Guinée équatoriale : une alerte à l’Ebola dans l’hôtel où Washington déporte des migrants
Guinée équatoriale : une alerte à l’Ebola dans l’hôtel où Washington déporte des migrants
AFP
Des migrants déportés par les États-Unis et détenus dans un hôtel de Guinée équatoriale affirment qu’un cas d’Ebola présumé a été placé en quarantaine dans le même établissement. L’information, rapportée le 9 juillet par l’agence Associated Press, émane de leurs avocats et de deux déportés qui se sont exprimés sous anonymat, par crainte de représailles. À ce jour, aucune autorité sanitaire ne l’a confirmée.
Selon ces témoignages, un homme d’abord, une femme ensuite, ont été amenés à l’hôtel la semaine précédente par du personnel médical en combinaison de protection, et installés à un étage situé sous celui des détenus. Un médecin aurait indiqué oralement, en anglais, qu’il s’agissait de cas suspects d’Ebola, sans autre précision. La coalition d’avocats évoque « des signalements préoccupants, émanant de plusieurs détenus, selon lesquels une personne présentant un cas suspect d’Ebola a récemment été placée en quarantaine dans le même complexe hôtelier ». L’AP dit avoir vu des vidéos montrant des soignants en équipement de protection transporter des patients vers l’hôtel, qui avait déjà servi de centre d’isolement pendant la pandémie de Covid-19.
Rien, au-delà de ces récits, n’établit la présence du virus. Ni le ministère équato-guinéen de la Santé, ni l’Organisation mondiale de la santé, ni le Centre africain de contrôle des maladies n’ont confirmé ou démenti l’épisode. La coalition d’avocats elle-même demande aux autorités de « clarifier publiquement » la situation, signe qu’elle ne la tient pas pour acquise. Surtout, la Guinée équatoriale ne figure sur aucun bulletin épidémiologique de l’épidémie en cours.
Le recadrage géographique achève de fragiliser l’hypothèse. La Guinée équatoriale ne partage aucune frontière avec la République démocratique du Congo et s’en trouve éloignée d’environ 1 425 kilomètres. L’épidémie congolaise, due à la souche Bundibugyo, ne s’est propagée jusqu’ici qu’en Ouganda, avec vingt cas, et à travers un cas isolé en France. Un cas importé en Guinée équatoriale serait donc épidémiologiquement très improbable. Le pays a connu une épidémie du virus de Marburg, un autre filovirus, en 2023, close depuis, ce qui explique l’existence de protocoles d’isolement, mais le port d’un équipement de protection n’atteste d’aucun diagnostic.
Ce qui est établi, en revanche, c’est le sort de ces détenus. En octobre 2025, la Guinée équatoriale a accepté de recevoir des ressortissants de pays tiers expulsés par les États-Unis, dans le cadre du dispositif de l’administration Trump. Après un accord chiffré à 7,5 millions de dollars par l’AP et des élus américains, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a transformé un hôtel appartenant à sa famille, à Malabo, sur l’île de Bioko, en centre de détention. Dix-sept personnes y sont retenues, quatre femmes et treize hommes, originaires notamment d’Angola, de Mauritanie et d’Éthiopie. Toutes avaient obtenu de juges américains des décisions censées les protéger d’un renvoi vers leur pays d’origine, selon leurs avocats.
Les conditions décrites sont dures. « Les choses empirent chaque jour, personne ne vient nous parler, personne ne nous informe de rien, l’hygiène est inimaginable », témoigne l’un des détenus auprès de l’AP. Faute de masques et de désinfectants, les avocats disent redouter une exposition à la maladie. Le 5 juin, une coalition d’organisations, dont l’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique, a saisi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, accusant Malabo de détention arbitraire et de renvois forcés. La Guinée équatoriale est, selon l’AP, l’un d’au moins huit pays africains à avoir conclu de tels accords avec Washington. État pétrolier parmi les plus riches du continent, il est aussi régulièrement mis en cause pour sa corruption et ses atteintes aux droits humains, y compris par le Département d’État américain.
L’alerte tire toute sa charge de l’épidémie qui frappe la RDC, où l’Institut national de santé publique dénombrait, au 17 juillet, environ 2 267 cas confirmés et 893 décès, l’Ituri concentrant l’essentiel des victimes. Cette flambée n’a pas atteint la Guinée équatoriale. À ce stade, le fait vérifié demeure la détention opaque de dix-sept personnes contre rémunération, et une inquiétude sanitaire que les autorités concernées n’ont pas jugé utile de lever.
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