RDC : plus de 300 000 agents de l’État en âge de partir à la retraite, le gouvernement sommé d’accélérer
Le Conseil des ministres du 28 août 2026 chiffre à plus de 300 000 les agents ayant atteint ou dépassé l'âge de la retraite, et veut financer leurs départs hors budget de l'État.
RDC : plus de 300 000 agents de l’État en âge de partir à la retraite, le gouvernement sommé d’accélérer
AFP
Le chiffre figure au compte rendu de la 97e réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 28 août 2026 à la Cité de l’Union africaine. « Plus de 300 000 agents et fonctionnaires de l’État auraient atteint ou dépassé l’âge statutaire de la retraite, parmi lesquels de nombreux septuagénaires, octogénaires, voire nonagénaires encore en activité », indique le document, qui restitue le deuxième point de la communication du chef de l’État.
Le président dit avoir été saisi de plusieurs rapports concordants faisant état d’« un vieillissement préoccupant des effectifs de notre administration publique, tant dans les régimes généraux que dans les différents régimes spécifiques ». Le conditionnel employé par le compte rendu lui-même mérite d’être relevé : le chiffre est présenté comme une estimation issue de rapports, non comme un décompte définitif.
Quatre effets énumérés
Le Conseil décrit une situation qui « affecte la performance de l’administration et la qualité des services publics, freine le renouvellement générationnel, limite les perspectives d’évolution des jeunes agents et exerce une pression importante sur la masse salariale de l’État ».
Ce dernier point est le nerf du dossier. Un agent maintenu en activité au-delà de l’âge statutaire continue de percevoir un salaire, quand son départ transformerait cette charge en pension. Mais le départ suppose de payer d’abord les indemnités de fin de carrière, ce que la trésorerie de l’État n’a pas permis de faire à l’échelle nécessaire.
Le compte rendu le reconnaît en termes mesurés : les mises à la retraite intervenues en 2022 et en 2025 sont jugées « encore insuffisantes au regard de l’ampleur des besoins ».
Un chiffre qui n’a pas bougé depuis treize mois
Le stock n’est pas nouveau. Le 11 juillet 2025, le Conseil des ministres avait entendu une communication du vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, qui chiffrait alors à 314 000 les agents concernés par le processus de mise à la retraite, et annonçait un plan décennal après une période d’observation entre 2023 et 2024.
Treize mois plus tard, le compte rendu parle de « plus de 300 000 ». Les deux chiffres sont du même ordre. Entre-temps, une vague de mises à la retraite est intervenue en 2025, que le Conseil juge aujourd’hui insuffisante.
Ce que le gouvernement doit produire
Les instructions sont datées et chiffrées. Les ministres concernés doivent présenter l’état d’avancement, secteur par secteur, des mises à la retraite programmées pour l’exercice 2026, ainsi que les projections pour 2027.
Ils doivent ensuite élaborer et mettre en œuvre « un plan trimestriel permanent de mise à la retraite couvrant les régimes généraux et les régimes particuliers, garantissant un départ digne par le paiement effectif des indemnités de fin de carrière et des pensions ». Le paiement incombe à la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État.
Le pilotage revient au vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, en collaboration avec ses homologues de l’Intérieur, de la Défense nationale et du Budget, les ministres d’État chargés de l’Éducation nationale et de la Justice, ainsi que les ministres des Finances, de la Santé publique et de l’Enseignement supérieur. L’ensemble est placé sous la supervision de la Première ministre.
Le point neuf : sortir du budget de l’État
C’est la disposition la plus notable du texte. Le Conseil demande d’« opérationnaliser des mécanismes de financement innovants et pérennes, notamment par la mobilisation de partenaires bancaires et la valorisation de réserves et placements de la Sécurité sociale des agents publics, afin de réduire la dépendance du processus aux contraintes de trésorerie de l’État ».
Deux leviers sont donc envisagés. Le premier consiste à faire porter par des banques le préfinancement des indemnités de départ. Le second à mobiliser les réserves et placements de la sécurité sociale des agents publics, c’est-à-dire les fonds constitués par les cotisations, pour financer les départs.
Le compte rendu ne précise ni le volume financier total que représentent ces 300 000 départs, ni le coût moyen d’une indemnité de fin de carrière, ni les conditions auxquelles les partenaires bancaires seraient sollicités, ni le montant des réserves mobilisables.
Ce qui reste à établir
Le texte n’indique pas comment le chiffre de 300 000 a été obtenu, ni sur quel périmètre. Il ne distingue pas les administrations civiles des régimes particuliers, dont relèvent notamment les forces armées, la police, la magistrature et l’enseignement. Il ne donne pas non plus le nombre total d’agents de l’État, ce qui empêche de mesurer la part que représentent ces 300 000 personnes dans les effectifs.
Aucune échéance n’est fixée pour la remise du premier état d’avancement, ni pour l’entrée en vigueur du plan trimestriel. Le président attend de chaque membre du gouvernement concerné une appropriation personnelle de cette réforme, qu’il présente comme « un impératif de justice envers nos aînés, une condition du rajeunissement qualitatif de notre administration et un levier essentiel d’amélioration de la qualité des services publics ».
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