Serment et formation obligatoire : ce que Kinshasa prépare pour ses ambassadeurs en octobre
La 13e conférence diplomatique se tiendra en octobre à Kinshasa sur cinq jours. Formation standardisée obligatoire avant tout déploiement, serment de service, documents-cadre de politique étrangère à prévalider. Une conférence annoncée depuis novembre 2024, quatre ans et huit mois après la précédente.
La ministre Thérèse Kayikwamba reçoit la lettre de créance de Hamad Salem Dhaen Al Sheikh Al Kuwari, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’État du Qatar, lundi 23 décembre 2025 à Kinshasa.
Photo/Ministère des Affaires étrangères de la RDC.
AFP
Tout ambassadeur congolais devra suivre une formation standardisée avant de rejoindre son poste, et prêter un serment de service. C’est la nouveauté annoncée au Conseil des ministres du 28 août par la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, qui a informé le gouvernement de la tenue de la 13e conférence diplomatique en octobre à Kinshasa.
Ce que la note annonce
Cinq jours de travaux sont prévus. L’objectif principal est de prévalider les documents-cadre de politique étrangère formalisés de la République démocratique du Congo, et de définir les dispositifs institutionnels et opérationnels de leur mise en œuvre.
Ces dispositifs doivent garantir la cohérence entre l’action du gouvernement, celle de l’administration centrale et celle des missions diplomatiques et postes consulaires. La note présente le document-cadre comme un outil de transition vers une diplomatie d’anticipation plutôt que de gestion des urgences. Il orientera les partenariats, harmonisera les positions défendues à l’international et alignera les ressources sur les priorités nationales.
Les assises inaugureront le module de formation standardisé, présenté comme désormais obligatoire pour tous les ambassadeurs avant leur déploiement. La mise à niveau sera couronnée par la signature d’un serment de service, gage d’intégrité et de redevabilité envers l’État. L’accompagnement du gouvernement a été sollicité pour la réussite de ces processus.
Le serment a déjà été prêté une fois
Le 28 février 2022, à la clôture de la 12e conférence diplomatique, le vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères de l’époque demandait aux diplomates de « renouveler le serment de servir toujours la République et d’exécuter fidèlement, sous la très Haute Autorité du Chef de l’État, ses directives ainsi que les recommandations de la 12ème Conférence diplomatique », rapportait l’ACP.
Les diplomates avaient adopté une motion à la clôture. « Nous nous engageons à travailler de toutes nos forces pour redorer l’image de notre pays et de ses représentations diplomatiques à l’étranger », y écrivaient-ils.
Ce que la note de la 97e réunion ajoute est le caractère obligatoire et préalable au déploiement, et le rattachement du serment à un module de formation.
La formation des diplomates n’est pas neuve non plus
L’Académie diplomatique congolaise existe depuis le 14 avril 2006, créée par arrêté ministériel. Elle a formé plus de 500 personnes entre 2006 et 2024, selon son directeur cité par l’ACP en avril 2024 : agents de services publics et privés, employés de l’Inspection générale des Finances, attachés culturels et commerciaux, agents civils et militaires.
Le motif invoqué à sa création n’a pas changé en dix-sept ans. « C’est pour barrer la route aux diplomates improvisés que nous nous attelons à former ces fonctionnaires », déclarait son directeur d’alors à l’AFP en juillet 2009.
En novembre 2024, la ministre d’État annonçait déjà un dispositif de ce type. « Je lance, dans les tout prochains jours, la formation sans exclusion, en prévision de l’intégration dans le Corps des Diplomates. Chers collaborateurs, je dois vous avouer qu’on ne s’improvise pas diplomate, et la formation est indispensable pour l’acquisition des compétences et des connaissances requises pour assumer la noble profession de diplomate », disait-elle selon l’ACP.
La conférence est annoncée depuis vingt et un mois
C’est le même jour, le 27 novembre 2024, que la 13e conférence diplomatique a été annoncée pour la première fois. « La 13ème Conférence diplomatique va s’inscrire dans une démarche purement stratégique et pragmatique. Je dois vous annoncer que cette innovation conceptuelle et opérationnelle exigera une nouvelle orientation dans la responsabilisation des uns et des autres pour garantir l’accélération fiable et viable des réformes qui ne peuvent plus attendre », déclarait la ministre d’État.
Vingt et un mois séparent cette annonce de celle faite au Conseil des ministres du 28 août 2026.
Quatre-vingt-treize recommandations sans bilan public
La 12e conférence diplomatique s’est tenue du 26 au 28 février 2022 à Kinshasa. Elle a produit 93 recommandations. Plus de 60 % d’entre elles portaient sur les secteurs administratif, financier et technique, selon Radio Okapi.
Trois rapports de commissions sur la mise en œuvre de ces recommandations ont été remis à la ministre d’État en novembre 2024. Leur contenu n’a pas été rendu public. Aucun bilan chiffré de l’exécution des 93 recommandations n’a été publié depuis.
Le vice-Premier ministre de l’époque avait pourtant posé la condition. « Aucune action diplomatique ne peut produire les résultats escomptés si elle ne bénéficie du soutien politique du Président de la République et du Parlement ainsi que du soutien matériel du gouvernement », disait-il à la clôture.
Une périodicité que personne ne tient
La tradition veut que la conférence diplomatique se tienne tous les deux ans. Aucun texte juridique fixant cette périodicité n’a été retrouvé.
Les faits sont plus simples. La 11e conférence s’est tenue du 29 novembre au 4 décembre 2010 au Palais de la Nation. La 12e a suivi douze ans plus tard, en février 2022. La 13e est annoncée pour octobre 2026, quatre ans et huit mois après la précédente.
Ce que la conférence trouvera sur sa table
L’état matériel du ministère et du réseau pèse sur toute réforme de doctrine.
Entre avril 2021 et octobre 2023, l’État a dépensé plus de 205 millions de dollars pour assainir la diplomatie, selon le ministre des Finances de l’époque cité par l’ACP : contributions aux organisations internationales, loyers, salaires, rapatriements, mutations. Les arriérés de loyers des chancelleries et résidences pour 2020 et 2021, évalués à 10,013 millions de dollars et 4,078 millions d’euros, avaient été apurés en juillet 2022.
Cela n’a pas suffi. Le 13 novembre 2024, les agents du ministère ont observé une grève sèche pour réclamer 28 % de leurs grilles barémiques, dus depuis octobre 2024. Les locaux de la Coopération internationale, incendiés en 2019, étaient toujours en l’état lors d’une visite ministérielle en mai 2026.
Le budget de l’exercice 2026 accorde à la section Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie 395 355 217 809 francs congolais, soit 0,81 % du budget général de l’État. La ligne des transferts aux ambassades et postes consulaires y pèse 58 965 163 385 francs.
L’année où le pays siège au Conseil de sécurité
Le calendrier n’est pas neutre. La RDC a été élue membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour 2026-2027 avec 183 voix sur 187 votes admissibles, et elle en a pris la présidence tournante le 1er juillet 2026.
« Nous voulons être un acteur pour la paix en Afrique, la paix sur toute l’étendue de la terre, un acteur qui va promouvoir plus de paix, plus de justice, plus de développement et surtout plus d’unité », déclarait la ministre d’État au lendemain de l’élection, en juin 2025.
La 13e conférence se tiendra donc pendant le mandat, et non avant lui.
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