Air Congo annonce Paris, un mois après Bruxelles : ce que permet le montage avec Ethiopian Airlines
Air Congo a annoncé le 1er août l’ouverture d’une destination Kinshasa-Paris, sans date ni appareil. La ligne de Bruxelles vole depuis le 1er juillet avec un Boeing 787 d’Ethiopian Airlines, la RDC restant interdite de ciel européen depuis la mise à jour du 9 juin 2026.
Un Airbus A320 de Congo Airways. ©️ Facebook Congo Airways
AFP
Air Congo a annoncé le 1er août 2026, sur son compte X, l’ouverture d’une liaison directe entre Kinshasa et Paris. « Nous sommes fiers de vous annoncer l’ouverture de notre nouvelle destination Kinshasa-Paris, une liaison qui rapproche les peuples, les familles et les opportunités », écrit la compagnie nationale. Ce serait sa deuxième destination européenne, un mois après l’ouverture de Bruxelles.
L’annonce ne comporte ni date de lancement, ni fréquence, ni aéroport parisien, ni type d’appareil, ni tarif. Elle intervient trente et un jours après le vol inaugural vers Bruxelles, exploité selon un montage qui a fait débat à Kinshasa et qui décidera aussi du sort de la ligne parisienne.
Air Congo à Paris : une route déjà occupée par Air France
Kinshasa N’Djili et Paris Charles-de-Gaulle sont distants de 6 004 kilomètres. Air France assure aujourd’hui cette liaison avec plusieurs fréquences hebdomadaires. Le choix entre Charles-de-Gaulle et Orly n’a pas été communiqué par la compagnie congolaise.
Air Congo dessert quatorze destinations intérieures et cinq capitales africaines, Johannesburg, Entebbe, Cotonou, Douala et Dar es Salaam. Sa flotte associe des Boeing 737-800 sur les lignes régionales, des ATR 72-600 sur l’intérieur et le Boeing 787-8 Dreamliner sur le long-courrier. La compagnie affiche l’ambition de faire de N’Djili un hub d’Afrique centrale, sur le modèle d’Addis-Abeba, Nairobi et Johannesburg, dans un pays où l’avion reste souvent le seul lien praticable, comme l’a montré la première rotation cargo Dar es Salaam-Kindu.
Le premier Dreamliner s’est posé à N’Djili le 30 juin 2026, accueilli sur le tarmac par le président Félix Tshisekedi. L’appareil est annoncé pour 360 à 380 places par l’Agence congolaise de presse. Le vice-Premier ministre des Transports avait alors présenté la compagnie comme « porteur d’un souffle neuf pour le secteur aérien congolais ».
Le montage qui a permis Bruxelles
Le 1er juillet 2026, un Boeing 787 aux couleurs d’Air Congo décollait de N’Djili pour Bruxelles National, à raison de cinq vols par semaine. L’appareil est immatriculé ET-ASI. Ces deux lettres de tête indiquent un enregistrement en Éthiopie.
La ligne fonctionne sous contrat ACMI, ou affrètement avec équipage. Les quatre lettres désignent ce qu’Air Congo loue à son partenaire : Aircraft, Crew, Maintenance, Insurance, soit l’avion, l’équipage, l’entretien et l’assurance. La compagnie congolaise commercialise les sièges sous sa marque et appose son logo. Le compte @MayumbiArcel avait résumé le dispositif sur X : le vol « est commercialisé sous la marque Air Congo, mais il est exploité par Ethiopian Airlines dans le cadre d’un contrat de leasing autorisé par la réglementation internationale ».
Ce montage découle de la structure même de la compagnie. Air Congo a été lancée en décembre 2024 sur instruction du chef de l’État. L’État congolais en détient 51 %, Ethiopian Airlines 49 % et la gestion opérationnelle. Le transporteur éthiopien fournit les appareils, forme les pilotes et le personnel, et inscrit Kinshasa dans une stratégie de hubs déployée du Togo à la Zambie.
L’interdiction européenne a été maintenue le 9 juin 2026
Aucune compagnie certifiée par les autorités congolaises ne peut se poser dans l’Union européenne. La Commission européenne a maintenu cette interdiction lors de la mise à jour du 9 juin 2026 de sa liste de sécurité aérienne, et Air Congo n’en a pas été retirée. La mesure ne vise pas un appareil en particulier mais l’ensemble des transporteurs relevant de la certification congolaise.
Cette liste noire est adossée à une histoire d’accidents. Le 8 juillet 2011, un Boeing 727 de Hewa Bora Airways s’écrase à l’approche de Bangoka, à Kisangani, après que les pilotes ont reçu des informations météorologiques erronées. Les bilans monteront jusqu’à quatre-vingt-cinq morts sur cent dix-sept personnes à bord. Le 24 novembre 2019, un Dornier 228 de Busy Bee s’abat sur un quartier de Goma quelques instants après le décollage : vingt et une des vingt-deux personnes à bord meurent, ainsi que six habitants au sol. Le 17 novembre 2025, un Embraer ERJ-145 affrété par le ministère des Mines sort de la piste à Kolwezi et prend feu, sans faire de victime parmi les vingt-neuf occupants.
En juin 2026, l’Organisation de l’aviation civile internationale a accordé au pays une amélioration de ses indicateurs de supervision. Elle n’a pas emporté la levée de l’interdiction européenne, qui relève d’une décision distincte de la Commission.
Ce qui déterminera la nature du vol vers Paris
Deux chemins existent pour Kinshasa-Paris. Le premier reconduit le schéma bruxellois : un Dreamliner d’Ethiopian Airlines sous marque Air Congo, opérationnel sans attendre la levée de l’interdiction. Le second suppose un avion immatriculé en République démocratique du Congo, ce qui exige au préalable le retrait de la liste européenne, puis les autorisations françaises de trafic et l’attribution de créneaux à Charles-de-Gaulle ou Orly. La compagnie n’a pas indiqué lequel des deux elle emprunte.
La distinction n’est pas théorique pour les voyageurs congolais. Dans le premier cas, la desserte est immédiate mais la valeur ajoutée reste à Addis-Abeba. Dans le second, elle revient au pavillon congolais, à ses équipages et à sa maintenance, un objectif que Kinshasa poursuit aussi dans ses échanges avec Brussels Airlines. À Muanda, où Air Congo a inauguré une rotation hebdomadaire le 10 juillet 2026, un habitant, Samy Phoba, formulait la réserve qui accompagne chaque annonce du secteur : « C’est un sentiment de joie de voir une compagnie nationale fouler notre sol. Nous espérons que cette fois-ci, ce ne sera pas la même histoire qu’avec le train Matadi-Kinshasa ».
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