Politique Dialogue national : qui recueillera la parole des 26 provinces ? La question que l’ordonnance devra trancher
Politique

Dialogue national : qui recueillera la parole des 26 provinces ? La question que l’ordonnance devra trancher

Muyaya promet transparence et impartialité dans la remontée des recommandations provinciales. Qui préside, qui trie, qui rédige : rien n'est encore écrit.

Patrick Muyaya, Ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement congolais. Photo tiers
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 5 SEPTEMBRE 2026 - 09:28 WAT · 6 min de lecture

Le dispositif annoncé le 27 août repose sur un mouvement du bas vers le haut. Des forums préliminaires au chef-lieu de chacune des 26 provinces, puis un document de synthèse nationale, puis des assises à Kinshasa qui, selon le chef de l’État, « ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays ».

Reste une question de mécanique : qui recueille cette parole, qui la trie, et qui écrit la synthèse. Invité de l’émission Dialogue entre Congolais sur Radio Okapi le 3 septembre, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a décrit le principe sans pouvoir en donner les modalités.

« L’idée ici, c’est que le Président de la République donne la parole au peuple (…) Ce seront des recommandations qui viendront de la base et qui permettront à la fin d’avoir un document, ce pacte-là », a-t-il expliqué. Il a ajouté qu’une ordonnance présidentielle doit prochainement préciser le cadre de fonctionnement du comité d’organisation, avec pour objectif de garantir la transparence et l’impartialité dans la collecte des recommandations issues des consultations provinciales.

Ce que le discours dit, et ce qu’il ne dit pas

Le texte présidentiel fixe la composition des forums provinciaux. Y sont attendus « les populations et les autorités locales, les députés nationaux et les sénateurs élus de la province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis et regroupements politiques de la majorité et de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses ainsi que les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques ».

Il annonce ensuite que « l’ensemble de ces contributions sera consolidé dans un document de synthèse nationale ».

Il ne dit pas qui préside le forum provincial, ni combien de personnes y siègent, ni combien de jours il dure, ni selon quelle méthode les contributions sont retenues ou écartées, ni qui rédige la synthèse. Le Comité d’organisation, institué par la première ordonnance, est chargé de la préparation « administrative, matérielle et logistique ». La Commission préparatoire, instituée par la seconde, doit « concevoir et organiser le processus, en proposer la feuille de route et conduire les consultations techniques et politiques ». Au 5 septembre, ni l’une ni l’autre des deux ordonnances n’a été signée.

En 2013, la clé se trouvait dans un règlement intérieur jamais publié

Le précédent le plus proche indique où la réponse s’est logée la dernière fois. Les concertations nationales de 2013 avaient été créées par l’ordonnance n° 13/078 du 26 juin 2013. Ce texte crée une assemblée plénière, un présidium et des états généraux, fixe cinq groupes thématiques, mais ne dit ni le nombre de participants ni la méthode de travail : il renvoie ces points au règlement intérieur.

Le présidium était composé du président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku et du président du Sénat Léon Kengo wa Dondo. C’est lui qui, aux termes de l’article 8, gérait les ressources des concertations. Le règlement intérieur, lui, n’a pas été publié.

Les travaux ont réuni plus de 800 personnes du 7 septembre au 5 octobre 2013 au Palais du peuple. Radio Okapi a retenu neuf recommandations principales à la clôture. Le nombre total de recommandations effectivement produites n’a jamais été rendu public, pas plus qu’un bilan consolidé de leur application. Le comité de suivi annoncé par Joseph Kabila le 23 octobre 2013 devant le Congrès, co-dirigé par les présidents des deux chambres, n’a publié aucun bilan.

Combien de personnes, et pour combien de temps

Le nombre de participants n’est fixé nulle part, ni par province ni pour les assises nationales. Les deux exercices comparables donnent des ordres de grandeur. Les concertations de 2013 ont réuni plus de 800 personnes. Le dialogue de la Cité de l’Union africaine, ouvert le 1er septembre 2016, était parti sur 200 délégués et est passé à 280 dès la première plénière, à la demande des parties.

La durée de chaque forum provincial n’est pas davantage arrêtée. Le seul repère est le plafond global des trois mois. Si l’ordonnance était signée à la mi-septembre, la clôture des assises tomberait à la mi-décembre, période de fêtes comprise, pour un enchaînement qui suppose vingt-six forums, la remontée des documents, leur consolidation, puis les travaux de Kinshasa.

Vingt-six forums, un seul document

L’exercice de 2026 change d’échelle. Là où 2013 réunissait une assemblée en un lieu, le dispositif annoncé prévoit vingt-six réunions dans vingt-six villes, dont les résultats devront être ramenés à un texte unique, puis discutés en assises, le tout dans un délai que le président a borné : « L’ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois. »

Deux chefs-lieux de province posent une difficulté que ni le discours ni le porte-parole n’ont abordée. Goma et Bukavu sont administrés par l’AFC/M23, et Kinshasa n’y fait plus appliquer ses décisions : le 1er septembre, Radio Okapi rendait compte de la suspension des activités universitaires dans la zone contrôlée par le mouvement.

Ce qu’il faut retenir

Le principe est posé, la méthode ne l’est pas. Le porte-parole du gouvernement promet transparence et impartialité dans la remontée des recommandations provinciales, et renvoie à une ordonnance qui n’est toujours pas signée neuf jours après l’annonce. Qui préside les forums, qui arbitre entre les contributions, qui rédige la synthèse nationale et selon quelle règle : aucune de ces questions n’a de réponse publique au 5 septembre. En 2013, ces réponses figuraient dans un règlement intérieur que personne n’a jamais lu, et le bilan des recommandations n’a jamais été publié.

À lire aussi

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…