Washington parviendra-t-il à faire plier Kagame à coup de sanctions?
Forces de défense rwandaises, Joseph Kabila, commandants du M23, raffinerie d’or : Washington multiplie les sanctions liées à l’est de la RDC. Décryptage d’une escalade et de ses limites.
De gauche à droite, Félix Tshisekedi, Donald Trump et Paul Kagame, dans le Bureau ovale à Washington avant la signature de l’accord de paix | ©️ Présidence RDC.
AFP
Une raffinerie d’or, un ancien président, l’armée d’un pays voisin : en quelques mois, la liste américaine s’est allongée. En sanctionnant le 25 juin la raffinerie rwandaise Gasabo Gold, le Trésor américain a ajouté un barreau à une échelle qu’il gravit depuis l’automne 2025, au nom des Accords de Washington signés le 4 décembre 2025 par Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous l’égide de Donald Trump.
La courbe de l’escalade
La séquence se lit comme une montée en pression. Le 12 août 2025, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) frappe un premier réseau lié au minage illégal en RDC. Le 2 mars 2026, il sanctionne les Forces de défense rwandaises elles-mêmes, comme institution, et quatre de leurs généraux, le secrétaire au Trésor Scott Bessent réclamant « le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements rwandais ». Le 30 avril, c’est l’ancien président Joseph Kabila qui est inscrit sur la liste, pour son soutien présumé à l’Alliance Fleuve Congo et au M23. Le 2 juin, deux commandants rebelles, l’un des FDLR, l’autre du M23. Le 25 juin, enfin, la raffinerie Gasabo Gold, son président Jean Malic Kalima, son directeur général Bosco Kayobotsi et trois sociétés minières.
La trajectoire est parlante : Washington est passé des symboles, une institution militaire, des galons, aux tuyaux financiers, l’or et les sociétés qui le traitent.
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Le cas Kabila : deux dossiers à ne pas confondre
Le nom de Joseph Kabila relève en réalité de deux procédures distinctes. D’un côté, la justice congolaise : le Sénat a levé son immunité en mai 2025, et la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 pour trahison et crimes de guerre, assortie de 33 milliards de dollars de dommages. De l’autre, la sanction américaine du 30 avril 2026, une mesure financière de l’OFAC, gel des avoirs aux États-Unis et interdiction de transactions, indépendante du verdict congolais. L’une est une peine pénale, l’autre un gel d’avoirs.
Mais le retrait n’a pas eu lieu
Voilà pour la pression. Reste le terrain. Au 25 juin 2026, le M23 contrôle toujours Goma, prise en janvier 2025, et Bukavu, tombée en février. Le « retrait immédiat » exigé par Bessent dès le 2 mars n’a pas eu lieu, et la condition centrale des Accords de Washington, le départ des forces rwandaises et la fin du soutien au M23, reste lettre morte, au point qu’il a fallu re-sanctionner en avril, puis en juin, puis encore en juin.
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Pourquoi les sanctions ne suffisent pas
Pour plusieurs analystes, le problème est de cible. « Les sanctions contre l’armée rwandaise ne retireront pas un seul soldat du sol congolais, écrit le journaliste d’investigation Samuel Baker Byansi. Parce que l’opération militaire du Rwanda dans l’est de la RDC n’est pas financée par l’aide occidentale. Elle est financée par l’extraction minière. » Et de résumer : « La pression n’est pas la paix. »
Le calcul est arithmétique. Les exportations de minerais du Rwanda sont passées d’environ 373 millions de dollars en 2017 à 1,75 milliard en 2024, et son or est estimé à près de deux milliards en 2025. Geler les comptes de quatre généraux ne coupe pas ce flux, et sanctionner une raffinerie « ne ferme pas le réseau, il le redirige », tant que les acheteurs finaux, aux Émirats et en Chine, ne sont pas inquiétés. The Sentry, qui plaide pour viser aussi les réseaux congolais et émiratis, prévient : « Il n’y a eu aucun coût pour l’invasion rwandaise ni pour le soutien du gouvernement congolais à des groupes armés. (…) C’est une recette pour la guerre continue. »
Les sanctions ont pourtant déjà produit un effet : la pression américaine et européenne, début 2025, avait conduit Kigali à la table des négociations. Mais, note la même organisation, « aucune nouvelle pression n’a été appliquée pendant près d’un an, sans aucun changement de comportement ». En 2012, ce sont des coupes d’aide, et non des sanctions ciblées, qui avaient contraint le Rwanda à lâcher une première version du M23.
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Reste donc une équation que Washington n’a pas encore résolue. Les sanctions ont su ramener Kigali autour d’une table ; elles n’ont pas su l’en faire partir avec ses troupes. Tant qu’elles frapperont des personnes plutôt que la rente minière et ceux qui l’achètent, la liste pourra s’allonger sans que la carte de l’Est, elle, ne bouge.