Politique 2006 : la Constitution et les premières urnes
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Politique

2006 : la Constitution et les premières urnes

En 2006, pour la première fois depuis plus de quarante ans, les Congolais glissent un bulletin dans une urne pour choisir librement leurs dirigeants.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

En 2006, pour la première fois depuis plus de quarante ans, les Congolais glissent un bulletin dans une urne pour choisir librement leurs dirigeants. La dernière fois remontait aux lendemains de l’indépendance. Entre les deux, il y avait eu Mobutu, le parti unique, les guerres. Que des millions de citoyens puissent enfin voter, dans la paix relative d’une transition, est en soi un événement considérable, et l’un des rares moments où la promesse démocratique de 1960 a semblé reprendre vie.

Tout commence par un texte. Au terme de la transition née des accords de paix, le pays se dote d’une nouvelle Constitution, approuvée par référendum fin 2005 et promulguée début 2006. Ce texte fonde la Troisième République, organise les institutions, fixe les règles du jeu, notamment la limitation des mandats présidentiels, qui deviendra plus tard un enjeu central. Pour un pays sortant de la guerre, se donner une loi fondamentale adoptée par le peuple est un acte refondateur. Le Congo essaie de remplacer la force par le droit.

Puis viennent les urnes. L’organisation d’élections dans un pays-continent dévasté, aux infrastructures détruites, est un défi logistique colossal, relevé avec l’appui massif de la communauté internationale et de la mission des Nations unies. Des dizaines de millions d’électeurs, des bureaux de vote jusque dans les villages les plus reculés, des bulletins acheminés par tous les moyens. Le scrutin présidentiel oppose au second tour Joseph Kabila à Jean-Pierre Bemba, dans une compétition tendue qui révèle aussi les fractures géographiques du pays, entre l’Est et l’Ouest.

La fête démocratique a son revers. Entre les deux tours, des affrontements armés éclatent à Kinshasa entre les partisans des deux camps, rappelant brutalement que la paix reste fragile et que les armes ne sont jamais loin de la politique. Joseph Kabila est proclamé vainqueur. Le résultat est contesté par une partie de l’opposition, mais la transition franchit son cap : le pays a une Constitution, un président élu, des institutions issues des urnes. Sur le papier, la République est reconstruite.

Mais reconstruire des institutions ne suffit pas à les faire vivre. Les années suivantes montreront les limites de cet édifice. La limitation des mandats sera mise à l’épreuve, la qualité des scrutins ultérieurs sera contestée, et la distance entre les institutions formelles et la réalité du pouvoir restera grande. 2006 n’a pas réglé la question démocratique congolaise. Il l’a rouverte, après des décennies de fermeture, et c’est déjà beaucoup. Le mérite de cette année n’est pas d’avoir tout réussi, mais d’avoir réinstallé l’idée que le pouvoir doit, en principe, procéder du vote.

Soixante-six ans après l’indépendance, 2006 reste une référence ambivalente. Référence positive, parce que ces élections ont prouvé que le Congo, même meurtri, pouvait organiser une consultation populaire d’une ampleur inouïe et choisir ses dirigeants. Référence prudente, parce que la suite a montré combien il est difficile de transformer un scrutin en démocratie durable. Le texte de 2006, sa limitation des mandats, sa promesse d’alternance, sera au cœur des batailles politiques des années suivantes, jusqu’à la première passation pacifique de 2018 et aux débats constitutionnels d’aujourd’hui. La Troisième République est née cette année-là. Savoir si elle a tenu ses promesses est une question que le pays se pose encore.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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