Santé Quarante-deux jours : ce qu’il faudra pour dire que l’épidémie est finie
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Quarante-deux jours : ce qu’il faudra pour dire que l’épidémie est finie

Vingt et un jours sans cas ne sont pas la fin d'une épidémie : l'OMS en exige quarante-deux, à compter de la dernière exposition. Quinze zones ont déjà franchi le cap puis rechuté.

Riposte contre l'épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo

Quarante-deux jours : ce qu’il faudra pour dire que l’épidémie est finie
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 13 SEPTEMBRE 2026 - 08:55 WAT · 8 min de lecture

Dix zones de santé n’auraient plus enregistré de cas d’Ebola depuis au moins vingt et un jours. L’information a circulé le 12 septembre, au lendemain de la réunion où l’équipe de riposte a estimé l’épidémie « sous contrôle ».

Vingt et un jours sans cas, ce n’est pas la fin d’une épidémie. C’est la moitié du délai que l’Organisation mondiale de la santé exige pour la déclarer.

Ce que l’OMS demande exactement

Le document de référence s’intitule « WHO recommended criteria for declaring the end of the Ebola virus disease outbreak », dans sa mise à jour du 4 mars 2020. Il n’existe qu’en anglais.

Son critère est le suivant : aucun cas confirmé ou probable détecté pendant quarante-deux jours, « soit deux fois la période d’incubation maximale », à compter de la dernière exposition possible au dernier cas. Traduction de la rédaction.

La nuance porte sur le point de départ. Ce n’est pas quarante-deux jours après le dernier cas détecté, mais quarante-deux jours après la dernière occasion qu’a eue ce cas de contaminer quelqu’un.

Le texte distingue trois situations. Si le dernier malade survit, le compteur part du lendemain du jour où son second prélèvement négatif a été effectué, et non du jour où le résultat est rendu. S’il meurt dans un centre de traitement, le compteur part du lendemain de son enterrement sécurisé. S’il meurt et est enterré dans sa communauté, le compteur part du lendemain de cet enterrement.

Quarante-deux, parce que la période d’incubation maximale d’Ebola est de vingt et un jours et que l’OMS retient le double, pour couvrir le cas d’une transmission survenue le dernier jour possible.

Vingt et un jours est bien un indicateur, mais il dit autre chose

Le seuil de vingt et un jours existe dans le vocabulaire de l’OMS. Il sert à définir les zones où le virus circule encore : une zone de santé est dite à transmission active lorsqu’elle a rapporté au moins un cas au cours des vingt et un derniers jours.

Une zone qui franchit ce seuil sort donc de la catégorie « transmission active ». L’OMS prend soin de préciser ce que cela signifie : ces zones « suggèrent une absence de transmission récente tant que la surveillance renforcée reste en place ». Traduction de la rédaction.

Un verbe au conditionnel, et une condition. L’indicateur est réversible.

Quinze zones ont déjà franchi le cap, puis rechuté

Nous avons comparé les listes nominatives de zones de santé publiées dans les rapports hebdomadaires de l’OMS pour l’Afrique, du numéro 9 au numéro 17.

Entre le 12 juillet et le 6 septembre 2026, quinze zones de santé ont dépassé vingt et un jours sans cas, puis réenregistré un cas : Aru, Aungba, Goma, Kalunguta, Oicha, Gety, Mabalako, Vuhovi, Makiso-Kisangani, Mangobo, Ariwara, Boga, Logo, Lubero et Rungu.

Ce décompte est un calcul de la rédaction à partir de documents publiés. Il n’est publié comme tel par aucune institution, et il constitue un plancher : des rechutes ont pu survenir entre deux rapports hebdomadaires sans y apparaître.

Quinze fois en huit semaines, une zone est sortie de la liste des foyers actifs avant d’y revenir.

D’où vient le chiffre de dix

Le dernier décompte publié par l’OMS fait état de neuf zones de santé au-delà de vingt et un jours sans cas, à la date du 6 septembre 2026.

Le chiffre de dix apparaît dans les rapports des 23 et 30 août.

Nous n’avons pas retrouvé, dans les sources que nous utilisons, un document daté du 12 septembre portant le chiffre de dix. Il est possible qu’une donnée de fin août ait été reprise. Nous le signalons sans conclure, et nous avons demandé à l’Institut national de santé publique la source exacte de ce chiffre.

