Économie Uranium dans le cobalt en RDC : CMOC dément, mais le désaccord porte d’abord sur le seuil
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Uranium dans le cobalt en RDC : CMOC dément, mais le désaccord porte d’abord sur le seuil

CMOC a rejeté le 1er août les conclusions sur la teneur en uranium du cobalt de Tenke Fungurume. Le différend porte sur le seuil applicable, 75, 81 ou 100 ppm, et sur un texte congolais que personne ne publie.

Uranium dans le cobalt en RDC : CMOC dément, mais le désaccord porte d’abord sur le seuil
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 AOÛT 2026 - 18:04 WAT · 7 min de lecture

Le 1er août 2026, le groupe minier chinois CMOC a rejeté les conclusions d’une enquête publiée deux jours plus tôt sur la teneur en uranium du cobalt produit à Tenke Fungurume, dans le Lualaba. Son communiqué affirme que « l’ensemble de l’hydroxyde de cobalt actuellement produit par sa filiale Tenke Fungurume Mining respecte les exigences réglementaires locales ainsi que les normes d’approvisionnement de ses clients internationaux ». Le groupe conteste la pertinence du seuil de 75 parties par million retenu par l’enquête, fait valoir que d’autres normes coexistent à 81 et à 100 ppm, et soutient que l’évaluation doit porter sur le produit final, non sur les étapes intermédiaires.

Le démenti ne porte donc pas d’abord sur les mesures. Il porte sur la règle à laquelle les comparer : entre 75 et 100 ppm, vingt-cinq points séparent la borne basse de la borne haute, et cet écart décide seul si une cargaison de Tenke Fungurume est conforme.

Ce que l’étude scientifique établit

Le 30 juillet, deux chercheurs des universités du Wisconsin-Madison et de Princeton, Ryan A. Manzuk et Sébastien Philippe, ont publié dans Nature Communications, volume 17, article 7415, une estimation des flux d’uranium sortis de RDC dans les cargaisons de cobalt entre 2000 et 2024. Leur résultat central tient en une phrase, reprise en français par la presse : « moins de 10 % des volumes estimés auraient été déclarés publiquement ».

Les volumes en question vont de 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium naturel exportées dans l’hydroxyde de cobalt. L’étude ajoute que 1 000 à 4 000 tonnes ont probablement été rejetées dans les résidus miniers sous des formes facilement mobilisables. Elle établit aussi que plus de 95 % de la production congolaise part sous forme d’hydroxyde brut plutôt que de métal raffiné, et que seuls 20 % environ des exportations cumulées de cobalt montraient en 2024 des indices d’un retrait ciblé de l’uranium vers des résidus stables.

La cause est géologique avant d’être industrielle. La ceinture cuprifère du Katanga associe naturellement le cuivre, le cobalt et l’uranium dans les mêmes gisements. L’étude de Manzuk et Philippe le formule sans détour : l’hydroxyde de cobalt n’exclut pas sélectivement les impuretés au moment de la précipitation, de sorte que les éléments non rejetés lors de la concentration physique ou des premières étapes hydrométallurgiques voyagent avec le cobalt jusqu’à la raffinerie. C’est ce mécanisme qui explique les 2 000 à 5 000 tonnes estimées sur vingt-quatre ans, dans un pays où la flambée du cobalt et du cuivre profite d’abord à d’autres.

Le document de 2016, et ce qu’il oppose au démenti

L’enquête de Lighthouse Reports, menée avec le Financial Times et publiée le même jour, s’appuie sur un document interne de Tenke Fungurume Mining. Des échantillons de décembre 2016 y atteignent 1 100 parties par million, soit quinze fois le niveau d’exportation autorisé selon le seuil retenu par les enquêteurs. Le dépassement aurait concerné plus de 70 % des journées documentées entre juin 2016 et décembre 2020.

