Réforme constitutionnelle : l’UDPS en désordre de bataille
Le parti présidentiel s'est posé en fer de lance du changement de Constitution. Mais l'UDPS plaide qu'on la laisse seule au front, hésite sur le texte qu'elle défend, et finit devant le juge pour protéger le nom de ses militants.
Réforme constitutionnelle : l’UDPS en désordre de bataille
AFP
KINSHASA — Dimanche 14 juin, devant ses militants, Augustin Kabuya a dit tout haut ce qu’un chef de parti majoritaire répugne d’ordinaire à reconnaître : il se bat seul. « Depuis ces montages des vidéos de l’opposition je n’ai vu aucun parti de la majorité ne se mobilise face aux mensonges de l’opposition ; ils laissent l’UDPS seule défendre le pouvoir et ne voient que leur intérêt et les postes politique », a lancé le secrétaire général du parti présidentiel. La phrase visait les alliés de l’Union sacrée. Elle dessinait surtout, en creux, l’état d’un camp.
Car l’UDPS porte la réforme constitutionnelle comme on porte un fardeau qu’on aurait préféré partager. Le parti d’Étienne Tshisekedi en a fait une promesse fondatrice, et son secrétaire général la défend sans détour : la Constitution de 2006 n’est pas la sienne. « L’UDPS n’a jamais souscrit à cette Constitution », affirmait Kabuya le 25 mai, au lancement des consultations de la coalition C4. Et d’annoncer le socle du futur texte : « Nous allons utiliser la Constitution de 1992 et cette Constitution sera adaptée aux réalités actuelles. » Le projet exhumé de la Conférence nationale souveraine pour récuser la Constitution « des belligérants » : la ligne est cohérente sur le papier. Sur le terrain, elle se heurte à la maison elle-même.
Rembobinons. La maison UDPS n’a pas réglé la question de savoir qui la dirige. Depuis 2024, le parti vit une crise de commandement entre Kabuya, secrétaire général contesté, et Déo Bizibu, désigné par une convention du parti. Félix Tshisekedi est intervenu en personne pour imposer une cohabitation sans vainqueur ni vaincu, Kabuya restant en poste assisté de Bizibu, dans l’attente d’un congrès. En septembre 2025, la presse constatait encore une UDPS « toujours divisée » entre les deux hommes. La fracture n’est pas qu’une affaire d’organigramme. Dès octobre 2024, Bizibu soutenait que Kabuya « n’a pas qualité d’engager l’UDPS » et que ses prises de position sur la révision valaient comme député ou simple citoyen, non comme voix du parti. Autrement dit : sur le dossier le plus lourd du moment, le parti présidentiel n’a pas tranché qui parle en son nom.
Cette indétermination se paie. Quand Kabuya annonce que la prochaine Constitution sortira du projet de 1992, il engage l’UDPS sur un contenu précis ; mais la doctrine du « changement » contre la « révision » reste flottante d’un cadre à l’autre de la majorité, certains plaidant pour amender, d’autres pour refonder. Le flou nourrit l’accusation adverse — celle d’un troisième mandat déguisé pour le chef de l’État, dont le second et dernier mandat court jusqu’en janvier 2029. Kabuya s’en défend avec constance : « Il ne faut plus faire dire au président de la République ce qu’il n’a jamais dit », répète-t-il, niant tout projet de maintien au pouvoir. Mais à force de devoir démentir, le parti se retrouve sur la défensive sur un terrain qu’il prétendait dominer.
L’ordre de bataille se défait aussi par le bas. Le week-end des 20 et 21 juin, des jeunes se réclamant de l’UDPS ont manifesté à Kananga, dans le Kasaï-Central, devant plusieurs paroisses catholiques, pour contester la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) hostile à toute modification de la Constitution. Les manifestants ont réclamé le retrait de la signature de l’archevêque de Kananga, Mgr Félicien Ntambue, du document des évêques. La veille, à Kinshasa, Kabuya avait lui-même « déchiré » publiquement la déclaration de la CENCO. Le parti au pouvoir, censé incarner l’État, en vient à affronter l’Église dans la rue — un front de plus, ouvert sans coordination apparente avec ses alliés.
Et puis il y a le juge. Le 22 juin, l’UDPS a saisi la justice pour protéger le nom des « Forces du Progrès », ses structures de mobilisation citées dans les débordements ayant suivi le sit-in de l’opposition du 12 juin. La démarche dit quelque chose de l’embarras : pour défendre l’image de son appareil militant, le parti présidentiel doit désormais passer par les tribunaux. La bataille constitutionnelle, qui devait être offensive, se mène en partie en défense de soi.
Un mot sur ce qui ne peut être tenu pour acquis. Les accusations qui visent les « Forces du Progrès » — milice, distributions d’armes blanches, bilans humains du 12 juin — circulent surtout dans le débat partisan et sur les réseaux ; elles n’ont pas, à ce stade, fait l’objet d’une vérification indépendante établie, et l’UDPS les conteste au point de saisir la justice. Elles relèvent du litige en cours, pas du fait acquis. Ce qui est établi, en revanche, tient en trois signes convergents : un parti dont la direction reste disputée, une doctrine constitutionnelle que ses propres cadres énoncent différemment, et un secrétaire général qui dit se battre sans renfort.
Reste la formule de Kabuya, et ce qu’elle avoue. « Nous aussi UDPS nous n’abandonnerons le chef de l’État car nous sommes dans la légalité », a-t-il promis le même jour. La fidélité n’est pas en cause. C’est l’ordre de marche qui l’est. Une armée qui doit jurer qu’elle ne désertera pas est rarement une armée sûre de ses rangs.
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