Kinshasa : le Syndicat libre des médecins porte plainte contre des policiers après la dispersion d’un sit-in
Le syndicat a saisi une juridiction militaire, quatorze jours après le début d'une grève qui a vidé les hôpitaux publics de la capitale.
Des médecins en marche pour l'amélioration de leur condition de travail à Kinshasa le 22 septembre 2022. Crédit ph. Tiers
AFP
Le Syndicat libre des médecins (SYLIMED) a déposé jeudi 16 juillet une plainte devant l’Auditorat supérieur militaire de garnison de la Gombe, à Kinshasa. Elle vise des policiers que le syndicat accuse d’avoir violenté des praticiens rassemblés en sit-in devant l’immeuble du Gouvernement, où siège le ministère de la Santé publique. Des images circulant en ligne montrent des scènes de coups.
Les médecins réclamaient leur alignement sur la paie, leur mécanisation et leur avancement en grade. Le secrétaire général du SYLIMED, le Dr André Kasongo, indique qu’ils avaient passé la nuit sur place après avoir attendu en vain d’être reçus par le ministre de la Santé publique, et qu’ils ont ensuite été dispersés par les forces de l’ordre alors qu’ils poursuivaient leurs revendications. Il regrette que « des policiers aient bousculé et pris à partie, voire insulté et agressé physiquement ces blouses blanches qui réclamaient leurs droits ».
« Cette humiliation ne nous a pas laissés indifférents. Nous sommes venus saisir l’Auditorat supérieur militaire afin que justice soit faite », a déclaré le Dr Kasongo à l’issue du dépôt de la plainte. « Il est inadmissible que des médecins, qui servent la nation et travaillent parfois dans des conditions extrêmement difficiles, notamment pendant des épidémies comme Ebola, soient tabassés comme des criminels alors qu’ils réclament simplement leurs droits. Ces faits se sont déroulés au cabinet du ministre de la Santé. Nous demandons à la justice de faire son travail. »
Parmi les plaignants figure une femme médecin enceinte. « Nous étions devant l’immeuble Intelligent pour réclamer nos droits. Les policiers sont sortis et ont commencé à nous bousculer. Étant enceinte, je leur ai demandé pourquoi ils nous traitaient ainsi. L’un d’eux m’a insultée publiquement avant de s’en prendre à moi. C’est pour cela que nous sommes venus porter plainte », a-t-elle témoigné à MediaCongo. Le syndicat espère que l’enquête permettra d’identifier les policiers mis en cause et que les responsabilités seront établies conformément à la loi. Ni la Police nationale congolaise ni le ministère de la Santé publique n’ont réagi publiquement au dépôt de la plainte.
La saisine intervient au quatorzième jour d’un conflit social qui a vidé les hôpitaux publics de la capitale. La grève a été lancée le 3 juillet par le Syndicat des médecins du Congo (SYMECO), puis rejointe par le SYLIMED et le SYNAMED. Elle a franchi un palier avec l’activation de l’opération « Hôpitaux sans médecins ». Le reporter de Radio Okapi a constaté des couloirs vides dans plusieurs hôpitaux, où seuls les infirmiers restaient visibles.
Les revendications portent sur l’intégration totale de la paie complémentaire au troisième trimestre 2026, le paiement des arriérés, la reprise de la programmation régulière de la prime de risques professionnels, la mécanisation et la signature des actes de régularisation administrative. Deux séances de travail se sont tenues avec les autorités, le 23 juin et le 7 juillet. Le secrétaire général du SYMECO, le Dr Juvénal Muanda, en a dressé le bilan le 13 juillet devant la presse : « Les séances de travail du 23 juin 2026 et du 7 juillet n’ont pas permis de rencontrer toutes les attentes. » Son syndicat réclame un dialogue direct avec les quatre organisations qui représentent les médecins.
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