Sécurité & Défense Nord-Kivu : nouveaux combats entre Wazalendo et AFC/M23 dans le Masisi, une accalmie fragile

Nord-Kivu : nouveaux combats entre Wazalendo et AFC/M23 dans le Masisi, une accalmie fragile

Les rebelles du M23 se dirigent vers Goma en République démocratique du Congo | © MONUSCO/Sylvain Liechti
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 13 JUILLET 2026 - 15:31 WAT · 5 min de lecture

Trois jours de combats, puis un silence précaire. Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, les affrontements entre les Wazalendo appuyés par les forces armées et les rebelles de l’AFC/M23 ont connu une accalmie le lundi 13 juillet 2026, après un week-end de violences qui a poussé des habitants sur les routes. Sur le terrain, chaque camp revendique des positions, mais peu d’affirmations résistent à une vérification indépendante, et la ligne de front reste mouvante d’un village à l’autre.

Selon des sources locales et sécuritaires, les combattants Wazalendo affirment avoir repris, tôt le dimanche 12 juillet, des positions dans le groupement de Bashali Mokoto, aux environs de Nkingwe, près du village de Malemo, à l’issue d’un accrochage avec l’AFC/M23. Ces mêmes sources font état d’armes récupérées et de deux combattants présumés du mouvement rebelle capturés et conduits à Pinga. Ces informations n’ont pas pu être confirmées de manière indépendante, et l’AFC/M23 n’a pas réagi. Elles relèvent, à ce stade, de revendications de terrain qu’aucune source distincte n’a corroborées.

Ce qui est établi tient à la dynamique d’ensemble. Radio Okapi rapporte une accalmie relative, le 13 juillet, dans les localités de Kasake, en territoire de Masisi, et de Lumbishi, en territoire voisin de Kalehe, après trois jours d’affrontements. Selon plusieurs sources locales citées par la radio onusienne, les deux localités seraient désormais sous le contrôle des Wazalendo, dont la coalition dans ce secteur est commandée par Noah Maachano, du groupe maï-maï Lamuka. Les combats les plus intenses avaient été signalés le dimanche à Lumbishi, après deux jours d’accrochages autour de Kasake, près de Ngungu.

Cette flambée n’est pas isolée. Depuis la fin juin, la coalition entre l’armée et les Wazalendo a lancé une série d’offensives sur les axes menant à Ngungu et Rubaya, provoquant des combats à répétition sur les fronts des chefferies Bahunde et Bashali. Dans la nuit du 8 au 9 juillet, des assauts nocturnes ont visé des positions de l’AFC/M23 à Kalembe, Kalonge, Kivuye et Mpati, aux confins de Masisi et de Walikale, jetant des familles entières vers le centre de santé de Kalembe. La première semaine de juillet, des opérations attribuées à l’AFC/M23 dans le groupement de Bashali Mukoto avaient fait au moins vingt-six morts civils, à Kasake, Shangi et Rukenge, selon des sources coutumières citées par Radio Okapi.

Ce sont les civils qui paient le prix de cette instabilité. Dans le territoire voisin de Kalehe, la Nouvelle société civile congolaise a recensé plusieurs milliers de ménages déplacés par la même séquence de combats. « Les déplacés de la guerre vivent des conditions très difficiles dans les villages où ils se trouvent. À Mukwija-Kiniézire, on compte 982 ménages déplacés ; à Ruhunde, 350 ménages ; à Mweha, 256 ménages ; à Nyabibwe, 995 ménages ; et à Bujuki, 198 ménages », détaille Benjamin Mungazi, président de la structure à Kalehe. Il ajoute que ces familles, qui ont tout abandonné, « ont besoin d’une assistance urgente, tant en vivres qu’en non-vivres : nourriture, ustensiles de cuisine, bâches, médicaments et moyens financiers ».

La confusion sur le terrain reflète la nature même des acteurs. Les Wazalendo, ces « patriotes » en swahili, forment une nébuleuse de groupes d’autodéfense locaux, souvent d’anciens maï-maï, alliés à l’armée contre l’AFC/M23 mais loin de constituer un bloc unifié, au point de s’affronter parfois entre factions. En face, l’Alliance fleuve Congo, dont le Mouvement du 23 mars est le fer de lance, contrôle depuis le début de 2025 de larges pans du Nord et du Sud-Kivu, y installant son administration. Un rapport onusien la décrit comme un mouvement politico-militaire aux ambitions de long terme.

Cette guerre d’usure se poursuit alors que les engagements diplomatiques restent lettre morte. Plusieurs mois après la déclaration de principes de Doha et l’accord de Washington censés ouvrir la voie à un cessez-le-feu, les avancées tardent à se concrétiser sur le terrain, tandis que le conflit se durcit, notamment par un recours accru aux drones. Radio Okapi note que, pendant ce temps, l’AFC/M23 consolide à la fois son dispositif militaire et son administration, du sud de Lubero au Nord-Kivu jusqu’au Sud-Kivu. À Bashali Mokoto comme ailleurs dans le Masisi, l’accalmie du 13 juillet ressemble moins à une paix qu’à une pause entre deux offensives.

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B
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