International Comment le Rwanda joue avec les nerfs de Washington

Comment le Rwanda joue avec les nerfs de Washington

Le 3 juin, Marco Rubio promettait à la Chambre des représentants un retrait rwandais de l'est de la RDC pour la mi-juillet. À treize jours du premier anniversaire de l'Accord de Washington, aucun retrait n'a commencé. Kigali a répliqué. L'AFC a déjà publié, le 2 juin, un communiqué qui annonçait l'inverse. Sur le terrain, le coltan continue de franchir la frontière. Enquête sur une promesse qui n'a pas tenu.

Comment le Rwanda joue avec les nerfs de Washington
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUIN 2026 - 06:36 WAT · 17 min de lecture

KINSHASA — Le mercredi 3 juin 2026, devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants présidée par le républicain Brian Mast, le secrétaire d’État américain Marco Rubio défend son budget pour l’exercice 2027. La question de l’Est de la République démocratique du Congo est posée. Il y répond par une phrase qui circulera dans les heures qui suivent. « Nous espérons que le retrait des troupes rwandaises de la région sera effectif d’ici le milieu du mois prochain », dit-il en substance, soit autour du 15 juillet. Pour la première fois depuis la signature de l’Accord de Washington pour la paix et la prospérité, le 27 juin 2025, une administration américaine pose une date.

Onze jours plus tard, à quatorze jours du premier anniversaire de cet accord, aucun retrait n’a commencé. Kigali a répondu par un communiqué qui inverse les torts. L’Alliance Fleuve Congo, qui constitue le bras armé du dispositif rwandais en RDC, a publié huit jours avant Rubio un texte qui annonce déjà l’inverse de ce que Washington appelle. Son coordonnateur politique, Corneille Nangaa, a profité du quatrième anniversaire de la prise de Bunagana par le Mouvement du 23 mars, le 13 juin 2026, pour évoquer publiquement une marche vers Béni. Sur le terrain, des drones AFC/M23 ont bombardé Mikenge dans les Hauts-Plateaux de Fizi, des positions wazalendo à Buhimba dans le territoire de Walikale, et des localités du groupement de Kisimba. À Genève, en février, la République démocratique du Congo avait alerté la communauté internationale sur huit millions de déplacés et quinze mille morts dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Le calendrier de Marco Rubio ne ressemble plus à une promesse. Il ressemble à une attente.

Ce que la diplomatie américaine, qui avait fait du dossier congolais l’un de ses chantiers africains les plus visibles, n’a pas obtenu en un an d’accord, c’est ce que ce texte raconte. Cartographie d’un blocage.

Un an d’accord, zéro retrait

Trois hommes en costume se tiennent côte à côte lors d'un événement officiel, avec un fond aux drapeaux de la République Démocratique du Congo et du Rwanda.

L’Accord de Washington pour la paix et la prospérité a été signé le 27 juin 2025 dans la capitale fédérale américaine, à l’issue d’une médiation conduite par l’administration Trump. Le quotidien rwandais The New Times a indiqué que la Central Intelligence Agency revendiquait son rôle clé dans la conduite des négociations, information reprise par BETO en août 2025. Le texte engage deux choses, en miroir. La République démocratique du Congo s’engage à mettre fin à son soutien aux Forces démocratiques de libération du Rwanda, dites FDLR, mouvement rebelle hutu rwandais actif dans le Nord-Kivu. Le Rwanda s’engage au retrait de ses troupes de l’est de la RDC. Côté congolais, le Sénat a procédé à la ratification le 14 mai 2026, après une audition de la cheffe de la diplomatie Thérèse Kayikwamba Wagner devant la Commission des Relations extérieures et celle de Défense, Sécurité et Frontières. Côté rwandais, la ratification a eu lieu. Mais l’application est restée en suspens.

Marco Rubio l’a reconnu lui-même devant la Chambre des représentants. « Malheureusement, celui-ci n’est pas bien respecté. Nous avons dû imposer quelques sanctions », a-t-il déclaré. Le secrétaire d’État a tenu à pondérer en notant des « progrès perceptibles » côté rwandais, mais a immédiatement précisé que « les choses avancent, pas assez vite ». La terminologie elle-même est devenue un objet de débat. Le texte américain hésite entre « retrait » et « désengagement », un flottement qui alimente la lecture rwandaise d’un calendrier négociable. La date du 15 juillet, posée publiquement par Rubio, ferme cette ambiguïté.

