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Premier producteur, zéro raffineur : pourquoi la RDC reste un comptoir minier

Numéro un mondial du cobalt, la RDC exporte presque brut et capte peu de valeur. Quotas, zones spéciales, batteries : pourquoi la transformation locale reste une promesse.

Premier producteur, zéro raffineur : pourquoi la RDC reste un comptoir minier
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:56 WAT · 4 min de lecture

Le 16 octobre 2025, la RDC a rouvert au compte-gouttes le robinet de son cobalt. Après une suspension totale des exportations décrétée en février puis reconduite en juin, l’Autorité de régulation des marchés des substances minérales stratégiques est passée à un régime de quotas. Le prix, tombé autour de 20 000 dollars la tonne au début de l’année, est repassé au-dessus de 50 000 dollars en décembre. La manœuvre a fonctionné, mais elle dit une impuissance. Premier producteur mondial, Kinshasa ne pèse sur le marché qu’en fermant le robinet du brut, faute de pouvoir le transformer.

Le constat est brutal. En 2024, la RDC a extrait 198 844 tonnes de cobalt, soit environ 76 % de la production mondiale, et exporté près de 3,1 millions de tonnes de cuivre, pour un montant proche de 20 milliards de dollars. Mais ce cobalt part quasi brut. Près de 80 % de l’hydroxyde congolais file vers la Chine, qui raffine à elle seule plus de 70 % du cobalt mondial. Le décrochage est ancien. Selon l’institut Ebuteli, 12 % du cobalt était encore raffiné en RDC en 2000, contre 0 % en 2016. Le pays touche la rente d’extraction et laisse à d’autres la valeur ajoutée.

Les autorités assument une volonté de reprise en main. « Il s’agit de garantir un développement organisé des minéraux stratégiques nationaux, de préserver les intérêts du pays et de sa population », a justifié Patrick Mpoyi Luabeya, président du conseil d’administration de l’organe régulateur, en présentant le nouveau régime. Le discours accompagne un affichage industriel. « La création de la zone économique spéciale de Musompo marque le début d’une nouvelle ère pour la RDC », a déclaré le ministre de l’Industrie, Louis Watum Kabamba, lors du lancement de ce parc du Lualaba.

Les chantiers existent, mais restent au stade des intentions. La zone de Musompo, dédiée aux précurseurs de batteries, annonce quelque deux milliards de dollars d’investissements et des dizaines de milliers d’emplois, sans capacité opérationnelle confirmée. Un accord sur la fabrication de batteries, signé avec la Zambie en avril 2022, tarde à se matérialiser. Des projets de raffinage, portés par l’entreprise publique du cobalt et des partenaires privés, en sont au stade pilote. La promesse est répétée, l’usine se fait attendre.

L’obstacle le plus dur porte un nom, l’électricité. Raffiner sur place l’ensemble de la production nationale de cobalt exigerait de l’ordre de 34 térawattheures, quand le pays n’en produisait que 13,6 en 2024. Le secteur minier réclame environ 2 300 mégawatts, la société nationale d’électricité n’en fournit que 730. À ce mur énergétique s’ajoutent des infrastructures logistiques lacunaires, un capital rare et une visibilité réglementaire limitée. Et à l’Est, la guerre saigne la ressource avant même toute idée de transformation, le coltan de Rubaya partant vers le Rwanda sans laisser ni redevance ni devise à l’État.

Pour Kinshasa, sortir du statut de comptoir minier est devenu un mot d’ordre, de la loi sur la sous-traitance aux zones économiques spéciales. La distance entre l’annonce et l’usine reste toutefois entière. Il ne s’agit pas de cobalt et de coltan comme d’un seul dossier, l’un relevant de la filière industrielle du Katanga, l’autre de la guerre du Kivu. Mais la logique est commune : tant que les térawattheures et les raffineries manqueront, la valeur continuera de se créer ailleurs, et la RDC de vendre sa terre à l’état brut.

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B
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