Politique En RDC, Vital Kamerhe est condamné !
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En RDC, Vital Kamerhe est condamné !

À quelques heures d’un verdict historique dans le panthéon judiciaire de la République démocratique du Congo, Vital Kamerhe, jadis puissant directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, marche droit vers l’échafaud, beuglant et sentant sa sentence s’approcher. Mais la Cour Constitutionnelle n’y pourra rien. Le sort de cet homme a déjà été scellé, avant même l’ouverture de son procès judiciaire.

En RDC, Vital Kamerhe est condamné !
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUIN 2020 - 18:31 WAT · 12 min de lecture

« Pas plus que la Terre ne peut tolérer deux soleils, l’Asie ne pourra tolérer deux rois ». Seize mots. En seize petits mots, Alexandre de Macédoine, fils de Philippe II, dresse, là, le destin des pouvoirs : il s’approche des pleines de Gaugamèles, il y tient sa destinée.  En infériorité numérique certes, cet homme, qui a été bercé dans la guerre et dans la stratégie, y croit comme jamais. Il tient là une occasion unique d’en finir avec Darius III, le Roi des Perces. L’ambition démesurée fera d’Alexandre, qui va finalement l’emporter, l’un des plus grands hommes de l’Histoire.   Il deviendra Alexandre Le Grand, conquérant des continents. Mais au Congo-Kinshasa, la maxime s’applique au sommet du pouvoir, où deux « amis » arrivent à défaire les pronostics et mettre la main sur le trône intouchable de Joseph Kabila. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, la main dans la main, arrivent au Palais de la nation au soir d’une journée épique, où le peuple a finalement démystifié le Manoir des maîtres du Congo.

Artisan vital du pouvoir qui le mange

Kamerhe et Tshisekedi à Walungu, durant la campagne électorale en décembre 2018.

Mais la terre ne tolère pas deux soleils. Vital Kamerhe, que le Congo veut madré, à la limite de la malice, a peut-être oublié cette insolente réalité qui emporta un certain Thomas Sankara ! Le pays des hommes intègres étant sans doute trop loin du Congo !  À Kinshasa, le « Direcab » jouit des pouvoirs d’un Président « bis ».  « Je ne le contredis jamais et lui non plus », lâchera-t-il même à Jeune Afrique, de qui il s’entiche des papiers bien boutiqués. Cet homme, dont le rare défaut est la précipitation, va assurément trop vite dans les conclusions. Car, avant même la prestation de serment, en tout cas à en croire la partie civile de son procès, des manigances dignes de Wall Street commencent.

Retenez qu’en 2018, Kamerhe est dos au mur des finances. Molendo Sakombi, son bras droit, affirme que le président de l’UNC est obligé de vendre « ses maisons et même ses vaches » pour maintenir son parti. Des maisons acquises du temps où il était en grâce, au pouvoir, aux côtés d’un certain… Joseph Kabila. Mais cela date. Il a été défenestré en 2009, soupçonné, déjà à l’époque, de vouloir devenir Calife à la place du Calife.  Et donc, quand la campagne électorale commence, Vital traîne Félix à l’Est du pays, dans sa République des Kivu, où il a établi une base solide aux côtés de Modeste Makabuza et tous les barons des Nyiragongo.  Là-bas, VK rend FATSHI redevable de tout ! L’entrée triomphale à Bukavu détend les nerfs à Limete, qui s’inquiétait déjà d’une campagne « prise en otage ».

À Walungu-natal, main dans la main, aux côtés de leurs épouses, Vital et Félix cimentent alors l’une des rares amitiés de la scène politique congolaise.  Mbuji-Mayi tombe. Lubumbashi aussi. Ils arrêtent le temps à Kinshasa.  Bref, les dessous d’une campagne victorieuse se dessinent. Kamerhe en est l’artisan, le « coach ». Joseph Kabila abdique et leur cède le fauteuil, au point de s’allier à eux.

Dans ces conditions, comprenez que Jammal Samih, qui a failli toucher le pactole de 27 millions avec Bitakwira, et qui connaît bien Massaro Daniel Shangalume Kingi, « depuis la SONAS », ne peut qu’y voir « opportunités ».  L’homme de 82 ans met sa cravate des années 60 et une veste fatiguée d’attendre le coup parfait au Congo… aux côtés de ses fils, ils prennent rapidement contact avec le cousin du futur Direcab. Yannick Talangay, un cheveu dans cette sauce pimentée, facilite l’opération. L’affaire est conclue. Mais quelle affaire ! Deux véhicules sont remis au cousin Kamerhe, qui en sortira doré, au point, selon les mauvaises langues, de présenter le clan Jammal à son oncle, rue Uvira dans la commune de la Gombe. Les photos, qui immortaliseront la scène, seront toutes fausses. Massaro s’en tirera avec au moins quatre biens immobiliers, dont un qu’il place sous le nom de Soraya Mpiana, sans doute euphorique.

