Affaire Rebo Tchulo : quel ministre est cité dans le dossier de torture ?
Derrière le procès de la chanteuse, la trace d'un ministre revient. Le garde des Sceaux a saisi la justice militaire au grand jour. Un autre membre du gouvernement, que la prévenue refuse de nommer, plane sur l'audience.
Affaire Rebo Tchulo : quel ministre est cité dans le dossier de torture ?
AFP
KINSHASA. Une affaire de torture, des militaires, une artiste sur le banc des prévenus. Au-dessus de tout cela, une question revient. Quel ministre a touché ce dossier. Devant le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema, le procès de Déborah Tshimpaka, connue sous le nom de Rebo Tchulo, y ramène à chaque audience.
Un nom, lui, est public. Le ministre d’État à la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, est intervenu dès les premiers jours. Dans un communiqué du 20 avril, il a saisi la hiérarchie militaire. « En conséquence, le Ministre d’État a donné injonction à l’Auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), aux fins de l’ouverture d’une enquête judiciaire en vue d’établir les faits, d’identifier les responsables et d’engager des poursuites devant les juridictions compétentes », indique le texte.
À l’origine, un vol. Selon l’entourage de l’artiste, un sac contenant des bijoux, un passeport et de l’argent a disparu lors d’un tournage de clip. « Rebo avait posé le sac sur le siège avant du véhicule du réalisateur. En changeant de voiture sous la pression du tournage, elle l’a oublié », a raconté un proche, décrivant un enchaînement parti d’un simple oubli.
La suite a basculé dans la violence. Une vidéo diffusée le 19 avril a montré un homme fouetté par des militaires dans une parcelle privée de Kinshasa, une scène où apparaît aussi la chanteuse. Le ministère public reproche désormais à Rebo Tchulo d’avoir incité ces hommes en uniforme à des actes de torture et à des traitements cruels. Elle comparaît comme prévenue.
Reste le ministre de l’ombre. À l’audience, la chanteuse aurait sollicité un membre du gouvernement la nuit des faits. Elle a refusé de le nommer, opposant son droit au silence, et la partie civile a obtenu l’examen de ses relevés téléphoniques. Cet interlocuteur n’a toujours pas de visage.
Deux ministres, deux rôles. Le garde des Sceaux a réclamé des poursuites au grand jour. L’autre, dont le nom reste sous silence, demeure une silhouette que l’instruction devra identifier. La prévenue conserve la présomption d’innocence, et la justice attend les relevés pour avancer.