Léopards Comment le Congo entier a explosé avec ses Léopards face à l’Ouzbékistan

Comment le Congo entier a explosé avec ses Léopards face à l’Ouzbékistan

De Kinshasa à la diaspora, le récit d'une nuit où cent millions de Congolais ont basculé de l'angoisse à la liesse, portés par la remontée des Léopards face à l'Ouzbékistan.

Comment le Congo entier a explosé avec ses Léopards face à l’Ouzbékistan
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 28 JUIN 2026 - 03:22 WAT · 4 min de lecture

Quand Fiston Mayele a poussé le ballon au fond, à la 77e minute, un pays entier a recommencé à respirer. Quand Yoane Wissa a ajouté le troisième, cinq minutes plus tard, ce même pays a cessé de se tenir et s’est mis à courir dans la rue. À Kinshasa, il était passé deux heures du matin. Personne ne dormait.

La nuit avait pourtant commencé dans l’angoisse. Le coup d’envoi tombait à minuit et demi, heure de Kinshasa, et tout un pays avait organisé sa soirée autour de ce rendez-vous : les courses faites plus tôt, le groupe électrogène vérifié, les enfants qu’on laisse veiller pour une fois. Puis l’Ouzbékistan a ouvert le score dès la dixième minute, un but congolais a été refusé, et l’élimination s’est installée au bout des doigts. Le Congo a vécu cette première période comme on retient un sanglot.

« Déception ya Léopards eleki déception ya mobali », circulait depuis la veille : la déception des Léopards dépasse celle d’un homme trahi. À la pause, beaucoup s’y préparaient déjà, par habitude, par superstition, par cette tendresse résignée qu’un peuple réserve à une équipe qui l’a si souvent fait pleurer.

Et puis la seconde mi-temps a tout retourné, et avec elle l’humeur d’une nation. Les klaxons d’abord, isolés. Puis par vagues. Puis un seul mur de bruit. Des quartiers entiers se sont vidés sur les avenues, drapeaux sortis des armoires, maillots des Léopards sur les épaules, ngoma et vuvuzelas mêlés aux moteurs. La fête a pris la ville comme une marée, des grandes artères de la Gombe aux ruelles de Matonge, et elle ne comptait pas redescendre de sitôt.

Et pas seulement la capitale. À Lubumbashi, à Mbuji-Mayi, à Goma malgré l’occupation, on avait veillé pour les mêmes hommes. Le football a ce pouvoir-là. « Cela montre que le football peut être une colle qui unit les gens », confiait à CNN le journaliste Prosper Heri Ngorora, à propos d’un pays que tout sépare et qu’un ballon, le temps d’une nuit, recolle.

Loin de là, la diaspora vibrait au même rythme. À Bruxelles, à Paris, à Johannesburg, des salons se sont transformés en tribunes. À Atlanta même, dans les travées du Mercedes-Benz Stadium, manquait pourtant une silhouette devenue familière : celle de Lumumba Vea, le supporter le plus célèbre des Léopards, retenu loin du stade par un visa américain refusé. Lui aussi aura suivi la délivrance un écran à la main, comme cent millions d’autres.

Car c’est bien d’un pays tout entier qu’il s’agissait. Vingt-six joueurs dans le groupe à Atlanta, et derrière eux une nation qui, le temps d’une remontée, a cessé d’être une addition de provinces, de langues et de blessures pour redevenir un seul corps qui hurle. Ce que ce peuple a fêté cette nuit dépasse trois points et un match. Cinquante-deux ans après le Zaïre de 1974, les Léopards le ramènent là où il ne s’était plus vu, et lui offrent une raison commune, rare, de crier ensemble.

Pour un pays habitué aux nouvelles dures, la parenthèse valait de l’or. On a dansé pour les buts, mais on a dansé aussi pour tout le reste, pour ce qui d’ordinaire serre la gorge et que, cette nuit, on avait le droit d’oublier.

Au petit matin, les avenues n’étaient pas encore vides. La nuit, on le savait déjà, serait longue, et pas seulement à Kinshasa. Quelque part, un vieux dicton venait de changer de camp : cette fois, la joie des Léopards dépassait tout le reste.

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