Kikwit : trois mois de délestage malgré le barrage de Kakobola
Le barrage devait éclairer Kikwit. Trois mois après sa mise en service, une seule turbine tourne et les coupures rythment le quotidien. L'écart entre l'ouvrage annoncé et le courant rendu.
Kikwit : trois mois de délestage malgré le barrage de Kakobola
AFP
À Kikwit, dans la province du Kwilu, l’électricité promise par le barrage de Kakobola se fait toujours attendre. Mis en service le 26 mars 2026 par le président Félix Tshisekedi, l’ouvrage devait alimenter Kikwit, Idiofa et Gungu. Trois mois plus tard, la desserte reste partielle, entrecoupée de coupures et limitée à quelques quartiers, au point que des habitants parlent d’une simple période d’essai plutôt que d’un raccordement effectif.
Le nœud est technique. Kakobola, centrale au fil de l’eau, affiche une puissance installée de dix virgule cinq mégawatts, répartie sur trois groupes de trois virgule cinq mégawatts. Mais une seule de ces machines fonctionne, en alternance, soit un tiers de la capacité, les turbines n’ayant pas encore été mises en parallèle. La distribution, censée être gratuite pendant la phase d’essai, obéit à des horaires souvent bousculés, et certaines cabines ont pris feu.
Sur le terrain, le décalage nourrit l’exaspération. « C’était dit que nous sommes dans la période d’essai de trois mois. Le courant sera fourni gratuitement de 9h à 16h et de 18h à 23h », rapporte le docteur Aimé Kavunga, acteur de la société civile de Kikwit. Il décrit une réalité plus rude. « Il y a même des quartiers qui, depuis qu’on a commencé à desservir, n’ont jamais eu d’électricité, comme le quartier Kanzombi », précise-t-il, évoquant une desserte tournante entre zones, faute de puissance suffisante.
À Idiofa, autre territoire censé bénéficier du barrage, le constat est le même. « On nous donne le courant pour une heure ou deux heures du temps après ça coupe », témoigne Pipete Arsène Kasiama, coordonnateur d’une structure de la société civile locale. « La population d’Idiofa est en train de demander au gouvernement que l’on nous donne un courant stable pour que Idiofa se développe », ajoute-t-il, liant l’accès à l’énergie et l’avenir économique de la région.
Derrière les coupures se profile aussi une question de gestion. La mise en parallèle des turbines, condition d’une montée en puissance, tarde, et la répartition des rôles entre les acteurs de la production, du transport et de la distribution alimente les tensions. L’ouvrage a coûté plusieurs dizaines de millions de dollars, entre le barrage et ses lignes. Pour l’heure, il éclaire moins qu’il ne promet.
Pour le Kwilu, Kakobola devait être un symbole de rattrapage, la fin d’années d’obscurité. Il illustre pour l’instant un travers connu des grands chantiers congolais, l’écart entre l’inauguration et le service rendu. Une centrale n’existe vraiment que le jour où le courant arrive, stable, dans les foyers. À Kikwit, ce jour-là n’est pas encore venu.
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