Santé Choléra en RDC : l’épidémie que l’eau sale entretient, de Shabunda au Tanganyika
Choléra

Choléra en RDC : l’épidémie que l’eau sale entretient, de Shabunda au Tanganyika

Loin des projecteurs braqués sur l'Est, une maladie évitable continue de tuer d'un bout à l'autre du pays. Son moteur est toujours le même, une eau que l'on boit sans la traiter.

Un enfant atteint de choléra hospitalisé. ©️MSF
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 JUILLET 2026 - 13:12 WAT · 3 min de lecture

À Shabunda, au Sud-Kivu, l’alerte est venue de la zone de santé de Mulungu. Entre le 23 juin et le 7 juillet, 52 cas de diarrhée aiguë y ont été notifiés, dont 11 mortels, soit un taux de létalité de 21 %. Le médecin-chef de zone, le Dr Pacifique Kapimbu Wilondja, a pointé une cause précise, l’eau de boisson puisée sans traitement dans les rivières Lubila et Ulindi, en pleine saison sèche. Aucun appui extérieur n’avait encore été mobilisé.

Le chiffre de Shabunda est un signal, pas une exception. En 2025, la RDC a compté plus de 71 200 cas de choléra et 2 070 décès, selon l’Organisation mondiale de la santé. La maladie y est endémique, installée dans la durée, et se réveille chaque année au rythme des saisons et des déplacements de population.

L’année 2026 n’y échappe pas. À la mi-avril, le gouvernement recensait 915 cas suspects en une semaine, avec une létalité nationale ramenée à 0,4 %, une moyenne qui masque des poches bien plus meurtrières. Le Nord-Kivu était alors la province la plus touchée, la tendance se lisant aussi à Kinshasa, au Haut-Katanga, au Tanganyika et au Haut-Lomami. Dans la seule prison de Mbanza-Ngungu, au Kongo-Central, le cumul atteignait 168 cas. Fin juin, le gouverneur intérimaire du Kwango, Fidèle Caumba, déclarait à son tour l’épidémie à Popokabaka, 136 cas et 10 décès depuis fin mai, après confirmation par l’Institut national de recherche biomédicale. « Dès la notification des premiers cas suspects, une équipe médicale a été déployée sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique, de mener des investigations et d’assurer la prise en charge des malades aux côtés des services sanitaires locaux », indiquait le gouvernement provincial.

D’un foyer à l’autre, le diagnostic ne change pas. En mars, en déclarant l’épidémie dans sa zone, le médecin-chef de Mwenga, le Dr Cos Kenemo, décrivait déjà la même mécanique. « L’épidémie de choléra a été déclarée dans la zone de santé de Mwenga après la confirmation biologique de 5 échantillons sur les 8 prélevés. À ce jour, la zone a enregistré 28 cas dont 5 décès, parmi lesquels 3 dans la communauté et 2 dans les structures de soins », expliquait-il, avant de désigner la faible couverture en eau potable comme le premier facteur de propagation.

C’est là tout le paradoxe congolais. Le choléra n’a rien d’un mystère médical. On sait le prévenir, chlore, eau traitée, lavage des mains, et le soigner, réhydratation rapide. Ce qui manque n’est pas le savoir, mais l’eau propre, les centres de traitement et la logistique, là où les gens en ont besoin. À Shabunda, faute d’un appui, un malade sur cinq meurt d’une maladie qui, prise à temps, ne tue presque pas.

Pendant que la riposte contre Ebola et la guerre de l’Est mobilisent l’attention et les moyens, le choléra avance sans bruit, et fait davantage de morts. La carte de ses foyers, du Kwango au Tanganyika, dessine celle d’un pays où l’accès à l’eau potable reste un privilège. Tant que cette carte-là ne changera pas, l’autre se redessinera chaque saison sèche.

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B
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