Ebola : un déplacement sur deux part d’une zone de transmission active
Entre le 17 et le 23 août, un trajet sur deux enregistré en RDC est parti d’une zone où le virus circulait. Plus de 400 000 déplacés vivent dans des sites situés en zone touchée.
Ebola : un déplacement sur deux part d’une zone de transmission active
AFP
Entre le 17 et le 23 août 2026, un trajet sur deux enregistré en République démocratique du Congo est parti d’une zone où le virus Ebola circulait activement. La mesure vient de la matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations, et elle figure dans le rapport de situation publié par cette agence le 4 septembre.
Sur ces flux partis de zones de transmission active, 4,5 % quittaient l’Ituri pour d’autres provinces du pays, ainsi que pour l’Ouganda et le Kenya.
Ce que le rapport du 4 septembre a mesuré
Le document est le seizième rapport de situation de l’agence sur cette épidémie, et il couvre la semaine du 24 au 30 août 2026. Il énonce, dans notre traduction de l’anglais : « la mobilité continue de façonner la transmission de la maladie ».
La mesure repose sur deux cycles de suivi des mouvements, l’un pour l’Ituri publié le 7 août, l’autre pour le Nord-Kivu publié le 19 août, portant tous deux sur juillet 2026.
Le même rapport donne un second chiffre, cumulé celui-là : 165 corps de personnes décédées ont été interceptés aux points de contrôle depuis le début de la riposte.
Quatre cent mille déplacés dans des sites situés en zone touchée
La mobilité congolaise n’est pas ici un choix de voyage. Elle est le produit de la guerre.
Plus de cinquante sites de déplacés gérés par l’Organisation internationale pour les migrations dans l’est du pays se trouvent dans des zones de l’Ituri et du Nord-Kivu touchées par l’épidémie. Le rapport y compte environ 400 000 déplacés.
À ces sites s’ajoutent, dans les mêmes deux provinces, environ 1,5 million de déplacés hébergés dans les communautés d’accueil et 2,3 millions de retournés.
Le rapport décrit ce que produit cette concentration : des services insuffisants en eau, assainissement et hygiène, en santé et en abris, qui accélèrent les risques de transmission. Nous avions rapporté l’alerte de la ministre des Affaires sociales sur ce que coûterait l’entrée du virus dans ces sites.
Quatre-vingt-deux pour cent de cas en plus entre juillet et août
Le contexte de cette mesure est celui d’une accélération. Entre juillet et août 2026, le nombre de cas rapportés a augmenté de 82 % et le nombre de décès de 99 %.
Le dernier décompte national disponible, celui du rapport de situation n° 114 de la Task Force présidentielle arrêté au 5 septembre 2026, donne 6 604 cas confirmés et 3 175 décès, soit une létalité de 48,1 %. Six provinces et 61 zones de santé sur 151 sont touchées.
- Ituri : 5 326 cas, 2 398 décès, létalité 45,0 %.
- Nord-Kivu : 1 000 cas, 659 décès, létalité 65,9 %.
- Haut-Uélé : 249 cas, 105 décès, létalité 42,2 %.
- Tshopo : 22 cas, 9 décès, létalité 40,9 %.
- Bas-Uélé : 4 cas, 3 décès, létalité 75,0 %.
- Sud-Kivu : 3 cas, 1 décès, létalité 33,3 %.
L’Ituri concentre 80,6 % des cas cumulés. Nous avions décrit la létalité du Nord-Kivu et la saturation de ses lits d’isolement.
Le Bas-Uélé, trois taux de suivi des contacts pour une même province
C’est vers cette province, la sixième touchée, que le rapport de l’agence dirige son avertissement. Il écrit que le suivi des contacts y est particulièrement faible, à 18,9 % selon les sources gouvernementales, et relie cette faiblesse au risque de propagation vers la République centrafricaine et le Soudan du Sud.
Trois chiffres circulent pour cette même province, et ils ne mesurent pas la même chose.