3 juin, Washington : la promesse de mi-juillet

Un homme en costume cravate discute lors d'une réunion, exprimant ses idées avec ses mains.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio. PHOTO DROITS TIERS.

Devant la Chambre des représentants, Marco Rubio a employé une formule qui dépasse la simple échéance. Selon la transcription transmise à BETO, il a déclaré le 8 juin, dans une intervention complémentaire devant la même commission : « Nous avons lancé des sanctions ciblées contre le Rwanda. Ils sont venus à la table. Ils ont pris des engagements. Ils respectent ces engagements, peut-être pas au rythme ou à la vitesse que nous souhaiterions, mais il y a eu un certain niveau de conformité concernant le retrait des troupes. » Il a aussitôt fixé une ligne rouge : « We don’t want to see Rwandan troops change uniform into M23 uniforms and claim that they’ve pulled out. » Nous ne voulons pas voir les troupes rwandaises changer d’uniforme pour prendre celui du M23 et prétendre qu’elles se sont retirées.

La mise en garde dit ce qu’elle dit. Washington redoute désormais le scénario que les analystes congolais décrivent depuis 2022 : un retrait de façade, où les Forces de défense rwandaises quitteraient officiellement le territoire tout en restant engagées sous une autre étiquette. Cette inquiétude n’est pas théorique. Le 25 avril 2026, les FARDC ont annoncé avoir abattu un drone du M23/RDF aux Hauts-Plateaux de Minembwe et avoir capturé un membre des Forces spéciales rwandaises dans la même opération. Le porte-parole des opérations Sukola 2 Sud, le sous-lieutenant Mbuyi Kalonji Reagan, a fait état de cette capture sans préciser l’identité du soldat. Le drone, lui, visait des positions loyalistes dans le village de Kakenge.

À Kinshasa, un membre du gouvernement contacté par BETO le 4 juin confirmait la dynamique tout en restant sceptique. Tshisekedi, lui-même, avait publiquement exprimé ses doutes sur le calendrier quelques semaines plus tôt. L’écart entre la promesse américaine et la lecture congolaise est éclairant. Il rappelle que la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a tenu à éclairer les sénateurs le 14 mai sur les mécanismes de mise en œuvre, signe qu’à Kinshasa, on ne tient rien pour acquis.

5 juin, Kigali : la réplique qui inverse les torts

Trois hommes en discussion formelle dans un intérieur élégant, avec des portraits accrochés aux murs. L'homme à gauche montre un geste alors que l'homme au centre écoute, l'homme à droite observe.
De gauche à droite, Félix Tshisekedi, Donald Trump et Paul Kagame, dans le Bureau ovale à Washington avant la signature de l’accord de paix | ©️ Présidence RDC.

Quarante-huit heures après les propos de Marco Rubio, le ministère rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale publie un communiqué officiel. Le texte salue ce que Kigali considère comme une reconnaissance, par Washington, des efforts entrepris par le Rwanda dans la mise en œuvre des Accords. Il appelle ensuite à une « application équilibrée » des engagements. La formule est diplomatique mais le procédé est rodé : on retourne la pression en partageant publiquement la responsabilité de la lenteur.

La suite du communiqué est plus frontale. Kigali accuse Kinshasa de continuer à collaborer avec les FDLR, qualifie cette collaboration de « violation flagrante » de l’accord, et la pose comme la cause de toute attente sur le retrait des troupes. La symétrie n’est pas neutre. Elle remet sur la table l’argument que le Rwanda utilise depuis le déclenchement des hostilités en novembre 2021 : sa présence est une réponse défensive à une menace que Kinshasa entretient. Cette lecture, le rapport publié le 10 juin 2026 par l’ONG britannique Global Witness sur les filières de coltan venait pourtant la fragiliser. Le rapport documente la chaîne de la mine de Rubaya tenue par l’AFC/M23 jusqu’aux fournisseurs d’Apple, de Microsoft et de Sony. Il chiffre à cent vingt tonnes par mois le volume du trafic. Si la présence rwandaise était défensive, le commerce ne serait pas à ce niveau.

