Santé Ebola en RDC : quatre structures de santé incendiées à Butembo, une équipe attaquée à Aru, quinze semaines de violences contre la riposte
Bunia

Ebola en RDC : quatre structures de santé incendiées à Butembo, une équipe attaquée à Aru, quinze semaines de violences contre la riposte

Une équipe de riposte a été attaquée le 17 août à Kandoy, en territoire d’Aru. À Butembo, quatre structures sanitaires ont été incendiées et plus de sept tentatives déjouées au 12 août. Depuis mai, treize incidents visant la riposte ont été rapportés en Ituri et au Nord-Kivu, sans qu’aucun auteur soit identifié.

Ebola en RDC : quatre structures de santé incendiées à Butembo, une équipe attaquée à Aru, quinze semaines de violences contre la riposte
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 03:13 WAT · 5 min de lecture

Une équipe de riposte contre Ebola a été attaquée le 17 août au soir à Kandoy, dans le secteur de Ndo, en territoire d’Aru, en Ituri. Selon Radio Okapi, des jeunes, principalement des motards, ont vandalisé trois véhicules et endommagé les vitres et les portes d’une structure sanitaire. Un chauffeur a été blessé, plusieurs malades ont fui pendant les violences. Le convoi venait chercher une femme nourricière et un bébé de huit mois signalés comme cas suspects, sans confirmation à ce stade. Le trafic des motos-taxis est resté paralysé le lendemain.

Le coordinateur principal des Nations unies pour Ebola, Julien Harneis, a qualifié l’attaque d’« inacceptable ». À l’OMS, le responsable de la gestion de l’épidémie, Thierno Baldé, décrit un phénomène installé : « Presque tous les jours, vous savez, nous sommes confrontés à une sorte de réaction de la part des communautés. »

À Butembo, quatre structures incendiées et plus de sept tentatives déjouées

Dans la ville de Butembo, au Nord-Kivu, le Réseau pour les droits de l’homme dénombrait le 12 août quatre structures sanitaires incendiées et plus de sept tentatives empêchées. « Plusieurs incidents d’agressions des agents et incendies des structures sanitaires sont enregistrés presque chaque jour en ville de Butembo », déclare son coordinateur, Muhindo Wasivinywa, qui demande aux services de sécurité et à la justice de « diligenter des enquêtes pour que les auteurs des dégâts soient identifiés, appréhendés, jugés en procédure de flagrance ». Ce décompte porte sur la seule ville de Butembo, qui dépassait à la même date 300 cas confirmés et 209 décès.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet, des assaillants avaient agressé à l’arme blanche le policier de garde de l’hôpital général de Kitatumba, puis mis le feu à la chambre d’isolement des cas suspects. L’incendie a été maîtrisé avant de gagner le reste de l’hôpital ; un couteau, un bidon de cinq litres d’essence et des allumettes ont été retrouvés sur place. Fin juillet, le centre hospitalier Crinovic et le poste de santé Zawadi ont brûlé à leur tour, des actes que des sources locales rattachent à des rumeurs visant les équipes de la riposte, sans qu’aucune enquête publiée ne l’établisse.

En Ituri, deux morts et neuf patients en fuite après le saccage de Nia-Nia

Le premier incendie remonte au 21 mai, à l’hôpital de Rwampara, à Bunia : deux tentes d’isolement brûlées lors d’un assaut mené pour récupérer un corps, et un corps calciné. Dans la nuit du 22 au 23 mai, des inconnus ont brûlé à Mongbwalu, en territoire de Djugu, les tentes d’isolement montées avec l’appui de Médecins sans frontières. « Sur les 28 cas suspects provisoirement isolés dans l’hôpital en attendant l’installation complète des tentes, quinze patients ont été retrouvés, tandis que treize autres demeurent introuvables », déclarait alors le médecin directeur de l’hôpital général, Richard Lokudi, qui parlait d’« une véritable bombe pour la communauté, pour les familles et pour l’ensemble de la zone ».

L’épisode le plus meurtrier s’est produit à Nia-Nia, en territoire de Mambasa. Dans la nuit du 29 au 30 juin, des manifestants ont pris d’assaut le centre de traitement installé au centre de santé Juhudi après le décès d’un habitant. Un policier a été lynché à mort, un civil tué par balle, les infrastructures incendiées et vandalisées. Neuf patients se sont évadés, dont deux cas confirmés.

Entre-temps, quatre agents de la Croix-Rouge avaient été grièvement blessés le 1er juin au cimetière de Nyamurongo, à Bunia, des jeunes ayant tenté d’ouvrir de force un cercueil. Le 9 juin, à Toutou, dans la zone de santé de Rwampara, un médecin venu prélever un cas suspect a été ligoté, séquestré et menacé de mort avant d’être libéré par les forces de sécurité.

Treize incidents depuis mai, aucun auteur identifié

Les auteurs restent non identifiés dans la quasi-totalité des cas, et aucune source officielle ne fait état d’une condamnation à ce jour. Les mises en garde, elles, se multiplient depuis juin. « J’informe toute la population de la ville de Beni et ses environs que la maladie à virus Ebola existe bel et bien », déclarait le 20 juin le maire, Jacob Nyofondo Te Kodale. « Je mets en garde toute personne ou tout groupe d’individus qui tentera d’empêcher les équipes de la riposte d’exercer leurs activités. La police est instruite de l’arrêter et de le traduire en justice. »

Les motifs rapportés par les équipes et les autorités reviennent d’un incident à l’autre : contestation des circonstances des décès, volonté de récupérer les corps, refus des enterrements sécurisés, et le soupçon relevé le 30 juin par Philémon Kambale Kahumulendi, animateur communautaire de la zone de santé de Beni, selon qui « certains prétendent qu’Ebola est devenu un “business” et rejettent la présence des équipes de riposte ». L’OMS mise sur une campagne de mobilisation communautaire ciblant les associations de motards, qui transportent malades et dépouilles : « Nous voulions aller plus loin encore, en les transformant en agents de surveillance et d’intervention », explique Thierno Baldé. Aucun vaccin n’est homologué contre la souche Bundibugyo, mais le gouvernement a décidé le 5 août d’engager une vaccination de grande ampleur avec l’Ervebo, sur l’hypothèse d’une protection croisée dont l’efficacité clinique contre cette souche n’est pas établie.

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