Conseil de sécurité : 2 186 violations en six mois, et un cessez-le-feu qui « peine à se concrétiser »
Devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial Huang Xia a présenté un rapport qui attribue 2 186 violations des droits humains aux groupes armés en six mois, dont la moitié à l’AFC/M23. Washington exige un retrait rwandais « immédiat et sans condition », Kinshasa l’application intégrale de la résolution 2773.
Conseil de sécurité : 2 186 violations en six mois, et un cessez-le-feu qui « peine à se concrétiser »
AFP
Le Conseil de sécurité des Nations unies a tenu le mardi 13 octobre 2026 sa séance publique semestrielle sur la région des Grands Lacs. L’envoyé spécial du secrétaire général, Huang Xia, y a présenté le dernier rapport sur l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération. Son constat tient en une phrase : « Un véritable cessez-le-feu peine à se concrétiser. »
« Pareille fenêtre ne reste pas ouverte indéfiniment »
L’envoyé spécial a décrit des combats qui se poursuivent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, à Masisi, Lubero et Walikale pour la première province, à Mwenga et Fizi pour la seconde. Il a appelé les parties à bâtir « la confiance construite par les actes plutôt que par les déclarations », et averti que « pareille fenêtre ne reste pas ouverte indéfiniment ».
2 186 violations attribuées aux groupes armés en six mois
Le rapport chiffre la période du 16 mars au 15 septembre. Sur l’ensemble des violations des droits humains documentées, 2 186 sont attribuées à des groupes armés, soit 70 % du total, et la moitié d’entre elles à l’AFC/M23. Les forces de sécurité congolaises s’en voient imputer 891.
Deux groupes sont comptabilisés séparément. Les Forces démocratiques alliées, affiliées à l’État islamique, sont tenues pour responsables de 211 incidents et de 468 civils tués. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda totalisent 94 incidents et 40 civils tués.
Le rapport donne trois autres repères. Plus de six millions de personnes étaient déplacées en République démocratique du Congo à fin juin. Plus de vingt-six millions se trouvaient en insécurité alimentaire aiguë. Et l’épidémie d’Ebola comptait 7 672 cas confirmés et 3 699 décès au 19 septembre.
Ce que Kinshasa a demandé au Conseil
Le représentant congolais a appelé le Conseil à « passer des déclarations aux actes » et réclamé l’application « intégrale et sans ambiguïté » de la résolution 2773. La souveraineté nationale, a-t-il dit, est « non négociable ».
Sa liste est précise. Le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la fin du soutien extérieur à l’AFC/M23. Le renforcement du mécanisme conjoint de vérification élargi, avec l’appui de la Mission des Nations unies. Des mesures concrètes contre les auteurs de violations du cessez-le-feu. Davantage de transparence sur les transferts d’armes, de drones et d’équipements militaires vers le Rwanda, et une surveillance accrue de l’usage des drones, dont plusieurs frappes ont eu, selon lui, de « lourdes conséquences » sur les civils.
Kinshasa a aussi demandé une traçabilité renforcée des minerais et la responsabilisation des acteurs des circuits illicites, en citant le site de Rubaya, dans le territoire de Masisi, et les conclusions du groupe d’experts des Nations unies sur l’intensification de l’exploitation minière.
Washington exige un retrait « immédiat et sans condition »
L’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Michael Waltz, a demandé au Rwanda de retirer immédiatement et sans condition ses troupes et ses équipements militaires du territoire congolais, et de mettre fin à tout soutien au M23. Il a ajouté que la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda « doit se poursuivre ».
Il a appelé les deux camps à respecter le cessez-le-feu et à mettre fin aux frappes de drones, et demandé aux parties de s’abstenir de toute rhétorique incendiaire. Les accords de Washington représentent selon lui une « opportunité historique » pour la stabilité de l’Est. « Nous continuerons à agir contre ceux qui commettent des abus contre les civils », a-t-il déclaré, en invitant les membres du Conseil à accroître la pression.
Trois échéances se dessinent
La première est qatarie. Dans une lettre adressée au Conseil le 29 septembre, Doha fait état de progrès dans l’opérationnalisation des mécanismes de cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et le M23, et d’une feuille de route assortie d’étapes et de délais. Le taux de mise en œuvre que nous avons établi reste de 18,6 %.
La deuxième est américaine. Une conférence de planification tripartite réunissant la République démocratique du Congo, le Rwanda et les États-Unis doit se tenir ce mois-ci pour actualiser l’ordre d’opération du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité. Ses dates n’étaient pas confirmées à la veille de la séance.
La troisième est onusienne. Félix Tshisekedi demande que le secrétaire général recommande au Conseil de confier explicitement à la Mission des Nations unies la surveillance de la mise en œuvre du protocole du 28 juillet, conclu entre le gouvernement congolais et les Forces démocratiques de libération du Rwanda sur le désarmement, la démobilisation, le cantonnement et le rapatriement. Cette recommandation devrait figurer dans la résolution de renouvellement du mandat, attendue en décembre.
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