Riyad et Khartoum scellent un rapprochement stratégique qui risque d’irriter Le Caire
Riyad et Khartoum scellent un rapprochement stratégique qui risque d’irriter Le Caire
AFP
Le site Anti-War a rapporté que la visite du général Abdel Fattah al-Burhan en Arabie saoudite, intervenue deux jours avant l’entrée du Soudan dans la troisième année de guerre civile, marque un tournant dans les relations entre Khartoum et Riyad. Ce déplacement illustre non seulement un renforcement des liens bilatéraux, mais également un repositionnement stratégique de l’Arabie saoudite en mer Rouge, dans le cadre de sa Vision 2030.
Derrière ce rapprochement se dessine un projet plus vaste : le contrôle des ports soudanais sur la mer Rouge, un axe crucial pour les ambitions économiques et logistiques de Riyad. Des projets comme NEOM, les complexes touristiques de la mer Rouge, et l’extension du terminal pétrolier de Yanbu s’inscrivent dans cette logique de sécurisation des routes maritimes, afin de contourner le détroit d’Ormuz.
Un soutien tacite à l’armée soudanaise
Dans ce contexte, la position de Riyad semble s’éloigner de la neutralité initialement affichée dans le conflit soudanais. L’Arabie saoudite tend désormais à soutenir l’armée régulière soudanaise, dirigée par Al-Burhan, en contrepartie de gains géopolitiques sur les côtes de la mer Rouge.
Ce rapprochement n’est pas nouveau. Dès la chute du régime d’Omar el-Béchir en 2021, Riyad a entamé des discussions confidentielles avec Khartoum pour délimiter la frontière maritime entre les deux pays. Des comités mixtes ont été formés en toute discrétion sous la supervision d’Al-Burhan, dans un contexte d’instabilité politique propice aux manœuvres diplomatiques.
La question explosive du triangle de Hala’ib
Toute tentative de démarcation maritime avec le Soudan touche inévitablement au dossier ultrasensible du triangle de Hala’ib — incluant Shalateen et Abu Ramad —, revendiqué à la fois par Khartoum et Le Caire. Un éventuel accord frontalier pourrait être interprété comme une reconnaissance implicite par l’Arabie saoudite de la souveraineté soudanaise sur ce territoire, actuellement sous contrôle égyptien.
C’est précisément pour éviter une escalade diplomatique avec l’Égypte, alliée de l’armée soudanaise et partenaire stratégique de Riyad, que ces négociations sont restées secrètes.
Reprise des discussions sous tension
Avec l’intensification de la guerre civile soudanaise et l’émergence d’un gouvernement parallèle des Forces de soutien rapide (FSR), Riyad aurait intensifié ses efforts pour relancer les travaux de la commission frontalière, suspendus depuis 2023. L’objectif : finaliser un accord avant que la situation politique ne bascule davantage.
Cette reprise a coïncidé avec la visite d’une délégation saoudienne de haut niveau à Port-Soudan. Officiellement centrée sur la coopération maritime, la visite aurait aussi porté sur la prévention de toute installation de bases militaires étrangères, notamment russes ou turques, le long des 853 km de côte soudanaise.
Riyad viserait un accord avec le Soudan similaire à celui signé avec l’Égypte en 2016 sur les îles de Tiran et de Sanafir, à un moment où Le Caire traversait une crise économique majeure.
Vers une nouvelle zone de friction régionale ?
Un accord final entre Riyad et Khartoum sur la frontière maritime pourrait déclencher une vive réaction du Caire, d’autant que les zones de Halayeb, Shalateen et Abu Ramad restent un point de discorde majeur. La révélation publique d’un tel accord pourrait également bouleverser les équilibres militaires au sein de l’armée soudanaise, dont une partie reste très liée à l’Égypte.
Dans cette reconfiguration diplomatique, l’Arabie saoudite s’affirme davantage comme une puissance régionale assumant pleinement ses ambitions géostratégiques — quitte à provoquer des frictions avec ses alliés traditionnels.
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