Sud-Ubangi : 7,7 millions de dollars pour relancer l’agriculture autour de Bwamanda
L'État lance à Bwamanda un programme agricole de 7,7 millions de dollars, financé par le Fonds de régulation économique. Une renaissance annoncée pour le Sud-Ubangi, à condition que l'argent aille jusqu'au champ.
Sud-Ubangi : 7,7 millions de dollars pour relancer l’agriculture autour de Bwamanda
AFP
Le 3 juillet 2026, à Bwamanda, dans la province du Sud-Ubangi, le gouvernement a lancé le Programme de relance agricole du Sud-Ubangi, doté de 7,7 millions de dollars. Le financement provient du Fonds de régulation économique, à travers le ministère de l’Économie nationale, et il s’agit du premier projet agricole appuyé par ce fonds. Le programme s’adosse au Centre de développement intégral de Bwamanda, une structure locale de longue date, dont le coordonnateur, Édouard Sangi, a résumé l’ambition. « Nous voulons être des modèles pour bien gérer, bien faire les choses », a-t-il déclaré lors du lancement.
Le contenu du programme dessine une chaîne agricole complète, du champ au marché. Il prévoit l’encadrement de deux mille producteurs, la structuration de quatre-vingts organisations paysannes et de vingt associations villageoises d’épargne et de crédit, autour des filières du soja et du maïs. À cela s’ajoute un volet logistique lourd, la réhabilitation de deux cent quatre-vingt-dix kilomètres de routes de desserte agricole, la fourniture de cinq camions, la construction de deux silos et d’une unité de transformation du soja. L’objectif affiché est d’ouvrir des débouchés jusqu’à Kinshasa.
Ce lancement n’est pas né de rien. Depuis 2024, le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a conduit des missions d’évaluation dans des zones jugées à fort potentiel agricole. En octobre 2025, l’une d’elles avait pointé, pour le Sud-Ubangi, les maux classiques du secteur, l’enclavement, le manque de semences et l’absence de capacités de stockage. Le 16 avril 2026, un protocole d’accord avait été signé, avant le lancement opérationnel de juillet. Le Centre de développement intégral de Bwamanda, lui, n’est pas un acteur neuf. Son directeur général, le révérend père Dominique Dewe Sana, l’avait rappelé lors de la signature. « Ce programme vient en appui aux activités de CDI-Bwamanda. Il permet de redynamiser une structure habituée à accompagner les paysans », déclarait-il en avril.
L’enjeu dépasse une province. Le Sud-Ubangi, comme une grande partie de l’ancien Équateur, dispose de terres fertiles et d’un savoir-faire agricole, mais souffre d’un isolement qui étrangle sa production. Sans routes praticables, la récolte pourrit avant d’atteindre le marché, et le paysan renonce à produire au-delà de sa subsistance. En liant semences, encadrement, stockage, transformation et désenclavement, le programme s’attaque à la chaîne dans son ensemble, plutôt qu’à un maillon isolé. C’est cette approche intégrée qui fait sa promesse.
Reste que lancer n’est pas récolter. Sept millions et demi de dollars annoncés à Kinshasa ne deviennent des silos remplis et des routes carrossables qu’au prix d’une exécution que la RDC peine souvent à tenir. Le programme des développement local des cent quarante-cinq territoires, lancé en grande pompe, en a offert un précédent amer, avec des taux d’exécution physique très en deçà des fonds décaissés. La vraie mesure du succès ne sera pas le montant engagé, mais le nombre de tonnes de soja et de maïs effectivement produites, transportées et vendues à l’issue des premières campagnes.
Pour Kinshasa, ce programme est aussi un test de méthode. Confier la mise en œuvre à une structure locale enracinée comme le Centre de Bwamanda, plutôt qu’à un opérateur extérieur, peut réduire les risques de dispersion des fonds, à condition que le suivi soit rigoureux et les comptes rendus publics. La souveraineté alimentaire, dont la RDC parle depuis des années, ne se décrète pas dans un discours, elle se construit province par province, filière par filière. Le Sud-Ubangi en est un premier chantier.
Le pari est clair. Si les deux mille producteurs voient réellement passer les semences, les routes et les camions, et si le soja de Bwamanda arrive un jour sur les marchés de Kinshasa, alors le programme aura tenu sa promesse et pourra servir de modèle. Dans le cas contraire, il rejoindra la longue liste des annonces sans lendemain. Entre les deux, il y a une exécution à surveiller, et c’est à elle, et non au ruban coupé, que se jugera cette renaissance agricole.
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