Sud-Kivu, écrivait-il. Nous sommes originaires du Kongo central, des Besi-ngombe, territoire de Mbanza-Ngungu. » Il précisait que le grand-père du joueur, Wissa Bileko Robert, est un cofondateur de l’UDPS, le parti aujourd’hui au pouvoir.

Le buteur du soir est donc un fils de l’Ouest, de cette province du Kongo-Central qui borde l’Atlantique. Et c’est là toute la portée du moment : son but a fait vibrer un pays d’un bout à l’autre du fleuve, jusque dans cet Est meurtri qu’il n’a jamais habité. Le football a offert, l’espace d’une soirée, ce que la vie quotidienne refuse à des millions de Congolais — une raison commune de lever les yeux et de chanter ensemble. De Kinshasa aux camps de réfugiés de la région des Grands Lacs, le même cri a jailli au moment du but.

Sur le terrain, l’égalisation n’avait rien d’un cadeau. Dominée dans la possession, la RD Congo a tenu tête au Portugal de Cristiano Ronaldo, qu’elle a réduit au silence (notre décryptage du match). Le bloc congolais n’a cédé qu’une fois, sur un but précoce de João Neves, avant que Wissa ne remette les deux équipes à égalité juste avant la pause, comme l’a relaté France 24.

Au coup de sifflet, le héros du jour a renvoyé les éloges au collectif. « On a été vaillants face à une équipe meilleure que la nôtre », a-t-il déclaré au micro, avant de fixer le cap : « Le plus important, c’est de continuer maintenant. » La suite s’écrit le 24 juin, face à une Colombie autrement plus huilée (ce qui attend les Léopards). En attendant, un maillot, un but et toute une nation qui s’est reconnue — par-delà ses provinces et ses fractures.

Atlanta, l’autre soir de gloire

Le 28 juin 2026, Yoane Wissa a écrit un nouveau chapitre. Menée 0-1 par l’Ouzbékistan et au bord de l’élimination au Mondial, la RD Congo s’en est remise à lui. L’attaquant a d’abord égalisé sur penalty (61′), puis inscrit le but du 3-1 (82′) pour offrir aux Léopards une remontada folle et garder vivantes leurs chances de qualification. Un doublé décisif, dans la lignée de l’égalisation qu’il avait arrachée au Portugal (1-1) pour l’entrée des Léopards dans la compétition.

Fidèle à lui-même, il a refusé les habits de héros au coup de sifflet : « Je ne suis pas un héros, je suis juste une pièce », a-t-il glissé, dédiant ce succès à tout le groupe. Du but qui a réuni la RDC face au Portugal au doublé qui l’a sauvée face à l’Ouzbékistan, le fils du Kongo-Central s’est imposé, en deux matchs, comme l’homme des grands rendez-vous des Léopards au Mondial 2026.

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B
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