Société Assainissement : à Kinshasa, le général Kasongo et ses « bâtisseurs » font sensation en lançant le nettoyage
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Assainissement : à Kinshasa, le général Kasongo et ses « bâtisseurs » font sensation en lançant le nettoyage

Assainissement : à Kinshasa, le général Kasongo et ses « bâtisseurs » font sensation en lançant le nettoyage
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 16 JUILLET 2026 - 15:01 WAT · 5 min de lecture

En quelques heures, la Place Pascal a changé de visage. Le 15 juillet 2026, à Masina, dans le district de la Tshangu, des centaines de jeunes en uniforme bleu et jaune se sont abattus sur les montagnes d’ordures qui défiguraient ce carrefour de l’est de Kinshasa. Le lendemain, l’opération était officiellement lancée, et la ville, elle, n’avait d’yeux que pour eux. Car ces hommes qui ramassent la crasse de la capitale sont, pour beaucoup, d’anciens kulunas, ces délinquants de rue que Kinshasa redoutait hier. Le récit d’une rédemption au grand jour, porté par une armée de balais, a fait sensation.

Le dispositif porte la marque du sommet de l’État. Fin mai, après plusieurs descentes du président Félix Tshisekedi sur les marchés insalubres de la capitale, le Conseil des ministres a créé une Task Force de salubrité placée sous son autorité directe, confiée au lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national. C’est cette structure paramilitaire qui, depuis des années, transfère au camp de Kaniama Kasese, dans le Haut-Lomami, des jeunes déscolarisés ou délinquants, pour les former deux ans durant à la discipline et à un métier avant de les rebaptiser « bâtisseurs de la nation ». Les premiers 600 sont arrivés à Kinshasa par avion le 21 juin, au terme de quatre rotations, en attendant un déploiement annoncé de quatre à cinq mille hommes dans les vingt-quatre communes, avec 34 camions de trente tonnes, des véhicules tout-terrain et des motos.

Ce qui séduit, c’est autant la méthode que le symbole. « Les jeunes qui étaient entrés dans les centres comme des délinquants ont parachevé leur formation. Ils sont devenus des bâtisseurs de la nation », résume le lieutenant-général Kasongo Kabwik, qui ajoute, en homme sûr de son coup, « vous nous jugerez sur les résultats ». Les intéressés reprennent le refrain. « Nous ne venons pas faire le désordre, mais remettre la propreté dans la capitale », plaidait l’un d’eux à leur arrivée. Dans une ville humiliée par des décennies d’immondices et par l’échec des campagnes civiles successives, de Kin Bopeto à tant d’autres, l’image de jeunes disciplinés dégageant une place en une matinée a fait mouche. Sur les réseaux, le retournement d’un slogan résume l’émotion, hier kulunas, aujourd’hui bâtisseurs, et une partie de l’opinion y voit la preuve qu’avec de la volonté, la ville peut guérir.

L’enthousiasme n’est pourtant pas unanime, et il serait malhonnête de le taire. Dans l’opposition, l’ancien ministre Olivier Kamitatu a dénoncé une dérive, estimant qu’« on ne militarise pas une ville pour la nettoyer, on la militarise pour la tenir », et que Kinshasa « a besoin d’ingénieurs et de camions, pas de miliciens ». D’autres, sans condamner l’initiative, s’inquiètent de sa pérennité, redoutant une énième opération coup de poing sans lendemain, une fois passés les quatre-vingt-dix jours de la première phase. Le passé du Service national lui-même invite à la nuance, une vidéo de jeunes fouettés à Kaniama Kasese ayant, en 2022, relancé le débat sur les conditions de cette rééducation.

Reste la question, aussi terre à terre qu’essentielle, des moyens et des hommes. Selon le média AfricaNews RDC, chaque bâtisseur percevrait un salaire mensuel de 500 000 francs congolais, soit environ 200 dollars, une information que les médias de référence n’ont pas confirmée et qui coexiste, à Kaniama Kasese, avec des revendications d’arriérés de solde. Beaucoup de Kinois qui applaudissent le rappellent d’ailleurs, une ville ne se nettoie pas seulement par le haut. Il faudra des poubelles en nombre, une collecte régulière et une sensibilisation patiente avant toute sanction, faute de quoi les caniveaux curés se reboucheront à la première saison des pluies. La propreté d’une capitale, disent-ils, dépend autant de la main qui ramasse que de celle qui ne jette plus.

Le coup d’envoi, lui, a bel et bien réussi son pari, celui de se faire voir. En misant sur la discipline militaire là où l’approche civile avait déçu, le pouvoir a offert à Kinshasa une image dont elle était sevrée, celle d’un ordre qui avance. Mais une place propre un mardi matin ne fait pas une ville propre, et le vrai jugement, comme le dit le général lui-même, viendra des résultats. Les bâtisseurs ont gagné la première manche, celle de l’adhésion. Il leur reste la plus dure, celle du temps.

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B
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