La période compte. Freeport-McMoRan a cédé Tenke Fungurume à CMOC en 2016, l’année même des relevés cités. L’américain a refusé de commenter. CMOC, lui, écrit son démenti au présent, sur l’hydroxyde « actuellement produit », et déclare n’avoir jamais reçu de retenue en douane ni de rejet de client.

Les deux affirmations peuvent tenir ensemble. Une production conforme en 2026 ne dit rien des cargaisons de juin 2016 à décembre 2020, et l’absence de rejet en douane mesure ce que les douanes contrôlent, non ce que les cargaisons contiennent : le responsable de l’agence nucléaire congolaise reconnaît que les postes frontaliers ne disposent pas du matériel de détection radiologique qu’il a demandé.

Qui est censé mesurer, et avec quoi

La RDC dispose depuis 1959 d’un Commissariat général à l’énergie atomique, première structure du genre en Afrique subsaharienne. Sa présentation officielle lui assigne deux missions : « effectuer, de promouvoir et de coordonner les recherches scientifiques et technologiques dans les divers domaines de la science et de l’industrie intéressant l’utilisation de l’énergie atomique », et « la protection des personnes et des biens contre les dangers pouvant résulter de l’utilisation des rayonnements ionisants ».

Interrogé par les enquêteurs de Lighthouse Reports, Steve Muanza, qui dirige l’agence nucléaire congolaise, a jugé techniquement possible et probable que des raffineries étrangères récupèrent l’uranium contenu dans le cobalt. Il a indiqué avoir demandé un financement pour équiper les postes frontaliers en matériel de détection radiologique. Ni le montant, ni la décision, ni le calendrier ne sont connus, soixante-sept ans après la création du Commissariat en 1959.

Le reste de la chaîne se joue hors du contrôle congolais. La Chine raffinait 80 % de l’offre mondiale de cobalt en 2023, et reçoit l’essentiel de la production congolaise. En Europe, une raffinerie de Kokkola, en Finlande, détient des permis autorisant la séparation d’uranium jusqu’à 10 000 kilogrammes par an. Umicore décrit l’uranium comme une impureté incidente, non comme un coproduit. Un expert de l’Agence internationale de l’énergie atomique a estimé que la RDC respectait ses obligations de garanties, en notant que l’uranium finit dans les résidus.

Trois seuils, aucun texte public

Le cœur du différend est un chiffre que personne ne publie. L’enquête retient 75 parties par million. CMOC en oppose deux autres, 81 et 100. Vingt-cinq points séparent la borne basse de la borne haute, et c’est cet écart qui décide si une cargaison est conforme ou non.

Le texte congolais qui fixerait ce seuil pour les exportations d’hydroxyde de cobalt n’est pas accessible, alors même que 95 % de la production part sous cette forme. Tant qu’il ne l’est pas, la conformité reste une affaire de norme choisie : à 100 ppm, les relevés de décembre 2016 dépassent onze fois la limite ; à 75 ppm, quinze fois. Le débat intervient au moment où la RDC oblige les géants miniers à céder 10 % de leur capital, malgré les réticences de l’industrie.

Ce qui manque

Aucune réaction officielle du gouvernement congolais n’a été publiée sur ce dossier. Ni le ministère des Mines, ni le Commissariat général à l’énergie atomique n’ont communiqué depuis la parution de l’étude, le 30 juillet.

Les résultats d’analyse des cargaisons exportées ne sont pas publics. Ce sont eux, et non les communiqués, qui trancheraient entre l’enquête et l’entreprise sur la période de juin 2016 à décembre 2020, celle des 70 % de journées en dépassement.

Le budget et les équipements de contrôle radiologique aux postes frontaliers ne sont pas documentés. Le premier test vérifiable tient là : si un arrêté fixant le seuil applicable et un plan d’équipement des frontières sont publiés avant la fin de l’année, l’État aura repris la main sur la mesure. Sinon, le seul chiffre disponible restera celui que produisent les exportateurs.

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B
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