Santé Pendant qu’Ebola occupe l’écran, le choléra tue sur plusieurs fronts en RDC
Choléra

Pendant qu’Ebola occupe l’écran, le choléra tue sur plusieurs fronts en RDC

Sud-Kivu (86 décès depuis janvier), Kwango (épidémie déclarée le 25 juin), Nord-Kivu : le choléra, maladie évitable, s’étend en RDC pendant qu’Ebola capte l’attention. L’UNICEF parle de la pire épidémie depuis 25 ans.

Acquisition de fournitures médicales contre le choléra à Kindu par les autorités locales de la santé. Crédit photo : OMS-RDC.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 00:45 WAT · 3 min de lecture

L’épidémie d’Ebola monopolise les bulletins et les bailleurs. Au 23 juin, elle avait fait 291 morts. Dans le même pays, une autre maladie — évitable et soignable, celle-là — tue plus largement et sans caméras : le choléra. En une seule semaine, le Sud-Kivu a enregistré 182 cas. Le 25 juin, le Kwango déclarait à son tour une épidémie. Au Nord-Kivu, un foyer s’installe depuis avril.

Les chiffres provinciaux dessinent une carte qui s’étend. Dans le Sud-Kivu, la Division provinciale de la santé a recensé 182 cas suspects à la 24e semaine épidémiologique, contre 130 la semaine précédente, soit une hausse de 28,5 %. Six personnes y sont mortes en une semaine. Depuis janvier 2026, la province compte 86 décès liés au choléra — un tiers en structures de santé, le reste dans les communautés. Le foyer le plus actif se trouve à Ibanda, dans la ville de Bukavu, devant Idjwi, Kadutu, Fizi et Uvira.

Dans le Kwango, le gouvernement provincial a officialisé jeudi une épidémie dans la zone de santé de Popokabaka : 10 décès depuis le 24 mai, 136 cas rapportés, dont trois confirmés en laboratoire par l’Institut national de recherche biomédicale. Plus à l’est, dans le territoire de Walikale, le village de Chanumbu vit avec le choléra depuis avril ; dix-neuf cas et trois décès y ont été comptés pour le seul mois de juin, et les centres locaux manquent de médicaments et de solutions de réhydratation.

Ces foyers ne tombent pas du ciel. Ils prospèrent là où l’eau potable manque. Selon l’enquête démographique et sanitaire 2024-2025, 43 % seulement de la population congolaise dispose d’un accès à l’eau de base — le taux le plus faible d’Afrique — et 15 % d’un assainissement de base. Les conflits qui déplacent des familles vers des camps surpeuplés, les pluies qui détruisent les réseaux d’eau, l’urbanisation rapide de Kinshasa : autant d’accélérateurs d’un mal que l’on sait pourtant prévenir.

L’ampleur, l’UNICEF l’a chiffrée. Dans un communiqué publié en décembre, l’organisation a qualifié l’épisode de pire épidémie de choléra observée en RDC depuis vingt-cinq ans : 64 427 cas et 1 888 décès sur la seule année 2025, dont 14 818 enfants malades. Dix-sept des vingt-six provinces étaient touchées, capitale comprise. « Les enfants congolais ne devraient pas être aussi gravement touchés par une maladie qui est tout à fait évitable », y déclarait John Agbor, représentant de l’UNICEF en RDC.

La riposte, elle, court après les moyens. Le pays s’est doté d’un plan national d’élimination du choléra pour 2023-2027, budgété à 192 millions de dollars, mais sous-financé. L’UNICEF estime avoir besoin d’environ six millions de dollars en 2026 pour son mécanisme d’intervention rapide. « Le financement prévu pour 2026 semble très fragile », prévenait John Agbor, « et sans fonds supplémentaires ni action coordonnée, de nombreuses autres vies seront perdues. »

La comparaison n’oppose pas deux maladies ; elle éclaire une asymétrie. Ebola déclenche une mobilisation internationale immédiate, et c’est justifié. Le choléra, lui, tue par dizaines chaque mois, à bas bruit, faute d’eau propre et de quelques dollars de réhydratation. Au 23 juin, la RDC comptait deux épidémies sur son sol. Une seule occupe l’écran.

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B
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