Le 7 juin 2025, déjà, à Malabo, en marge du sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, Kinshasa avait fait claquer la porte à Kigali en empêchant le Rwanda de prendre la présidence tournante du bloc. La Conférence des chefs d’État avait, en langage diplomatique, « différé à un autre moment » le passage de la présidence et maintenu le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema à la tête de l’organisation pour une année supplémentaire. Un an plus tard, ce coup diplomatique est resté un symbole. Les soldats rwandais, eux, sont restés.

2 juin, le communiqué AFC qui anticipait

Le mardi 2 juin, soit la veille de l’audition de Marco Rubio, l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars ont publié un communiqué dont la formulation ne laisse plus de place à l’ambiguïté. « Nous allons désormais conjuguer le verbe avancer au présent si le régime de Kinshasa persiste dans sa folie meurtrière. L’AFC/M23 répondra aux nouvelles offensives des FARDC et de leurs alliés par la conquête de nouveaux territoires afin d’établir un périmètre de sécurité », écrit le mouvement. Le texte vise nommément le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Il décrit un déploiement de troupes, d’armements lourds et de « capacités aériennes offensives » à Minembwe, à Masisi, à Numbi et à Walikale, qu’il attribue à l’armée congolaise. Le même mardi, aux premières heures, la rébellion accusait les FARDC d’une offensive à Kibati.

Ce communiqué est antérieur à la promesse de Marco Rubio. Il dit, par avance, l’inverse de ce que Washington va annoncer. L’enchaînement des dates n’est pas anecdotique. Le 2 juin, l’AFC fixe une posture ; le 3 juin, Rubio annonce une date ; le 5 juin, Kigali répond. Lue à l’envers, la séquence raconte une diplomatie américaine qui parle dans le vide d’un calendrier que l’autre camp avait déjà refusé d’appliquer.

13 juin, Bunagana et la mention de Béni

Le samedi 13 juin 2026 a marqué le quatrième anniversaire jour pour jour de la prise de Bunagana par le M23, en 2022. C’est à cette occasion que Corneille Nangaa a tenu une adresse à la presse dont une vidéo a été relayée le 14 juin par le compte X @TazamaRDC_Infos. Le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo y évoque une marche vers Béni, ville-marché du Nord-Kivu nord située sur l’axe naturel d’une avancée vers l’Ituri. « Ceux qui sont partis, sont partis. Ils nous attendent là-bas », affirme-t-il à propos de la ville. Il fixe ensuite un cap plus large : « Notre ambition, c’est un Congo démocratique, un Congo bien géré, un Congo bien gouverné. »

BETO n’a pas authentifié cet enregistrement de manière indépendante, et le compte qui le diffuse ne figure pas parmi ses sources de référence. La prudence éditoriale s’impose donc sur la chaîne de validation. Elle ne s’impose pas sur la cohérence politique de la séquence. Six mois plus tôt, à l’occasion du deuxième anniversaire de la création de l’AFC à Nairobi, Nangaa avait déjà annoncé son intention de marcher sur l’Ituri et le Grand Katanga, accompagné de ses deux adjoints, Bertrand Bisimwa et Franck Kaniki. Béni n’a alors pas été explicitement nommée. Elle l’est aujourd’hui. L’extension est documentée comme un projet politique, indépendamment du calendrier que Washington tente de tracer.

Le terrain dément l’accord

Le terrain confirme l’écart entre la diplomatie et la guerre. Le 9 juin 2026, les FARDC dénoncent des bombardements par drones attribués à la coalition AFC-M23 dans la zone Fizi-Uvira. Le 10 juin, des combats à drones opposent les FARDC à la coalition AFC-M23 alliée aux Twirwaneho et au Red Tabara dans le secteur de Mikenge, dans les Hauts-Plateaux d’Itombwe. Le 12 juin, l’armée congolaise annonce la reprise de Mikenge ainsi que des localités voisines de Kakenge et de Kalingi. Le 13 juin, le porte-parole intérimaire des FARDC, le lieutenant-colonel Mongba Hazukay, qualifie les actes commis pendant la retraite rebelle de « destructions systématiques » d’infrastructures publiques et privées, et de « violations flagrantes du droit international humanitaire ». Il sollicite l’intervention des instances nationales et internationales pour documenter les exactions.

