Léopards Entre exil et passion : au Burundi, les réfugiés congolais rêvent d’un exploit des Léopards
Léopards Entre exil et passion : au Burundi, les réfugiés congolais rêvent d’un exploit des Léopards
GRAND REPORTAGE

Entre exil et passion : au Burundi, les réfugiés congolais rêvent d’un exploit des Léopards

À plus de 2 000 kilomètres de Kinshasa, dans les camps de Cishemere et de Makombe, des milliers de Congolais chassés par la guerre suivront RDC-Ouzbékistan sur des écrans géants. Le temps d'un match, le football efface la frontière et l'exil.

Lecture : 4 min
La Rédaction 27 juin 2026

Par Daniel Michombero (Batubenga), correspondant BETO au Burundi

Il fait nuit sur le camp de Cishemere, dans la province burundaise de Cibitoke, quand un écran géant s’allume. Devant lui, des milliers de réfugiés congolais prennent place. À plus de 2 000 kilomètres de Kinshasa, ils s’apprêtent à vivre le match des Léopards contre l’Ouzbékistan comme s’ils étaient au pays. La même scène se répète à Makombe, dans la province de Rumonge, à l’autre bout du Burundi. Ce dimanche, en pleine nuit à l’heure de Kinshasa, la République démocratique du Congo joue sa troisième et dernière rencontre du groupe K à la Coupe du monde 2026. Un match couperet, le premier que les Léopards rêvent de gagner après le nul contre le Portugal et la défaite face à la Colombie.

Ceux qui regarderont n’ont pas choisi d’être là. Ils ont fui. Depuis le début du mois de décembre 2025, plus de cent mille personnes ont traversé la frontière vers le Burundi, chassées par l’offensive du M23 dans le Sud-Kivu et la prise d’Uvira. Le pays en accueille désormais plus de deux cent mille, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ils ont laissé derrière eux des maisons, des champs, une part d’eux-mêmes. Ils ont gardé une équipe.

Un écran pour rapprocher le pays

Sur les sites d’accueil, des écrans géants ont été installés. Les réfugiés y voient un geste venu du sommet de l’État congolais. « Quand nous avons vu cette initiative de notre président, notre papa Félix Tshisekedi, nous étions très contents », confie l’un d’eux. « Avant, nous voulions sortir du camp pour regarder les matchs, mais nous rencontrions beaucoup de problèmes. Aujourd’hui, avec les écrans géants, c’est un vrai soulagement. »

L’accueil n’a pas été immédiat. La promesse paraissait trop belle pour des gens qui n’attendaient plus grand-chose. « Au début, nous ne croyions pas vraiment à ces écrans », raconte un autre réfugié. « Mais quand ils ont été installés, nous avons été très heureux. Nous avons déjà suivi plusieurs matchs, comme RDC contre Portugal et RDC contre la Colombie. Aujourd’hui encore, nous serons devant pour RDC contre l’Ouzbékistan. Nous croyons en notre équipe, ils nous donnent de l’espoir. »

L’espoir, le mot revient dans toutes les bouches. Il ne parle pas que de football.

Quatre-vingt-dix minutes loin de la guerre

Le temps d’un match, le camp cesse d’être un camp. « Ici, nous nous sentons comme chez nous au Congo », dit un réfugié. « Quand nous regardons jouer les Léopards, nous oublions un moment les souffrances que nous avons vécues. » La phrase tient en quelques mots tout ce qu’un écran peut faire pour des exilés : suspendre, brièvement, le poids de ce qu’ils ont traversé. Puis vient le pronostic, lancé comme une prière confiante. « Aujourd’hui, nous pensons à une victoire 2 à 1 pour la RDC. »

La passion ne masque pas la réalité des camps. Le Burundi est salué pour son hospitalité, mais l’afflux a saturé les sites, et la fin de 2025 y a vu surgir le choléra, à Rumonge notamment. Entre deux matchs, la vie reprend son cours d’attente, de files et de précarité. C’est précisément ce qui donne à ces rassemblements leur poids. La communion devant l’écran n’efface rien. Elle offre une trêve.

Le seul match qui compte vraiment

Au-delà du score de dimanche, les écrans géants disent autre chose. Ils tendent un fil entre l’exil et la patrie, entre un terrain d’Atlanta et un écran dressé dans un camp de Cibitoke. Devant cet écran, des milliers de Congolais retrouvent un drapeau, un hymne, un onze qui porte leur nom à la face du monde.

Ils encourageront les Léopards cette nuit. Mais le match dont ils rêvent vraiment ne se joue pas à la Coupe du monde. C’est celui du retour. Celui d’une République démocratique du Congo en paix, où l’on rentre poser ses valises sans craindre la prochaine offensive. En attendant ce coup de sifflet-là, il leur reste un écran dans la nuit, une équipe à aimer, et l’idée tenace que les lendemains peuvent être meilleurs.

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