Économie Les télécoms : le portable change le pays
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Économie

Les télécoms : le portable change le pays

À partir des années 2000, le mobile a fait ce que des décennies d'infrastructure n'avaient pas réussi : relier les Congolais entre eux. Le pays a sauté une étape entière.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Dans un pays où l’on peine à construire des routes, où des régions entières restent enclavées, une révolution a pourtant traversé le territoire à une vitesse foudroyante. Celle du téléphone portable. En l’espace de quelques années, à partir des années 2000, le mobile a fait ce que des décennies de politiques d’infrastructure n’avaient pas réussi : relier les Congolais entre eux. Là où la ligne fixe n’était jamais arrivée, l’antenne et le combiné sont apparus, et le pays a sauté une étape entière de son développement.

Le contraste est saisissant. La République démocratique du Congo n’a jamais eu de réseau téléphonique fixe digne de ce nom. Construire des lignes filaires sur un territoire aussi vaste et aussi difficile était une gageure que ni la colonie ni les régimes successifs n’avaient relevée. Le mobile a contourné l’obstacle. Sans avoir besoin de fils sur des milliers de kilomètres, il a permis à des dizaines de millions de personnes d’accéder, pour la première fois, à la communication à distance. Des opérateurs se sont implantés, ont couvert les villes puis, peu à peu, l’intérieur, et le nombre d’abonnés a explosé.

Les effets sur la vie quotidienne sont profonds. Le portable, c’est la possibilité de joindre un proche dans une autre province, de prévenir d’un danger, de s’informer, de faire du commerce. Pour le marché informel que cette série évoque par ailleurs, c’est un outil de travail essentiel, qui permet de passer commande, de négocier, d’organiser. Pour des familles dispersées par l’exil et la guerre, c’est un lien vital. Dans un pays où tant de choses séparent et isolent, le téléphone a recréé du lien, et ce lien a une valeur économique et humaine considérable.

Cette révolution a aussi ses limites et ses zones d’ombre. La couverture reste inégale, et de vastes territoires demeurent mal desservis ou privés de réseau. Le coût des communications et de l’accès à internet pèse lourd dans le budget des ménages. La qualité du service, la concurrence entre opérateurs, la régulation du secteur, font l’objet de débats et de tensions. Et la question de la souveraineté numérique, des données, de la dépendance à des opérateurs souvent étrangers, se pose avec une acuité croissante. La connexion est un progrès, mais elle n’efface pas les inégalités, elle les redessine parfois.

Le téléphone a surtout ouvert la porte à autre chose, qui va transformer l’économie en profondeur. Sur ces réseaux mobiles s’est greffé le paiement par téléphone, le mobile money, que cette série raconte dans l’histoire suivante. Le combiné est devenu un portefeuille, une banque, un guichet. La révolution des télécoms n’était que le premier acte d’une transformation plus vaste, celle de l’argent lui-même. En reliant les Congolais, le portable a préparé le terrain pour les inclure, peu à peu, dans une économie moderne dont ils étaient largement exclus.

Soixante-six ans après l’indépendance, la révolution du portable est l’une des rares bonnes nouvelles technologiques de l’histoire récente du pays, un domaine où le Congo a progressé vite et fort. Elle montre que, lorsque les obstacles de l’infrastructure lourde sont contournés, l’ingéniosité et l’appétit de connexion des Congolais font le reste. Elle pose aussi une question d’avenir : ce qui a marché pour le téléphone, ce saut technologique qui relie sans attendre les grands chantiers, ne pourrait-il pas inspirer d’autres domaines, de l’énergie à l’administration ? Le signal, au Congo, a souvent voyagé plus vite que l’État. C’est une leçon à méditer.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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