Plus au nord, le même 13 juin, les positions des combattants wazalendo à Buhimba, dans le territoire de Walikale, sont bombardées par des drones attribués à la même coalition. Dans la même journée, des affrontements opposent les rebelles aux wazalendo à Luola, un village du groupement de Kisimba. Sept jours après le communiqué de Kigali appelant à une « application équilibrée », trois axes de combats sont actifs simultanément sur le territoire que l’Accord de Washington était censé démilitariser.

La capture d’avril, à Minembwe, n’était pas un accident de surveillance. Le nouveau chef de la MONUSCO, James Swan, avait fixé en visite à Goma le 24 avril quatre conditions pour rendre crédible le suivi du cessez-le-feu : la cessation de l’usage des drones offensifs, la fin du brouillage GPS, la liberté de mouvement du personnel onusien, et la sécurisation des aéroports. Aucune de ces conditions n’est tenue à la mi-juin.

Le coût humain ignoré

Le baromètre sécuritaire publié par le centre congolais Ebuteli en janvier 2026 documentait, pour le seul mois de décembre 2025, deux cent soixante-quatorze incidents sécuritaires dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec la prise d’Uvira par l’AFC-M23 le 10 décembre comme événement majeur. Le rapport précédent, en décembre, faisait état de deux cent quatre-vingt-neuf civils tués au cours du seul mois de novembre 2025. En février 2026, à Genève, la République démocratique du Congo a alerté la communauté internationale sur huit millions de déplacés et quinze mille morts au Nord et au Sud-Kivu depuis le début des hostilités. Le bilan, lui, est officiel, et il s’aggrave.

À ces chiffres, il faut ajouter les massacres documentés par Human Rights Watch et par les Nations unies. En mai 2026, HRW a révélé des exécutions sommaires et des violences massives commises par le M23 et l’armée rwandaise. En juillet 2025, l’ONU avait accusé le M23 d’avoir tué au moins cent soixante-neuf agriculteurs à Rutshuru. En janvier 2026, à l’occasion du premier anniversaire de l’occupation de Goma, les autorités congolaises ont chiffré à dix mille au moins le nombre de personnes tuées dans la bataille pour la ville et ses suites. C’est sur ce bilan que se mesure la diplomatie américaine.

Le carburant économique du mouvement

L’argument économique se déploie en deux couches. La première est la chaîne du coltan. Le rapport publié par Global Witness le 10 juin 2026 chiffre à cent vingt tonnes par mois le volume de coltan congolais traversant la frontière avec le Rwanda depuis la mine de Rubaya tenue par l’AFC/M23. Sur une année, l’ONG documente au moins mille quatre cents tonnes. Les exportations officielles rwandaises de coltan ont bondi de cent cinquante pour cent entre 2021 et 2025, alors que le Rwanda ne dispose d’aucun gisement comparable à Rubaya. Les experts des Nations unies évaluent à environ huit cent mille dollars par mois les revenus tirés par l’AFC/M23 du commerce du coltan de cette seule mine. C’est ce flux qui paie les salaires et l’armement de la rébellion.

La seconde couche est l’économie rwandaise elle-même. Selon GlobalPetrolPrices, le prix de l’essence à Kigali a atteint deux mille neuf cent trente-huit francs rwandais le litre au 1er juin 2026, soit environ deux dollars et un cent. Le litre a augmenté de près de quatre-vingt pour cent en un an. En avril, l’Autorité rwandaise de régulation des services publics, RURA, a fixé un prix maximal de l’essence à deux mille trois cent trois francs et celui du diesel à deux mille deux cent cinq francs, tout en révisant à la hausse les tarifs du transport public. Le gouvernement rwandais a inscrit pour l’exercice 2025-2026 une hausse de vingt et un pour cent des dépenses publiques, pour un budget d’environ sept mille milliards de francs. Le modèle rwandais, fondé sur l’investissement public, l’aide extérieure, l’emprunt et les services, montre des signes de pression. Cette pression, l’administration américaine peut la durcir.