Une chute prévisible

Mais la partie sera trop longue pour être contée ici. Retenons que Vital Kamerhe prend les rênes du Palais de la nation, chuchote à l’oreille de Tshisekedi et le « coache ». Imprudent, il ne voit même pas la doublette des K, Kabund et Kabuya, venir. Car, à Limete, la jalousie du pouvoir est innée. De l’autre côté, VK ne voit pas le FCC venir. Kabila n’oublie jamais rien. Alors jamais! Le 22 février 2020, Célestin Tunda dégaine. À l’issue d’un Conseil des ministres, il adresse une demande d’ouverture d’enquête aux procureurs congolais près la Cour de Matete et de la Gombe. Tout le monde voit la guillotine venir. Tout le monde, sauf Kamerhe !

Tenez, les sauts-de-mouton traînent et se transforment à un imbroglio de circulation. Kabund et Kabuya se transforment en inspecteurs des travaux. À Matete, Adler Kisula, fraîchement nommé, doit faire ses preuves. Il se transforme en chérif, embauchant certes, le pire opérateur de saisie du Congo – celui qui tape une invitation convoquant Vital Kamerhe au passé. Lydie Omanga s’empresse de raturer la feuille, y décelant du « Fake ». Car, VK est convoqué le 06 mars en plein mois d’avril ! Mais deux jours avant le fameux jour fatidique de la convocation de Kamerhe, un émissaire est envoyé chez le Fondé à POLITICO.CD. Un journaliste de « haut rang », un confrère, qui veut négocier un traitement de faveur pour VK chez POLITICO.CD.  500 Dollars américains sont alors proposés comme cagnotte. Dès lors, nous nous sommes fait une idée des faits.

Le lundi 6 mars 2020, Vital Kamerhe met sa « com » en place. Il se rend à la Cité de l’Union Africaine sans rendez-vous, aux côtés de son épouse. Les Tshisekedi les reçoivent.  Loin des dames, les deux amis de la campagne électorale évoquent alors le cas Kamerhe à la justice. FATSHI lui pose la question de savoir s’il était coupable. « Pas du tout », lui rétorque sèchement VK. « Alors ne te présentes. Mais, envoies au moins tes avocats à Matete», lui conseille le Président, qui craint, comme Kamerhe, « un coup de Kabila ».  Mais, VK refuse de se défiler : « J’irai, mais ne fais pas comme ton père avait fait avec moi », dit-il, sans que personne n’en décortique le sens. Fin de la conversation. Ébullition des réseaux sociaux. Les journalistes et tous ceux osent demander des explications à Kamerhe sont pris pour cible. Le ton monte. Mais, pas plus que dans la réalité.

En effet, dans une alliance fragile au pouvoir, où Tshisekedi doit une présidence en 2023 à son « ami », l’UNC voit bien une manigance de  l’UDPS pour ne pas passer à la caisse de Naïrobi. Le parti tape un communiqué choc et menace Le Président de la République : tirs de barrage, ministres et conseillers haussent le ton contre leur Chef de l’État !  Les proches de Kamerhe prennent position. « Ça va barder », répète-t-on. Le pouvoir est scindé en deux.  Étrangement, Limete, qui a toujours rendu coup sur coup, garde son calme, en connaissant sans doute de l’issue. Le 7 mars, Kisula tape lui-même une nouvelle « invitation ».

Cette fois, aucune erreur n’est tolérée. Vital Kamerhe est « invité » à Matete le mercredi 8 avril, avec un « MAP », une privation provisoire de liberté, qui l’attend calmement.  Si le Fondé avait eu vent de tout ceci, VK est étrangement déconnecté de la réalité. Il est écroué le soir même, dans une cellule commune. Hébété, il promet la liberté à ses co-détenus. Les psychologues savent ce qui se passe. La chute a été dure. Le reste ne sera que spectaculaire. Le procès arrive. Un procès de tous les dangers. Historique. Comme les erreurs même de la défense et de ses partisans. Ils exigent un procès télévisé. Le coach, disent-ils, va leur donner la leçon. Tenez-vous bien ! Mais, comment et pourquoi permettre à un homme politique de se défendre juridiquement en public ?

Alea jacta est !

