Politique 1997 : la chute de Mobutu, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
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Partie 1 — Politique

1997 : la chute de Mobutu, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila

En mai 1997, une colonne d'hommes en armes entre dans Kinshasa, et trente-deux ans de pouvoir s'achèvent presque sans combat dans la capitale. Mobutu s'enfuit.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

En mai 1997, une colonne d’hommes en armes entre dans Kinshasa, et trente-deux ans de pouvoir s’achèvent presque sans combat dans la capitale. Mobutu, le maître de tout un demi-pays-continent, s’enfuit. Laurent-Désiré Kabila, vieux maquisard que beaucoup avaient oublié, se proclame président et rebaptise le pays République démocratique du Congo. En quelques mois, un régime qui paraissait éternel s’est effondré comme un décor de carton.

La chute a commencé loin de Kinshasa, à l’autre bout du pays, à l’Est. Là, les répercussions du génocide rwandais de 1994 ont déstabilisé toute la région des Grands Lacs. Des camps de réfugiés, des groupes armés, des règlements de comptes transfrontaliers transforment le Kivu en poudrière. À la fin de 1996, une coalition, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération, l’AFDL, se forme autour de Laurent-Désiré Kabila, avec le soutien décisif de pays voisins, au premier rang desquels le Rwanda et l’Ouganda. Ce soutien extérieur est l’un des faits centraux de cette histoire, et il pèsera lourd sur la suite.

L’avancée de l’AFDL est foudroyante. Ville après ville, l’armée zaïroise, minée par des décennies de corruption et de désorganisation, se débande plutôt qu’elle ne combat. En quelques mois, la rébellion traverse l’immense territoire d’est en ouest. Le régime de Mobutu, rongé de l’intérieur, abandonné par ses anciens parrains, miné par la maladie de son chef, ne tient plus. La rapidité de l’effondrement révèle, après coup, à quel point l’État mobutiste n’était plus qu’une façade.

Mais cette libération porte en elle les germes des malheurs à venir. La marche de l’AFDL à travers le pays est marquée par des violences, notamment contre des réfugiés, qui feront l’objet d’enquêtes et de rapports accablants. Et surtout, le nouveau pouvoir naît endetté envers ses parrains étrangers. Laurent-Désiré Kabila arrive à Kinshasa porté par des forces venues d’ailleurs, et la question de l’indépendance réelle du nouveau régime se pose dès le premier jour. La brouille à venir entre Kabila et ses anciens alliés rwandais déclenchera, à peine un an plus tard, la deuxième guerre du Congo, que cette série raconte à part.

La chute de Mobutu est donc un soulagement et un piège. Soulagement, parce qu’elle met fin à l’un des régimes les plus prédateurs du continent, honni par une population épuisée. Piège, parce qu’elle inaugure une période de guerres et d’ingérences qui feront de l’Est congolais l’un des théâtres les plus meurtriers du monde. Le pays a changé de maître, mais il n’a pas conquis sa souveraineté, et il a découvert que la fin d’une dictature n’est pas, automatiquement, le début de la paix.

Quant à Mobutu, il meurt en exil quelques mois plus tard, loin du pays qu’il avait façonné et dévoré. Sa fin solitaire contraste avec la démesure de son règne, et clôt une époque sans la solder vraiment, car les structures, les habitudes, les réflexes qu’il avait installés lui survivront.

Soixante-six ans après l’indépendance, 1997 reste l’année charnière qui fait passer le pays du long hiver mobutiste à l’ère des guerres et des reconstructions. Elle pose une question qui n’a rien perdu de son acuité : comment changer de régime sans livrer son destin à des puissances étrangères, et comment faire qu’une libération ne se paie pas, ensuite, en décennies de conflit ? L’Est qui a fait tomber Mobutu est le même Est qui saigne encore. Cette continuité tragique est l’une des clés pour comprendre la RDC d’aujourd’hui.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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