Kigali sous étau, mais pas encore plié

La chronologie des sanctions américaines dessine un crescendo. En septembre 2023, le Rwanda est inscrit sur la liste du Child Soldiers Prevention Act, ce qui entraîne des restrictions sur l’assistance militaire et les ventes d’équipements. En février 2025, le ministre rwandais de la Coopération régionale et ancien chef d’état-major James Kabarebe est sanctionné individuellement. L’Union européenne adopte des mesures similaires dans la foulée. En mars 2026, quatre autres hauts gradés rwandais s’ajoutent à la liste américaine : Vincent Nyakarundi, chef d’état-major ; le général de division Ruki Karusisi, commandant de la cinquième division d’infanterie ; Mubarakh Muganga, chef d’état-major des Forces de défense rwandaises ; et Stanislas Gashugi, commandant des forces d’opérations spéciales.

Paul Kagame a riposté publiquement. À la première salve, sa réponse a été un cinglant « Go to hell ! », selon ses propres mots. Mais selon une enquête du Wall Street Journal relayée en RDC le 28 février 2026 par le journaliste Odon Bakumba, le président rwandais a personnellement contacté le sénateur américain Lindsey Graham pour tenter de bloquer la deuxième vague de sanctions. Quand un chef d’État qui cultive l’image de l’intransigeance se met au téléphone d’un sénateur républicain pour négocier, c’est que l’étau a commencé à serrer. L’AFC, dans cette lecture, n’est pas seulement le bras armé d’un projet régional. Elle est aussi un levier de pression pour repousser les sanctions. Tant qu’elle avance, Kigali garde une carte. Le 2 juin, le 13 juin et les drones du 13 juin disent que cette carte n’est pas posée.

La voix qui tranche

Une voix congolaise avait, dès la signature, prévenu. Lors d’une conférence de presse au Vatican le 10 juillet 2025, le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, avait fustigé l’Accord et son commanditaire. « Comment pouvons-nous accepter qu’au nom de la transition énergétique, parce que c’est le maître mot, des communautés entières soient anéanties à la recherche de ce qu’on appelle les minerais stratégiques : le lithium, le cobalt, le nickel, le coltan, le tantal, tantalite, colombite, etc. », demandait-il. Il liait la guerre à la matière première. « La course au minerai stratégique est aujourd’hui, surtout en Afrique, à l’origine de la prolifération de groupes armés. » L’analyse était posée. Onze mois plus tard, le rapport Global Witness en a fourni la documentation chiffrée. Le calendrier de Marco Rubio en a fourni l’épreuve.

Le vendredi 27 juin 2026 marquera la première année de l’Accord de Washington pour la paix et la prospérité. À cette date, le calendrier de Marco Rubio impose, par sa propre logique, un retrait rwandais déjà engagé ou au moins constatable. Rien, à ce stade, ne permet de le prévoir. Le partenaire rwandais a choisi la diplomatie circulaire. Le bras armé de l’extension rwandaise dans l’Est congolais, l’AFC-M23, a explicité ses ambitions territoriales sur l’Ituri, le Grand Katanga et désormais Béni. Le terrain a continué de produire ses morts et ses déplacés. Le carburant économique du mouvement, le coltan de Rubaya, continue de franchir la frontière à raison de cent vingt tonnes par mois.

L’administration Trump avait fait de cet Accord un marqueur de sa diplomatie africaine. Elle l’a annoncé comme un modèle. Elle peut encore tirer le levier des sanctions secondaires, qui viseraient les acheteurs des minerais transitant par le Rwanda, et que Global Witness a documenté en détail dans son rapport. Elle peut aussi durcir les conditionnalités du financement multilatéral. À ce jour, elle ne l’a pas fait. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit examiner le rapport des experts sur la RDC fin juin. Il dira si la communauté internationale est prête à passer du calendrier promis à la contrainte effective. C’est ce qui sépare désormais une diplomatie de l’annonce d’une diplomatie de résultat. Le 27 juin, à un an de la promesse de Washington, l’addition restera à payer.

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