Santé Ituri : les décès de femmes en couches ont doublé depuis le début de l’épidémie d’Ebola
Ebola

Ituri : les décès de femmes en couches ont doublé depuis le début de l’épidémie d’Ebola

La mortalité maternelle a doublé en Ituri depuis le 25 mai. Plus de six femmes y meurent chaque semaine de complications d'accouchement, sans avoir contracté le virus. L'appel des Nations unies pour la santé reproductive dans les zones touchées est financé à moins de 10 %.

Soignants de la riposte contre Ebola à Bunia, en Ituri, impayés depuis le 15 mai 2026

Ituri : les décès de femmes en couches ont doublé depuis le début de l’épidémie d’Ebola
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 03:31 WAT · 5 min de lecture

Depuis le 25 mai, la mortalité maternelle a doublé en Ituri. Le Fonds des Nations unies pour la population enregistre désormais en moyenne plus de six décès de femmes par semaine liés à des complications d’accouchement dans la province, épicentre de la dix-septième épidémie d’Ebola déclarée en République démocratique du Congo.

Ces femmes ne meurent pas d’Ebola. Elles meurent pendant que le système qui devait les prendre en charge traite 4 209 cas confirmés et 1 916 décès, dont 86,4 % dans leur seule province.

Soixante-trois mille sept cents femmes enceintes dans les zones touchées

Le Fonds des Nations unies pour la population dénombre environ 63 700 femmes enceintes dans les zones affectées par l’épidémie. Sa réponse couvre 29 zones de santé et mobilise plus de 150 sages-femmes déployées.

Le financement ne suit pas. L’agence a demandé 17,1 millions de dollars pour son volet santé reproductive et maternelle. Elle en a reçu moins de 10 %.

« Quand les services de santé sont débordés et que la peur éloigne les gens des soins, ce sont les femmes, les filles et les enfants qui paient le prix le plus élevé », déclare Pacifique Kigongwe, spécialiste humanitaire au Fonds des Nations unies pour la population.

Une femme enceinte infectée perd presque toujours son enfant

Chez les femmes enceintes qui contractent le virus, le taux de perte fœtale approche 100 %. Lors de certaines épidémies antérieures, plus de 90 % des femmes enceintes infectées sont mortes.

Ces deux chiffres valent pour les femmes infectées, et le second pour des épidémies antérieures. Ils n’expliquent pas les six décès hebdomadaires recensés en Ituri, qui surviennent chez des femmes que rien ne rattache au virus et qui n’entrent dans aucune des quatre colonnes du rapport de situation : cas confirmés, décès, guérisons, contacts.

« Nous devons réfléchir à la manière d’assister les accouchements, et en même temps d’assurer la protection et la prévention contre Ebola », résume Esther Ileli, sage-femme au centre de santé de Kigonze.

Le système de santé de l’Ituri est absorbé par la riposte

Au 7 août, le rapport de situation n°085 de l’Institut national de santé publique porte le cumul de l’épidémie à 4 209 cas confirmés et 1 916 décès, pour une létalité de 45,5 %. L’Ituri concentre 3 636 cas et 1 551 décès, soit 86,4 % du total national. Vingt-huit de ses trente-six zones de santé sont touchées, et trois de ses centres de traitement sont saturés.

À l’échelle nationale, 53 zones de santé sur les 140 que comptent cinq provinces sont atteintes. Le communiqué conjoint publié le 6 août par Africa CDC et l’Organisation mondiale de la santé relevait un taux d’occupation de 139 % dans les structures du Nord-Kivu, pour 674 patients pris en charge.

« Cet équipement est essentiel pour atteindre la fin de l’épidémie », déclare le docteur Type Ukurfwa, médecin chef de la zone de santé de Bunia.

Cent quatorze soignants infectés, trente-six morts

Le dispositif dédié à Ebola mobilisait, au 13 juillet, vingt-deux centres de traitement et sept centres de transit, pour une capacité de plus de 700 lits et un taux d’occupation de 87,4 %, selon la feuille de route publiée par Africa CDC le 16 juillet. Le même document recensait 114 agents de santé infectés, dont 36 décédés, et onze laboratoires fonctionnels d’une capacité de 2 000 tests par jour.

Trois semaines plus tard, l’occupation atteignait 139 % au Nord-Kivu et trois centres de l’Ituri étaient saturés. Entre les deux dates, les cas confirmés sont passés de 2 011 à 4 209.

Chaque soignant retiré du circuit par la maladie, par le décès ou par l’affectation à un centre de traitement est un soignant qui n’assure plus de consultation prénatale ni d’accouchement. C’est le mécanisme par lequel une épidémie tue au delà de ses propres bilans.

La peur d’être isolée éloigne des consultations

Le rapport de l’Institut national de santé publique du 7 août mentionne, parmi les difficultés communautaires, des « attentes répétées sur la disponibilité du vaccin ». Aucun vaccin n’est homologué contre la souche Bundibugyo qui circule.

Dans le même temps, la crainte d’être placée en isolement pour une fièvre banale détourne des femmes des consultations prénatales. La fièvre est un signe de la maladie à virus Ebola. Elle est aussi un signe de paludisme, d’infection urinaire et de dizaines d’autres affections courantes de la grossesse.

« Ma peur m’a quittée quand j’ai vu des gens mourir dans ce camp », rapporte Francine Evhe, agente de centre de santé.

Ce que le chiffre de six décès par semaine recouvre

Le rapport du 7 août dénombre 828 guérisons, 595 patients en isolement, 17 896 contacts à suivre dont 14 923 effectivement vus, et un taux d’investigation des alertes de 68,8 %. Aucune de ces colonnes n’accueille une femme morte en couches parce que la maternité était fermée, le personnel affecté ailleurs, ou la route jusqu’au centre trop longue.

Au rythme de six décès par semaine depuis le 25 mai, ce sont plus de soixante-dix femmes qui sont mortes en Ituri en onze semaines, hors de tout bilan épidémique.

L’épidémie a été déclarée le 17 mai 2026 et constitue une urgence de santé publique de portée internationale. C’est la dix-septième flambée recensée dans le pays depuis l’identification du virus en 1976, et la plus importante jamais enregistrée.

Le 6 août, Africa CDC a salué les orientations du président Félix Tshisekedi pour une riposte « centrée sur le village, redevable et intensifiée », confiant aux chefs coutumiers et religieux, aux organisations de femmes et de jeunes et aux relais communautaires le soin de co-piloter la prévention, les alertes précoces, l’identification des contacts et les enterrements sécurisés. Les organisations de femmes y figurent comme co-pilotes de la riposte.

Le volet qui les concerne directement reste financé à moins de 10 %.

À propos de l'auteur
Litsani Choukran
Litsani Choukran
Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…