Sud-Kivu : au moins dix-huit morts dans une frappe de drone sur des déplacés à Fizi, l’administrateur accuse le M23
Une frappe de drone a tué au moins dix-huit personnes parmi des déplacés à Mulima, dans le territoire de Fizi. L'administrateur accuse le M23 et le Rwanda. Dans ces hauts plateaux, l'origine des drones reste toutefois disputée.
Sud-Kivu : au moins dix-huit morts dans une frappe de drone sur des déplacés à Fizi, l’administrateur accuse le M23
AFP
Le 3 juillet 2026, au petit matin, une frappe de drone a visé le village de Mulima, dans le groupement de Basilocha, secteur de Tanganyika, en territoire de Fizi, au Sud-Kivu. Selon l’administrateur du territoire, Samy Kalonji Badibanga, l’attaque a fait au moins dix-huit morts parmi des déplacés internes installés dans la localité, ainsi que plusieurs blessés. « On dénombre de nombreuses victimes parmi les femmes, les hommes et les enfants, ainsi que des pertes de bétail. Les infrastructures sanitaires et scolaires ont été détruites », a déclaré l’administrateur à Radio Okapi. Un média local, Kivu-Avenir, avance de son côté un bilan d’au moins vingt et un morts. Ces décomptes restent provisoires et non consolidés.
Sur l’origine de la frappe, une seule version est publiquement documentée à ce jour, celle de l’autorité territoriale. L’administrateur attribue l’attaque au M23 et à ses alliés, et les autorités de Fizi ont condamné ce qu’elles présentent comme des violations répétées du territoire national par des appareils rwandais. À l’heure où ces lignes sont écrites, ni l’AFC/M23 ni le Rwanda n’ont réagi publiquement à cette accusation, et aucune source indépendante n’a confirmé l’identité de l’auteur de la frappe. L’attribution repose donc, pour l’instant, sur la parole d’une partie au conflit. Les réactions de l’AFC/M23, de Kigali comme de l’armée congolaise seront publiées si elles parviennent à la rédaction.
Cette prudence s’impose d’autant plus que les hauts plateaux de Fizi et de Minembwe sont un ciel encombré. Plusieurs acteurs y opèrent des drones. Du côté du camp gouvernemental, l’armée congolaise, appuyée par des contingents burundais et des combattants Wazalendo, mène depuis des mois des opérations dans la zone. Du côté rebelle, l’AFC/M23 et ses alliés Twirwaneho, appuyés selon Kinshasa par le Rwanda, disposent aussi de moyens aériens. Fin avril, les forces armées congolaises avaient annoncé avoir abattu un drone qu’elles attribuaient à la rébellion. Attribuer une frappe précise, sans débris analysés ni enquête, relève donc de l’exercice périlleux.
Le village de Mulima lui-même a déjà connu cette ambiguïté. En février 2026, des bombardements de drones y avaient été signalés, sans que leur origine soit établie. Le mouvement citoyen local avait alors publiquement posé la question. « S’il s’agit d’une erreur de notre armée qui confond nos positions avec celles de l’ennemi, à Mulima, il n’y a pas d’ennemis, seulement des civils et l’armée loyaliste », avait déclaré le président du MCMR, Innocent Luc, cité par Kivutimes. Cette hypothèse, formulée il y a plusieurs mois, n’a jamais été tranchée, et elle rappelle que la responsabilité des frappes sur cette localité n’a rien d’évident.
Les organisations de défense des droits humains décrivent d’ailleurs un tableau où toutes les parties sont mises en cause. Dans un communiqué d’avril 2026, Human Rights Watch relevait que les civils des hauts plateaux du Sud-Kivu vivaient dans la crainte d’exactions commises par l’ensemble des belligérants. L’organisation a documenté plusieurs frappes de drones ayant tué des civils dans cette zone, en notant que la nature des cibles, dans certains cas, suggérait un contrôle par l’armée congolaise ou ses alliés. Ces constats portent sur des épisodes antérieurs, non sur la frappe du 3 juillet, mais ils interdisent toute conclusion hâtive.
Ce qui n’est pas en doute, c’est le sort des victimes. Fizi accueille depuis le début de l’année des centaines de milliers de déplacés, chassés par les combats, et Mulima est l’un de ces refuges de fortune. Frapper un site de déplacés, quel qu’en soit l’auteur, c’est atteindre des civils déjà arrachés à leurs foyers, sans autre tort que d’avoir fui. Les infrastructures détruites, écoles et centres de santé, aggravent une situation humanitaire déjà critique dans une zone difficile d’accès.
Pour Kinshasa, cette frappe pose une double exigence, celle de la protection des civils et celle de la vérité. Établir qui a tué à Mulima suppose une enquête indépendante, des relevés techniques et le recoupement des témoignages, seuls à même de dépasser les accusations croisées. En attendant, l’information honnête consiste à rapporter le drame sans en désigner l’auteur à la place des faits. Les déplacés de Mulima méritent mieux qu’un coupable désigné par défaut. Ils méritent que l’on sache, vraiment, ce qui les a frappés à l’aube du 3 juillet.
À lire aussi
RDC : le gouvernement et la majorité parlementaire renforcent leur cadre de concertation
RDC : le gouvernement veut améliorer son score au Business Ready de la Banque mondiale