Grand angle Crise à l’est de la RDC : un conflit complexe pour une issue à la méthode Trump ?

Crise à l’est de la RDC : un conflit complexe pour une issue à la méthode Trump ?

Le président américain, Donald Trump, se dirigeant vers Marine One sur la pelouse sud de la Maison-Blanche, le 28 mars 2025, à Washington. ©️Andrew Harnik Getty Images via Agence France-Presse
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 12 JUIN 2025 - 10:11 WAT · 4 min de lecture

En avril dernier, les ministres des Affaires étrangères du Rwanda et de la République démocratique du Congo (RDC) ont signé une déclaration de principe en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Ce document engageait les deux parties à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de chacun, tout en luttant contre les groupes armés. Un premier pas diplomatique salué par Washington.

Dans la foulée, Kigali et Kinshasa ont soumis un avant-projet d’accord de paix. Mais les États-Unis viennent de poser une condition préalable à toute avancée : le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Si cette exigence a été bien accueillie à Kinshasa, elle suscite néanmoins un certain scepticisme. D’anciens engagements similaires sont restés sans effet, et la présence militaire rwandaise dans l’Est de la RDC demeure un point de blocage majeur.

Dans ce contexte, le discours de Donald Trump, affirmant qu’il mettrait fin à la guerre en Ukraine “en 24 heures” s’il revenait au pouvoir, interroge. Au-delà de l’effet d’annonce, cette promesse révèle une posture de négociateur dur et direct, fondée sur des leviers d’influence bilatéraux. Mais cette méthode peut-elle s’appliquer à un conflit aussi fragmenté, enraciné et régionalisé que celui de l’est du Congo ?

L’Ukraine comme modèle… ou mirage ?

Donald Trump mise sur une approche transactionnelle de la diplomatie : poser des ultimatums, exercer une pression personnelle sur les dirigeants concernés, et conclure des accords rapides perçus comme des “deals”. C’est dans cette logique qu’il prétend pouvoir contraindre Moscou et Kiev à négocier une sortie de crise. Mais cette méthode, qui repose sur un rapport de force clair entre deux États, trouve rapidement ses limites dans des conflits asymétriques où les acteurs sont multiples et les lignes de front sont floues.

Le conflit à l’est de la RDC en est un exemple typique. Il ne s’agit pas seulement d’un affrontement entre deux gouvernements, mais d’un maquis de groupes armés, de milices locales, d’intérêts transfrontaliers et de rivalités géopolitiques régionales. La présence du Rwanda, bien que centrale, n’est qu’un des multiples aspects d’un engrenage où interagissent également l’Ouganda, le Burundi, les FARDC, les Casques bleus de la MONUSCO, et de nombreux acteurs non étatiques.

Une diplomatie taillée pour d’autres terrains

Lors de son premier mandat (2017–2021), Donald Trump n’a montré qu’un intérêt limité pour l’Afrique subsaharienne. Sa politique étrangère était prioritairement tournée vers la Chine, l’Iran, et la sécurité intérieure des États-Unis. Dans ce contexte, il est peu probable que la RDC — sauf dans le cas d’une menace directe pour les intérêts américains — suscite une mobilisation présidentielle forte.

Par ailleurs, la promesse trumpienne de mettre fin à la guerre en Ukraine reste à l’état d’intention. Aucun plan détaillé n’a été présenté, et ses précédentes initiatives de “paix” (avec la Corée du Nord ou au Moyen-Orient) ont souvent été spectaculaires sur la forme, mais peu durables sur le fond. Transposée à la région des Grands Lacs, cette stratégie risquerait de manquer de cohérence à long terme.

Une position ambigüe face à Paul Kagame

La demande américaine de retrait des troupes rwandaises constitue un point de rupture potentiel. Paul Kagame, allié stratégique de longue date des États-Unis dans la région, est aussi critiqué pour son soutien présumé aux rebelles du M23. Trump, qui a souvent valorisé les alliances pragmatiques avec des dirigeants autoritaires s’ils servaient ses intérêts, pourrait opter pour une ligne plus indulgente vis-à-vis de Kigali. Une telle posture fragiliserait les avancées diplomatiques en cours et minerait la crédibilité américaine dans la région.

Quoique ses déclarations fracassantes sur la fin rapide de la guerre en Ukraine, Donald Trump ne semble pas armé pour jouer un rôle efficace dans la résolution du conflit à l’est de la RDC. Son approche diplomatique, peu adaptée à la complexité des dynamiques congolaises, et son désintérêt passé pour l’Afrique, laissent peu d’espoir quant à son éventuelle implication. Dans une crise qui exige patience, coordination régionale et soutien multilatéral, la méthode Trump paraît hors de propos, du moins jusqu’à ce que les actes concrets sur terrain prouvent le contraire.

Odon Bakumba

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