Économie Grands travaux : trois mois après l’inauguration, Kakobola et l’écart entre l’annonce et le courant

Grands travaux : trois mois après l’inauguration, Kakobola et l’écart entre l’annonce et le courant

Une centrale inaugurée en mars, une pénurie d'électricité en juillet. À Idiofa, l'écart entre la promesse et le service rendu résume un défi congolais, celui de l'après-inauguration.

Grands travaux : trois mois après l’inauguration, Kakobola et l’écart entre l’annonce et le courant
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 20:41 WAT · 4 min de lecture

Le 26 mars 2026, la centrale hydroélectrique de Kakobola était inaugurée en grande pompe dans la province du Kwilu. Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, promettait un courant permanent et une maintenance garantie pour quelque 200 000 bénéficiaires des cités d’Idiofa, de Gungu et de la ville de Kikwit. « C’est la première fois que la ville de Kikwit, qui existe depuis 1910, reçoit de l’énergie électrique de source hydraulique », se félicitait le ministre. Le chantier, lancé en 2011, avait attendu quinze ans.

Trois mois plus tard, le service promis n’est pas au rendez-vous. Le 2 juillet 2026, Radio Okapi documentait une pénurie d’électricité à Idiofa, où le courant est fourni une heure ou deux avant de disparaître. « On nous donne le courant pour une heure ou deux heures du temps, après ça coupe. La population d’Idiofa est en train de demander au gouvernement que l’on nous donne un courant stable pour que Idiofa se développe », témoignait le coordonnateur local de la Nouvelle Société civile congolaise, Pipete Arsène Kasiama. L’interruption du service peut relever du réseau de distribution plutôt que de la centrale elle-même, mais le résultat, pour l’habitant, est le même, la lumière manque.

Ce décalage n’est pas isolé. Le Programme de développement local des 145 territoires, vitrine de la décentralisation, en offre une illustration chiffrée. Le 15 novembre 2024, le vice-Premier ministre chargé du Plan, Guylain Nyembo, reconnaissait un taux d’exécution physique de 32,48 %, pour une exécution financière de 58,49 %. Autrement dit, plus de la moitié des fonds engagés pour un tiers seulement des ouvrages réalisés. Le ministre avançait plusieurs causes, démarrage tardif, insécurité, enclavement et vol de matériaux.

Sur le terrain, des organisations de la société civile ont dressé des constats plus sévères. Dans un rapport de mai 2025, le Centre de recherches en finances publiques et développement local estimait à zéro le taux de réalisation des ouvrages confiés à l’un des opérateurs au Kasaï. Au Lualaba, les Forces vives décrivaient des écoles réduites à des squelettes de béton, sans toiture ni portes. « Nous avons relevé que le taux d’exécution était très faible, mais aussi, nous avons constaté des écarts entre les fonds décaissés par l’État et la qualité des ouvrages », résumait le coordonnateur du centre, Valéry Madianga. Ces constats sont ceux d’organisations de veille citoyenne, non d’un audit d’État.

Les opérateurs, eux, défendent leur calendrier. Interrogé en juin 2025 sur les retards du programme, le représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement en RDC, Damien Mama, se voulait rassurant. « Nous restons confiants, les délais seront respectés », affirmait-il. Reste que, un an plus tard, les demandes d’audit émanant d’élus et d’ONG n’ont pas trouvé de réponse publique consolidée.

Pour Kinshasa, ces exemples posent une question qui dépasse chaque chantier, celle de la valeur d’une inauguration. Couper un ruban est un acte politique, mais le service public ne commence qu’après, quand le courant doit couler et l’école ouvrir. Rien n’indique que tous les grands travaux échouent, et plusieurs ouvrages ont bien été livrés. Mais tant que la maintenance et l’achèvement resteront le maillon faible, chaque cérémonie portera le risque d’une promesse démentie quelques mois plus tard. La vraie inauguration, c’est le jour où le service tient.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…