Ce que l’épidémie fait pendant ce temps

Au 10 septembre 2026, l’épidémie déclarée le 15 mai comptait 7 022 cas et 3 398 décès, dans 62 zones de santé.

Elle touche sept provinces. Le Sud-Ubangi est entrée dans la liste le 10 septembre, avec un premier cas dans la zone de santé de Bulu, un homme de vingt-trois ans parti du Sud-Kivu le 10 juillet.

Les décès reculent de 9,9 % sur vingt et un jours. Mais les décès survenus dans la communauté, hors de toute structure de soins, augmentent de 21,1 %. Leur part dans le total passe de 56,6 % à 75,0 %, ce que l’OMS décrit comme la proportion hebdomadaire la plus élevée observée depuis le début de l’épidémie.

Au Nord-Kivu, les cas progressent de 47,4 % et l’occupation des lits de traitement atteint 141,4 %. En Ituri, elle est à 43,3 %.

Ce qui s’est passé la dernière fois que le compteur a tourné

L’épidémie du Nord-Kivu de 2018-2020 a fourni le précédent le plus commenté.

Le décompte de quarante-deux jours avait été lancé le 3 mars 2020. Il devait s’achever le 12 avril. Un cas a été détecté à Beni le 10 avril, deux jours avant l’échéance. Le compteur est reparti de zéro. Relancé le 14 mai, il a permis de déclarer la fin de l’épidémie le 25 juin 2020.

Deux lancements, une seule remise à zéro. Le chiffre est souvent présenté comme plus élevé dans les récits qui circulent. Les documents ne le soutiennent pas.

La fin déclarée ne clôt pas le dossier

Deux résurgences congolaises ont été rattachées génétiquement à cette épidémie déclarée terminée en juin 2020.

En février 2021, à Butembo, le cas index était l’épouse d’un survivant. Sept mois et treize jours après la déclaration de fin.

En août 2022, à Beni, le séquençage a établi que le virus était génétiquement lié à l’épidémie de 2018-2020. Deux ans, un mois et vingt et un jours après.

L’explication tient à la persistance du virus chez certains survivants, dans des sites que le système immunitaire atteint mal. C’est pour cette raison que l’OMS recommande six mois de surveillance renforcée après la déclaration de fin, et un programme de suivi des survivants de dix-huit mois. Le chiffre de quatre-vingt-dix jours, parfois cité, ne figure pas dans les documents de l’organisation.

À l’inverse, l’épidémie de Mbandaka en 2022 correspondait à un nouveau passage du virus depuis son réservoir animal, et non à une résurgence.

Le précédent utile est dans cette épidémie même

L’Ouganda, touché par la même flambée, a fourni la démonstration de la règle.

Son dernier patient est sorti guéri le 16 juillet 2026, après un second prélèvement négatif. Le décompte a démarré ce jour-là. La fin de l’épidémie ougandaise a été déclarée le 27 août 2026, quarante-deux jours plus tard. Le cas importé en France a suivi la même règle et a atteint son terme à la même date.

Ce que l’OMS demande de ne pas dire

Le document de référence contient une consigne de communication. Traduite de l’anglais, elle se lit ainsi : les messages doivent éviter les absolus, comme le terme « Ebola-free », littéralement « libéré d’Ebola ».

Aucune zone de santé congolaise n’a, à ce jour, achevé un décompte de quarante-deux jours à l’échelle nationale. L’urgence de santé publique de portée internationale, déclarée le 17 mai 2026, n’est pas levée.

Ce qu’il faudra observer

Trois éléments diront si la décrue annoncée se confirme.

Le premier est la part des décès survenant hors des centres de traitement. Tant qu’elle monte, des malades meurent sans avoir été détectés, et leurs contacts ne sont pas suivis.

Le deuxième est le nombre de zones à transmission active, et surtout le nombre de zones qui en sortent sans y revenir.

Le troisième est la date à laquelle la dernière zone touchée pourra lancer son propre décompte. Ce jour-là seulement, les quarante-deux jours commenceront à courir pour le pays.

Ce que nous avons demandé

Nous avons sollicité l’Institut national de santé publique sur l’origine du chiffre de dix zones au 12 septembre, et sur la publication éventuelle d’un décompte officiel des zones sorties de la transmission active.

Nous n’avions pas reçu de réponse à l’heure de publication.

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B
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