2018-2019 : la première alternance pacifique
En janvier 2019, pour la première fois de son histoire, le Congo connaît une passation pacifique du pouvoir. Joseph Kabila cède la place à Félix Tshisekedi.
En janvier 2019, pour la première fois de son histoire, le Congo connaît une passation pacifique du pouvoir entre un président sortant et un président élu. Joseph Kabila cède la place à Félix Tshisekedi. Vu de loin, c’est un tournant historique. Vu de près, c’est une histoire compliquée, faite d’un long bras de fer, d’un résultat contesté, et d’un compromis dont on débat encore la nature. Les deux lectures sont vraies, et c’est ce qui rend ce moment si singulier.
Le contexte est tendu depuis des années. Le second mandat de Joseph Kabila aurait dû s’achever en 2016, en vertu de la limitation constitutionnelle. Mais l’élection n’est pas organisée à temps. Le maintien du président au-delà de son mandat, que l’on a appelé le glissement, provoque des manifestations, durement réprimées, et une crise politique profonde. Pendant deux ans, le pays vit dans l’incertitude, entre mobilisations citoyennes, médiation de l’Église catholique et tractations. La question est simple et brûlante : le président va-t-il, oui ou non, quitter le pouvoir ?
Le scrutin se tient finalement fin décembre 2018, après plusieurs reports. La campagne et le vote se déroulent dans un climat de suspicion, avec des incidents, des zones exclues du vote pour des raisons sécuritaires et sanitaires, et une machine à voter controversée. Début janvier 2019, la commission électorale proclame Félix Tshisekedi vainqueur. Mais ce résultat est immédiatement contesté. Un autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu, revendique la victoire, et des fuites attribuées à des observateurs, dont ceux de l’Église catholique qui avait déployé des dizaines de milliers de témoins, suggèrent un classement différent. La validité du résultat reste, pour beaucoup, un sujet de débat.
C’est là tout le paradoxe de 2019. D’un côté, un fait historique incontestable : un président sortant a effectivement quitté le pouvoir, et la transition s’est faite sans guerre, ce qui n’était jamais arrivé au Congo. De l’autre, un doute durable sur la sincérité du scrutin et sur la nature de l’arrangement qui a permis cette passation. Beaucoup d’observateurs ont parlé d’un compromis entre le pouvoir sortant et le nouveau président, plutôt que d’une véritable victoire de l’opposition dans les urnes. Saluer l’alternance sans interroger les conditions de sa survenue serait incomplet.
Quoi qu’il en soit, le seuil franchi est réel. Pour la première fois, le Congo a montré qu’un changement de président pouvait se faire autrement que par un coup d’État, un assassinat ou une guerre. Après Lumumba écarté, Mobutu renversé, Laurent-Désiré Kabila assassiné, voir un pouvoir se transmettre par un processus électoral, même imparfait, même contesté, marque une rupture avec un demi-siècle de violence politique. C’est un acquis fragile, mais c’est un acquis.
Soixante-six ans après l’indépendance, 2018-2019 incarne à la fois l’espoir et les limites de la démocratie congolaise. L’espoir d’un pays qui apprend, lentement, à changer de dirigeant sans se déchirer. Les limites d’un système où la qualité et la sincérité du vote restent en question. Cette première alternance pacifique n’est pas un aboutissement, c’est une étape, précieuse et imparfaite. Elle montre le chemin parcouru depuis 1960 et celui qu’il reste à faire pour que le choix des Congolais, dans les urnes, soit pleinement respecté.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
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