- 18,9 %, le point bas cité par l’agence.
- 46 % de moyenne hebdomadaire, selon le rapport de l’Organisation mondiale de la santé arrêté au 23 août, qui précise une progression de 19 % le 18 août à 53 % le 22 août.
- 70,4 % le 5 septembre, soit 107 contacts vus sur 152 à suivre, selon la Task Force présidentielle.
Le même document du 5 septembre nomme la cause : « Insuffisance des équipes dédiées aux activités de surveillance et plus particulièrement au suivi des contacts dans la province du Bas Uélé bien qu’on note une amélioration. »
Le Bas-Uélé compte quatre cas confirmés et trois décès. C’est la létalité la plus élevée du pays, sur la plus petite base. Nous avions rapporté l’extension de l’épidémie à cette province.
Cent cinquante points d’entrée sur le fleuve Congo
La seconde route que le rapport désigne n’est pas terrestre. Elle est fluviale, et elle mène à Kinshasa.
La province de la Tshopo, écrit le document, connaît un trafic important depuis Kisangani vers Kinshasa par le fleuve Congo, pour le commerce et les moyens de subsistance. Il chiffre à plus de 150 les points d’entrée formels et informels le long du fleuve où la surveillance devrait être renforcée.
Une initiative gouvernementale portant le nom de « Congo River Without Ebola » a été officiellement lancée au cours de la semaine couverte par le rapport.
Le dispositif existant est mesuré chaque jour. Le 5 septembre 2026, 258 604 personnes sont passées par les points d’entrée et les points de contrôle des six provinces, et 98,2 % d’entre elles ont été dépistées.
Le même tableau porte un autre chiffre : 31,8 % des points d’entrée et de contrôle stratégiques sont fonctionnels à l’échelle nationale. En Ituri, épicentre de l’épidémie, ils sont 9,1 %.
Ce que les points de contrôle ont arrêté le 5 septembre
Le détail d’une seule journée dit ce que recouvrent les 165 corps interceptés depuis le début.
Le 5 septembre, neuf alertes ont été notifiées aux points d’entrée et de contrôle. Au point de contrôle de Pluto, à Mongbwalu en Ituri, une alerte a été validée et la personne transférée au centre de traitement. Au point de contrôle de Mukulia, dans la zone de santé de Beni, deux corps sans vie ont été interceptés et orientés vers la morgue pour prélèvement. Au point de contrôle Foner Kasindi, une alerte a été validée et référée au centre de santé.
Au Bas-Uélé, cinq alertes ont été enregistrées, deux au point kilométrique 65 de Sukisa et trois à l’aéroport de Buta. Toutes ont été invalidées.
Vingt-sept millions reçus sur cent dix demandés
Le rapport publie l’état du financement de son propre plan de préparation et de riposte multipays. Sur 110 millions de dollars demandés, 27,6 millions ont été reçus, laissant un déficit de 82,4 millions. Le plan est en cours de révision.
Les indicateurs cumulés du même dispositif donnent 26 828 285 dépistages sanitaires appuyés aux points d’entrée et de contrôle, et 229 points appuyés dans les pays touchés et à risque.
Une frontière que l’AFC/M23 a fermée de son côté
Un dernier mouvement de population échappe aux points de contrôle de l’État, et il est signalé par l’Organisation mondiale de la santé dans son rapport arrêté au 23 août.
L’AFC/M23 a annoncé des restrictions de circulation depuis et vers les zones touchées par Ebola sous contrôle du gouvernement, présentées comme une mesure destinée à réduire le risque d’importation de la maladie dans les zones qu’il occupe.
La riposte sanitaire congolaise se heurte donc, sur la même carte, à trois mobilités distinctes : celle des déplacés que la guerre pousse hors de chez eux, celle du commerce fluvial vers Kinshasa, et celle qu’un groupe armé soutenu par le Rwanda interdit unilatéralement.
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