Économie RDC : ce que le concours des mandataires publics met en jeu, et ce qu’il laisse dehors

RDC : ce que le concours des mandataires publics met en jeu, et ce qu’il laisse dehors

Le gouvernement ouvre un processus compétitif de sélection des mandataires publics « au détriment des quotas politiques ». Il porte sur quinze entreprises, dans un portefeuille qui en compte plusieurs dizaines et affiche 5 milliards de pertes en dix ans.

RDC : ce que le concours des mandataires publics met en jeu, et ce qu’il laisse dehors
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 AOÛT 2026 - 14:21 WAT · 4 min de lecture

Le gouvernement congolais a lancé, à dater du jeudi 30 juillet 2026, un processus compétitif de sélection des mandataires publics. Il porte sur quinze entreprises du portefeuille de l’État.

Le communiqué du ministère du Portefeuille énonce la rupture qu’il vise : mettre en avant le mérite, la transparence, l’équité et l’égalité des chances dans le mécanisme même de désignation des mandataires publics, « au détriment des quotas politiques ». L’objectif affiché est de « doter les entreprises du portefeuille de dirigeants compétents et de renforcer durablement leur gouvernance et leur performance ».

Le texte ajoute trois engagements : identifier et sélectionner les meilleurs profils, garantir l’égalité des chances entre les candidats, et « favoriser une représentation accrue des femmes au sein des instances dirigeantes des entreprises publiques ».

Ce que le passif chiffre

La mesure arrive sur un bilan documenté. Selon la Banque mondiale, les entreprises publiques congolaises ont cumulé plus de 5 milliards de dollars de pertes en dix ans.

Ce n’est pas la première tentative de réforme du mode de désignation. En mars 2025, le gouvernement annonçait déjà vouloir muscler le processus de recrutement des mandataires publics. En 2022, seize critères avaient été imposés aux postulants aux directions générales du FONER, de la SNEL et de la REGIDESO. En juillet 2025, une opération de contrôle avait été déclenchée sur les entreprises à économie mixte. Chacune de ces annonces a précédé des nominations dont la logique politique n’a pas été publiquement contestée par le gouvernement.

Quinze sur combien

Le chiffre qui limite la portée de l’annonce est dans le communiqué lui-même : quinze entreprises. Le portefeuille de l’État congolais en compte plusieurs dizaines, transformées en sociétés commerciales par la réforme de 2008, auxquelles s’ajoutent les établissements publics et les services publics à gestion autonome.

Le communiqué du 30 juillet ne dit pas lesquelles des quinze sont concernées, selon quel critère elles ont été retenues, ni si les autres suivront et à quelle échéance. Il ne dit pas non plus si les mandataires en fonction dans ces quinze entreprises restent en poste jusqu’au terme du processus, ni ce qu’il advient de leur mandat. Le ministère qualifie pourtant ce lancement d’« étape majeure ».

Le contexte budgétaire qui pèse sur ces entreprises

L’État qui réforme ses mandataires exécute par ailleurs son budget de manière très inégale. Un document de suivi budgétaire signé le 10 juillet 2026 par la Direction générale des politiques et programmation budgétaire, et publié par le ministère du Budget, établit qu’à fin avril 2026 l’exécution globale atteint 7 469,8 milliards de francs congolais pour une prévision linéaire de 16 323,1 milliards, soit un taux de 45,8 % sur les seules ressources propres.

La ventilation est plus parlante que le total. Les dépenses de personnel affichent un taux d’exécution de 91,4 %, parmi les plus élevés. Les dépenses d’équipements atteignent 0,7 % des prévisions linéaires. Les dépenses de construction, réhabilitation et acquisition immobilière s’établissent à 16,6 %.

Par secteur, l’écart tient du fossé : 81,3 % pour l’enseignement, 22,6 % pour la santé, 16,7 % pour les affaires économiques. Plusieurs rubriques n’enregistrent aucune exécution à fin avril, notamment les bourses d’études, le fonds de péréquation, plusieurs investissements financés sur ressources extérieures, et les investissements sur transfert aux provinces et aux entités territoriales décentralisées.

Une gouvernance d’entreprise publique réformée par concours reste tributaire d’un État qui exécute 0,7 % de ses équipements et ne transfère rien aux entités décentralisées.

Ce qui décidera si la mesure tient

Trois éléments manquent pour juger, et ils seront vérifiables une fois publiés. La liste des quinze entreprises, les postes ouverts et le calendrier des sélections. La composition du jury, ses règles de délibération et le degré d’indépendance de la sélection à l’égard du ministère du Portefeuille. Enfin, le sort réservé aux candidats retenus si leur nomination doit ensuite passer par un acte politique : le communiqué du 30 juillet ne précise pas si le résultat du concours lie l’autorité de nomination.

Ces questions sont adressées au ministère du Portefeuille, à la Primature, et à l’Inspection générale des finances.

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B
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