Mines & Ressources Cobalt : Kinshasa confisque les quotas d’exportation non utilisés pour nourrir la transformation locale
ARECOMS

Cobalt : Kinshasa confisque les quotas d’exportation non utilisés pour nourrir la transformation locale

À la veille de la clôture du premier semestre, le régulateur congolais des minerais stratégiques récupère les quotas d’exportation de cobalt non consommés. Le métal repris doit financer la transformation sur place, un cran de plus dans la reprise en main de la rente du premier producteur mondial.

Extraction de cobalt dans une mine du sud-est de la RDC.

Cobalt : Kinshasa confisque les quotas d’exportation non utilisés pour nourrir la transformation locale
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 01:37 WAT · 3 min de lecture

Les volumes de cobalt que les exportateurs n’auront pas expédiés au 30 juin ne leur appartiendront plus. Dans un communiqué publié lundi, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, l’ARECOMS, a tranché : les quotas d’exportation attribués pour les six premiers mois de l’année et qui « seront réputés perdus » à cette date « seront automatiquement réaffectés » au quota propre du régulateur.

La RDC fournit l’essentiel du cobalt mondial, métal clé des batteries. Depuis le début de l’an dernier, Kinshasa encadre étroitement ses expéditions : un embargo total d’abord, remplacé en octobre par un système de quotas. La machine a mis des mois à tourner, au point que les autorités ont repoussé à deux reprises les échéances trimestrielles pour laisser aux opérateurs le temps de rattraper leur retard. La décision de lundi met fin à ce délai de grâce.

Reprendre la main sur la rente

L’enjeu dépasse la simple gestion de calendrier. En récupérant les quotas dormants, l’État ne se contente plus de plafonner l’offre : il s’approprie une part du métal pour la diriger vers ses propres objectifs. Le régulateur indique que ce cobalt servira à « soutenir des projets d’intérêt national qui favorisent la transformation locale des minerais stratégiques » et « la création de valeur ajoutée ».

C’est la ligne que défend Kinshasa depuis des années face à un secteur qui exporte l’essentiel de sa production à l’état brut. L’ARECOMS s’était déjà réservé un quota dit « stratégique », équivalent à environ 10 % du volume total. Avec les volumes confisqués, cette enveloppe va grossir.

L’arme est puissante parce que le marché est concentré. Cinq sites exploités par le chinois CMOC Group, par Glencore et par Eurasian Resources Group pèsent à eux seuls plus de 60 % du quota total. Le communiqué n’a toutefois pas précisé quelle proportion de l’enveloppe globale n’a pas été expédiée, ni quelles entreprises seront les plus touchées. Sollicité, Glencore n’a pas commenté l’état de ses expéditions du semestre ; CMOC et ERG n’avaient pas répondu dans l’immédiat.

Soutenir des prix déprimés

Derrière le contrôle des quantités, il y a aussi une bataille sur les prix. Les restrictions ont été instaurées pour résorber une surabondance qui pesait sur des cours déprimés. Limiter l’offre du premier producteur de la planète revient à soutenir mécaniquement les prix d’un métal dont la RDC reste, et de loin, le robinet principal.

Les plafonds disent l’ampleur du resserrement. Fixés à 96 600 tonnes pour cette année comme pour la suivante, ils représentent moins de la moitié de ce que le pays a produit en 2024. Le cobalt congolais étant extrait comme sous-produit du cuivre, dont la production continue de grimper, ces quotas obligent les compagnies à stocker une partie d’un métal qu’elles sortent de terre quoi qu’il arrive.

Reste la question que le communiqué laisse ouverte : vers quels projets, et selon quel calendrier, ce cobalt repris sera-t-il orienté. L’ambition d’une transformation sur le sol congolais est ancienne ; sa traduction en usines et en emplois l’est moins. C’est là, plus que dans l’annonce de lundi, que se jugera la portée réelle de la décision.

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B
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