RDC-Israël : trois ans après la promesse d’ambassades croisées, deux mémorandums signés
Félix Tshisekedi a fixé lui-même le critère : la mise en œuvre. Appliqué à la relation avec Israël, il donne deux mémorandums en six ans, des ambassades promises en 2023 et toujours pas ouvertes, un ambassadeur qui réside à Luanda et trois tonnes de matériel médical.
RDC-Israël : trois ans après la promesse d’ambassades croisées, deux mémorandums signés
AFP
Le président Félix Tshisekedi a fixé lui-même, mardi 1er septembre à Jérusalem, le critère auquel il souhaite que sa relation avec Israël soit jugée. « Notre ambition est de bâtir avec Israël un partenariat moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique, qui ne se mesure pas seulement aux accords que nous signons, mais à leur mise en œuvre et aux résultats qu’ils produisent pour nos deux peuples », a déclaré le chef de l’État à l’issue de ses entretiens avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le président Isaac Herzog, selon le communiqué de la Présidence de la République. Appliqué à la relation elle-même, ce critère donne un résultat mesurable.
Six ans de rapprochement, deux mémorandums signés
Le rapprochement date de mars 2020, quand Kinshasa nomme un ambassadeur en Israël, le premier depuis vingt ans. Suit une visite d’État de cinq jours en octobre 2021, au cours de laquelle Félix Tshisekedi reçoit un doctorat honoris causa du collège académique de Netanya. Puis la visite d’Isaac Herzog à Kinshasa, le 11 novembre 2025, première d’un président israélien en République démocratique du Congo depuis une quarantaine d’années.
Sur ces six années, l’inventaire des textes bilatéraux tient en deux pièces. Elles ont été signées le 27 juillet 2026 à Jérusalem par la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, et son homologue israélien Gideon Saar. La première porte sur un mécanisme de consultations politiques et diplomatiques. La seconde organise une coopération entre les académies diplomatiques des deux pays. Ni l’agriculture, ni l’eau, ni l’énergie, ni les infrastructures, ni les hautes technologies, tous domaines cités à chaque rencontre depuis 2021, ne font à ce jour l’objet d’un accord signé rendu public.
Le calendrier de cette signature dit quelque chose du rythme. Le 11 novembre 2025 à la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi annonçait devant la presse la tenue « dans les prochaines semaines » d’une rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères, destinée à « matérialiser » les intentions affichées. Elle a eu lieu huit mois plus tard.
L’ambassade promise en 2023 n’a pas ouvert, l’ambassadeur réside à Luanda
Le 22 septembre 2023, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Benjamin Netanyahou et Félix Tshisekedi annonçaient conjointement deux décisions symétriques : Israël ouvrirait une ambassade à Kinshasa, la RDC transférerait la sienne de Tel-Aviv à Jérusalem. Aucune des deux n’a été exécutée.
La preuve administrative en est publique et congolaise. Le 10 novembre 2025, la Présidence de la République annonce que le chef de l’État a reçu les lettres de créance de quatre nouveaux ambassadeurs « non-résidents ». Parmi eux, l’ambassadeur d’Israël Leo Vinovezky, dont la Présidence précise la « résidence à Luanda, en Angola ». Deux ans après l’annonce de New York, la représentation israélienne compétente pour la RDC est donc toujours pilotée depuis la capitale angolaise. C’est d’ailleurs l’ambassade d’Israël à Luanda qui a annoncé, le 25 août 2026, la cargaison médicale destinée à la riposte contre Ebola en RDC.
Le ministre israélien des Affaires étrangères a laissé entendre, au terme de la séquence du 1er septembre, que cet état de fait pourrait bouger. « J’espère que nous serons bientôt en mesure d’annoncer un bond significatif dans nos relations », a écrit Gideon Saar, propos rapportés par le Jerusalem Post. Aucun contenu n’a été attaché à cette formule.
Trois tonnes de matériel médical, l’acquis le plus tangible de l’année
Le seul volet de la coopération qui se soit traduit en biens livrés relève de la santé. Lors de la rencontre du 27 juillet, Gideon Saar a mis en avant l’action de MASHAV, l’agence israélienne de coopération internationale, et trois tonnes d’aide médicale destinées à la lutte contre Ebola.
La cargaison annoncée un mois plus tard comprenait des respirateurs et des équipements d’assistance respiratoire pour les cas graves, des solutés de réhydratation intraveineuse, des antalgiques et des antibiotiques, des combinaisons, masques FFP2 et N95, visières, gants et bottes pour les soignants, ainsi que des thermomètres infrarouges, des oxymètres de pouls et des kits de prélèvement sécurisés. Rapportée à une épidémie qui dépasse les 6 000 cas, cette aide reste modeste. Elle a l’avantage d’être arrivée.
Sécurité et défense en tête de liste, sans contenu publié
Dans le communiqué de la Présidence sur l’entretien avec Benjamin Netanyahou, les deux premiers mots de la liste des domaines abordés sont la sécurité et la défense, devant l’agriculture, les infrastructures, l’énergie et les hautes technologies. « C’est une grande amitié que nous souhaitons approfondir encore plus », a déclaré le Premier ministre israélien à l’ouverture de la rencontre, qui s’est tenue en tête-à-tête avant d’être élargie aux délégations.
Rien n’a été rendu public de ce que recouvrent ces deux mots pour un pays dont l’Est est occupé : équipement, formation, renseignement, cybersécurité, surveillance des frontières. La position israélienne sur le conflit, elle, est connue depuis Kinshasa. Le 11 novembre 2025, Isaac Herzog avait souhaité une implication accrue de la communauté internationale dans le conflit opposant la RDC au Rwanda, et salué les efforts du président américain Donald Trump en vue d’un accord entre Kinshasa et Kigali. Un vœu, pas un engagement.
Le grand écart avec Doha
La séquence israélienne engage aussi le reste de la diplomatie congolaise. Le 10 septembre 2025, le gouvernement congolais condamnait les frappes israéliennes sur Doha et réaffirmait son soutien au Qatar. « La République démocratique du Congo appelle toutes les parties à s’abstenir de tout acte compromettant les efforts de médiation et à œuvrer pour un cessez-le-feu permanent ainsi qu’une paix juste et durable au Moyen-Orient », indiquait le communiqué.
Douze mois plus tard, le même exécutif discute sécurité et défense à Jérusalem. Les deux positions ne sont pas contradictoires en droit, mais elles se paient sur le même compte : Doha héberge un processus de médiation qui concerne directement la RDC, et Abou Dhabi entretient d’autres canaux dont Kinshasa a besoin. C’est cet arbitrage, plus que la chaleur des déclarations, qui déterminera ce que le partenariat israélien rapporte réellement au Congo.
« Les relations que nous entretenons avec la République démocratique du Congo sont extrêmement importantes pour nous », a déclaré Isaac Herzog, propos rapportés par la presse israélienne. La prochaine échéance vérifiable sera l’ouverture, ou non, des deux ambassades promises il y a bientôt trois ans.
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