La suite est une Brabançonne éloquente. À l’image du chaos belge qui a créé cette nation atypique et spéciale. Le Debout Congolais ricane. Comme Limete, jouissif du piège qui se renferme sur VK. Le Congo est scotché devant sa télé. Jamais, Cabrel n’a jamais vu une Nation autant s’amuser autour d’une tombe.  Car, même les plus fervents supporters, ne sauront laver cet homme, qui est coupablement innocent ou innocemment coupable! Tenez, outre l’épisode de Masssaro qui prend cadeaux et parcelles de Jammal en préméditation, VK autorise un paiement en plusieurs étapes à SAMIBO, la société du Libanais, choisi par lui seul, sans un quelconque contrat ! 57 millions de dollars sont envoyés à l’Ecobank mais atterrissent dans un compte à la Rawbank, sans que personne n’explique.  La suite est une litanie d’incohérences, d’incongruités et, surtout, de supplices en termes de gestion publique.

Mensonges, ruse. VK gesticule à la barre. Il n’impressionne plus personne. Le taureau est cerné dans une Corrida où le Matator Coco Kayudi n’est pas habillé en rouge. « Si, si hombre. Baila, baila, baila VK ! », chante-t-il ; Sans pitié ! Le peuple a trouvé son coupable ! Il est pris.  Pris, mais beaucoup plus par la suspicion. Car, le seul choix, qui lui reste, est celui du pire gestionnaire de l’histoire, sinon du voleur. Jammal n’aide pas. Il le nie, niant et admettant à la fois une rencontre à la présidence. «Alea jacta est », la pièce est jouée. Le Congo regarde le COACH dégringoler en direct. Tant pis si le Ministère public, qui coalise avec la partie civile, n’arrive pas à prouver que VK a pris l’argent. Les incohérences, seules, vaudront 20 ans de prison pour le meilleur élu de la République depuis son Walungu-Natal.

Le caméléon qui met au monde

Mais, VK en pend pour d’autres aussi. Tel ce caméléon qui saute d’un arbre pour donner naissance, au prix de sa vie.  Et c’est visible. Comment et pourquoi Thierry Taeymans, l’ex-Directeur général de la Rawabank qui avait fini au gnouf avant même le Directeur de cabinet, en a-t-il échappé ? Il n’est nulle part dans ce procès. Pourtant, c’est lui et à sa banque seule, à qui le Trésor Public a envoyé les 57 millions de dollars. C’est la Rawbank qui aurait décaissé la trentaine de millions en liquide, disparue depuis.

Nul ne sait retrouver les traces de l’argent. Vital Kamerhe en hérite des accusations, incapable de nous prouver, lui aussi, le contraire. Coupable ! VK pourrait ne pas en être clairement, qu’il le serait ! Autant l’argent a disparu, autant les faits sont graves, seule l’odeur de l’argent a été retrouvée chez Massaro.  Kamerhe n’a pas été filmé en train de récupérer une somme que l’accusation peine à définir.  Innocent ! Vital Kamerhe ne pourra l’être. Victime de ses propres démons, une vie des Kardashians, la volonté de faire briller deux soleils, et la prétention d’Icare.

Victime d’une alliance politique naïve, qui faisait de lui un Président futur, dans un pays où le pouvoir ne s’est jamais donné, Kamerhe s’est laissé aller dans ses pires pulsions, tentant de récupérer un retard matériel consécutif à sa longue traversée de désert post-Kabila.  Il faudra qu’il réponde et assume d’être le pire gestionnaire de l’histoire, celui qui a fait payer sans contrat, qui a menti à la barre, et qui n’a jamais réussi à se faire aimer par l’opinion publique.  La marque des génies, ceux qui finissent incompris, à l’image de Joseph Kabila et les autres ; ceux qui sont jugés avant leurs procès et condamner à cause de leur succès ; VK a oublié ainsi qu’il en était le portait. Se comportant comme un Pape à La Mecque, il a pris la Synagogue de Limete pour une Mosquée. Le voilà crucifié, aux côtés du programme des 100 jours, tel le larron qui verra le Christ seulement au ciel : Alea jacta est ! La pièce est jouée, elle était déjà jouée : sauf miracle.

Oui! Sauf miracle. Et le Congo en est bien le pays. Sauf un grand miracle, Kamerhe pourrait échapper à la guillotine. On verrait une Cour Constitutionnelle réclamer le dossier à la dernière minute et être dans ses droits! Ou peut-être le soleil s’arrêter sur Kinshasa. Sinon, n’attendez plus le verdict de ce procès. VK le sait. Il sera déclaré coupable. Mais, pour nous, pour ceux qui veulent la justice, la vraie ; ceux qui ont compris que Kamerhe n’aurait rien fait seul, qu’il aurait, à tout prix, eu d’autres mains autour de lui, anticipons déjà un procès en appel où nous allons devoir changer nos mentalités, celle de condamner politiquement un homme, avant même que débutent les débats. VK étant déjà emprisonné, la recherche de la vérité ne peut nous pousser à se  contenter d’une simple arrestation. L’arbre étant géant, la forêt immense, à la taille de ce programme-fiasco, il est de notre devoir, lors de ce procès en appel, de nous battre pour que la justice, la vraie, soit établie.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

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