Contrebande de minerais vers le Rwanda : la commission d’enquête que Kigali voulait éviter
Malgré l'opposition de Kigali, la CIRGL a créé une commission d'enquête sur la contrebande de 3T et d'or de la RDC vers le Rwanda depuis 2022.

Contrebande de minerais vers le Rwanda : la commission d’enquête que Kigali voulait éviter
AFP
C’est une demande congolaise qui a fini par aboutir. Le 3 août 2025, le secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a officiellement créé une commission d’enquête ad hoc sur la contrebande de minerais vers le Rwanda. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, retrace la bataille diplomatique qui a précédé cette création, une bataille que Kinshasa a gagnée et que Kigali a cherché à éviter.
Le mandat de la commission est précis. Elle est chargée d’enquêter sur « les cas de contrebande de minéraux dits « 3T » (étain, tantale et tungstène) et d’or entre la République démocratique du Congo et le Rwanda depuis 2022 », d’examiner les chaînes d’approvisionnement en minerais dans l’Est et au Rwanda, et de « proposer des mesures visant des exportateurs ou des États Membres ». Le mandat cite explicitement le Rwanda comme destination de la contrebande, sans désigner nommément d’exportateur ou d’État à sanctionner, ouvrant seulement la voie à d’éventuelles mesures ciblées.
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La séquence a commencé à Lusaka. À la demande de la République démocratique du Congo, la réunion extraordinaire des ministres de la CIRGL chargés des mines a approuvé, le 2 mai 2025, la création de cette commission. Les ministres ont aussi décidé de constituer un comité chargé de visites officielles et d’un dialogue de vérification.
Kigali n’a pas laissé faire. Le Rwanda s’est opposé à la commission, notamment dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité le 23 mai, puis lors d’une réunion des ministres des mines le 31 juillet. La manœuvre a échoué. Les ministres ont réaffirmé leur décision antérieure, et la commission a été créée quelques jours plus tard.
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L’enjeu dépasse la procédure. Depuis des années, Kinshasa accuse son voisin d’écouler sur les marchés internationaux des minerais extraits des territoires congolais occupés. Une commission régionale, dotée d’un mandat écrit et d’un horizon de sanctions, transforme cette accusation en enquête officielle, menée non par la RDC seule mais par l’organisation régionale à laquelle le Rwanda appartient.
Ce volet complète le tableau minier documenté ailleurs dans le rapport, celui d’une rébellion qui contrôle une large part de la production de l’Est. La question de la destination de ces minerais, longtemps portée par Kinshasa, entre désormais dans un cadre institutionnel.
Le Groupe d’experts ne préjuge pas des conclusions de la commission. Il enregistre sa création, son mandat et l’opposition rwandaise qui n’a pas suffi à l’empêcher, et en confie le suivi au Conseil de sécurité.
