Économie Dans les rouages du pillage Rwanda/M23 des minerais de l’Est de la RDC

Dans les rouages du pillage Rwanda/M23 des minerais de l’Est de la RDC

À partir des sanctions américaines contre la raffinerie Gasabo Gold, décryptage du système par lequel l’or et le coltan de l’est de la RDC sont pillés et blanchis via le Rwanda.

Dans les rouages du pillage Rwanda/M23 des minerais de l’Est de la RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 25 JUIN 2026 - 20:12 WAT · 5 min de lecture

Au début de l’année 2026, au moins soixante kilos d’or ont quitté les mines de l’est de la République démocratique du Congo pour la raffinerie Gasabo Gold, à Kigali. Le Trésor américain, qui a sanctionné l’entreprise le 25 juin, en décrit le trajet comme une chaîne d’État : l’or sort des zones occupées du Sud-Kivu, des soldats des Forces de défense rwandaises et des rebelles du M23 l’escortent jusqu’au district de Rusizi, juste en face de Bukavu, puis jusqu’à Kigali, par la route ou par avion, sous la « surveillance étroite » des forces gouvernementales rwandaises, avant qu’il ne soit fondu. Ce convoi n’a rien d’exceptionnel : il illustre un système de pillage et de blanchiment que l’ONU, l’Union européenne et désormais Washington documentent pièce par pièce.

Le cœur du dispositif tient en deux gestes, mélanger et renommer. Depuis la prise de Rubaya, dans le Masisi, en avril 2024, le M23 y a installé une administration parallèle qui délivre des permis et perçoit l’impôt, et s’est assuré, écrivent les experts de l’ONU, « un monopole sur l’exportation du coltan de Rubaya vers le Rwanda ». Une fois la frontière franchie, le minerai congolais est mêlé à la production rwandaise et ré-étiqueté « rwandais » dans le système de traçabilité ITSCI, ce qui le blanchit dans la chaîne mondiale. Le Groupe d’experts y voit « la plus importante contamination des chaînes d’approvisionnement en minerais 3T, étain, tantale et tungstène, enregistrée dans la région des Grands Lacs depuis dix ans ». Un contrebandier l’a dit plus crûment à Global Witness : « La société de Kigali vient poser les étiquettes sur le coltan de Masisi, et il devient du coltan rwandais. » Le passage se fait par la « Grande Barrière » de Goma vers Gisenyi, ou depuis Bukavu vers Cyangugu ; lors d’une seule semaine de mars 2025, les enquêteurs onusiens ont relevé le franchissement de neuf camions semblables à ceux de l’armée rwandaise et de trois véhicules chargés, soit cent quatre-vingt-quinze tonnes de minerais de Rubaya.

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La rente est chiffrée. À Rubaya, plus grande mine de coltan de la région, le mouvement taxe sept dollars le kilo de coltan, quatre dollars celui de cassitérite, et fait payer les permis, vingt-cinq dollars l’an pour un creuseur, deux cent cinquante pour un négociant. De cette seule taxation, il tire « au moins 800 000 dollars par mois », selon l’ONU, qui évalue à environ cent vingt tonnes mensuelles le coltan sous son contrôle et à au moins cent cinquante tonnes le volume exporté frauduleusement vers le Rwanda sur l’année 2024, sans compter les plus de cinq cents tonnes de 3T pillées dans des entrepôts depuis janvier 2025. À l’échelle du pays, l’effet est spectaculaire : les exportations rwandaises de coltan ont plus que doublé depuis 2021, au point d’en faire l’un des premiers postes d’exportation de Kigali, qui revendique une production intérieure de 8 000 à 9 000 tonnes de minerais 3T, un chiffre que son propre institut national des statistiques contredit.

Pour l’or, la preuve tient à un écart que rien n’explique légalement. Le Rwanda, qui extrait peu, a exporté pour environ 1,5 milliard de dollars d’or en 2024, dont dix-neuf tonnes vers les seuls Émirats arabes unis, en hausse par rapport aux 13,8 tonnes de l’année précédente, alors que Dubaï est devenu le grand débouché de l’or de contrebande d’Afrique. Déjà en 2018, les experts onusiens pointaient un gouffre : 2 163 kilos déclarés à l’export par Kigali, contre 12 539 kilos reçus à Dubaï comme « rwandais ». Paul Kagame lui-même a fini par le reconnaître, fin novembre 2025 : « Davantage d’or vient du Congo, et passe par ici, ou par le Burundi, ou par l’Ouganda. »

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Derrière les tonnages, il y a des morts. Les mines tenues par des groupes armés sont liées au travail forcé, au travail des enfants et aux violences sexuelles, rappelle le Trésor ; en mars 2026, l’effondrement d’un puits à Rubaya, sous contrôle du M23, a fait plus de deux cents victimes, dont des enfants. Le Rwanda, lui, dément tout. Son président soutient que « si le Rwanda était au Congo pour ses minerais précieux, il serait bien plus riche qu’il ne l’est » ; sa porte-parole, Yolande Makolo, accuse les rapports onusiens de « travestir » les préoccupations sécuritaires de Kigali face aux rebelles hutu des FDLR ; le système ITSCI impute la flambée des exportations à un simple effet de base post-Covid. Restent des constats concordants, posés par trois instances distinctes.

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À la sortie de la raffinerie, l’or congolais est devenu rwandais, puis émirati, avant de se diluer dans les marchés mondiaux et l’électronique, du tantale au lingot. Tant que les acheteurs finaux, à Dubaï comme en Chine, ne seront pas inquiétés, le circuit pourra se reconfigurer à chaque sanction. Les soixante kilos du début d’année ne sont qu’une livraison parmi d’autres.

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B
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