Économie Air Congo rouvre la ligne Kinshasa-Bruxelles, sans lever l’interdiction européenne
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Air Congo rouvre la ligne Kinshasa-Bruxelles, sans lever l’interdiction européenne

Un Boeing 787 aux couleurs d'Air Congo a rallié Bruxelles depuis Kinshasa. Un retour salué comme historique, mais rendu possible par un appareil et un équipage éthiopiens, la RDC restant sur la liste noire de l'Union européenne.

Un Airbus A320 de Congo Airways. ©️ Facebook Congo Airways
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 21:52 WAT · 4 min de lecture

Le 1er juillet 2026, peu après dix heures, un Boeing 787 aux couleurs d’Air Congo décollait de l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, en direction de Bruxelles. Après environ huit heures de vol, l’appareil se posait sur le sol européen, au titre du vol inaugural de cette liaison entre la capitale congolaise et la Belgique. Plusieurs médias ont salué le retour de l’aviation congolaise dans le ciel européen après plus de vingt-cinq ans d’absence, une durée qui mérite d’être nuancée, la compagnie privée Hewa Bora ayant encore desservi Bruxelles jusqu’au début des années 2010. La scène est réelle, la portée mérite d’être précisée.

Car ce vol ne signifie pas que la République démocratique du Congo a retrouvé le droit de voler vers l’Europe. Le pays figure toujours sur la liste noire de la sécurité aérienne de l’Union européenne, qui interdit aux compagnies certifiées par les autorités congolaises de desservir son espace. La Commission européenne a maintenu cette interdiction lors de sa dernière mise à jour, le 9 juin 2026. Air Congo n’en a pas été retirée. Le vol vers Bruxelles s’effectue par un autre chemin.

Ce chemin porte un nom technique, le wet lease, ou affrètement avec équipage. L’avion qui relie Kinshasa à Bruxelles, bien qu’habillé aux couleurs d’Air Congo, est fourni par Ethiopian Airlines, actionnaire à quarante-neuf pour cent de la compagnie congolaise. Selon l’agence Ecofin, l’appareil, l’équipage, la maintenance et l’assurance relèvent de la compagnie éthiopienne, qui n’est pas frappée par l’interdiction européenne. Le montage est légal et courant, mais il ne vaut pas levée de l’interdiction. Sur le papier, c’est un savoir-faire éthiopien qui pose l’avion à Bruxelles.

Il faut aussi lever une confusion fréquente. Air Congo, lancée en septembre 2024, détenue à cinquante et un pour cent par l’État congolais et à quarante-neuf pour cent par Ethiopian Airlines, n’est pas Congo Airways, la compagnie nationale historique dont la relance reste bloquée. Ce sont deux entités distinctes. C’est bien la jeune Air Congo, adossée à un partenaire éthiopien, qui a ouvert la ligne de Bruxelles, tandis que Congo Airways demeure au sol, faute de garanties financières abouties.

Le contexte de l’interdiction éclaire l’enjeu. La liste noire européenne vise depuis 2006 les compagnies certifiées par les États dont l’autorité de supervision de la sécurité aérienne présente des défaillances jugées graves. Ce n’est pas une compagnie isolée qui est sanctionnée, mais tout un système de contrôle. Le retour durable d’un pavillon congolais dans le ciel européen passera donc par la mise à niveau de l’Autorité de l’aviation civile congolaise et par des audits favorables de l’Organisation de l’aviation civile internationale, condition d’un retrait de la liste. Ce chantier n’est pas achevé.

Sur le plan commercial, l’ambition affichée reste réelle. Avant même cette liaison, le vice-Premier ministre et ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, vantait la montée en puissance de la compagnie. « Le taux de remplissage est assez important, entre 80 % et parfois même 100 % », déclarait-il en novembre 2025, au forum Makutano. Le même responsable reconnaissait dans la foulée les difficultés de la compagnie nationale historique. « J’ai un peu de souci en ce qui concerne Congo Airways », admettait-il, renvoyant à un dossier distinct de celui d’Air Congo.

Pour Kinshasa, ce premier vol vers Bruxelles est un signal autant qu’un service. Il montre qu’une desserte directe est possible, il rassure une diaspora habituée à transiter par des hubs étrangers, il installe une marque congolaise sur une ligne longtemps tenue par un quasi-monopole européen. Reste à ne pas confondre le symbole et la souveraineté aérienne. Tant que l’avion, l’équipage et la responsabilité opérationnelle resteront éthiopiens, le drapeau flottera sur la carlingue plus que sur les commandes. Le vrai retour, celui d’un appareil piloté sous certificat congolais et retiré de la liste noire, se mesurera à la sortie du wet lease. Ce jour-là, le mot historique aura toute sa charge.

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B
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