Corruption en RDC : un projet de loi de plus, entre appareil qui s’étoffe et résultats timides
Le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de loi anti-corruption, adossé à un écosystème international. Sur le papier, l'arsenal grossit. Dans les tribunaux, les condamnations restent rares, et le soupçon de sélectivité persiste.
Les députés nationaux votent en plénière dans la salle des congrès du palais du peuple. Photo: Assemblée nationale
AFP
Le 26 juin 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi portant lutte contre la corruption, porté par le ministre de la Justice Guillaume Ngefa. Le texte, encore au stade de projet et donc ni voté ni promulgué, articule quatre volets, prévention, détection, répression et procédures, impose aux entreprises privées des dispositifs internes de conformité, interdit les comptabilités opaques et renforce le recouvrement des avoirs illicites et la coopération internationale. Un appareil normatif qui s’ajoute à une pile déjà fournie.
Autour de ce texte gravite un écosystème dense. L’Agence de prévention et de lutte contre la corruption, l’Inspection générale des finances de Jules Alingete, la Cour des comptes, et côté international le Programme des Nations unies pour le développement et l’organisation IDLO. « La lutte contre la corruption ne doit pas être perçue comme un aveu de faiblesse, mais comme un sursaut patriotique », plaidait le coordonnateur de l’APLC, Victor-Michel Lessay, en juin 2025, décrivant une corruption « systémique, enracinée et longtemps tolérée ».
L’appel à l’action déborde le seul gouvernement. « Nous en appelons à la responsabilité de tous les acteurs impliqués dans la lutte contre la corruption en RDC, qui est un mal profond qui gangrène le fondement de notre société », insistait le représentant d’IDLO, Nick Elebe. Du côté du Parlement, la questeure de l’Assemblée nationale Chimène Polipoli renvoyait les élus à leur devoir : « C’est à nous, élus de la nation, qu’il revient de traduire en loi les engagements politiques pris en matière de transparence et de bonne gouvernance. »
Le décalage saute pourtant aux yeux dès qu’on regarde les chiffres. À l’indice de perception de la corruption de Transparency International publié en février 2025, la RDC obtient 20 points sur 100 et se classe 163e sur 180, un score inchangé par rapport à l’année précédente. Le bilan judiciaire, lui, reste modeste : le PNUD recense, pour la période 2020-2024, 111 enquêtes, 46 procès et 15 condamnations. L’appareil forme des magistrats et des officiers de police judiciaire, mais les verdicts se comptent sur les doigts.
Le cas le plus emblématique nourrit d’ailleurs la controverse. Dans l’affaire du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo a été condamné en mai 2025 à dix ans de travaux forcés, une décision qu’il conteste et présente comme une manœuvre politique. Sans endosser cette lecture, le dossier illustre le soupçon récurrent : celui d’une justice qui frapperait par intermittence et de façon sélective.
C’est ce que pointe la société civile. « Le succès ou l’échec de la lutte contre la corruption dépend en grande partie de l’indépendance, de l’intégrité et de la responsabilité du pouvoir judiciaire et du respect de l’État de droit », avertissait Valéry Madianga, coordonnateur du CREFDL. Une manière de rappeler qu’aucune loi ne vaut par son texte, mais par la main qui l’applique, et par sa capacité à viser sans distinction de camp.
Le projet de loi vient donc s’ajouter à un cadre déjà existant, la loi de 2022 sur le blanchiment, le décret sur la déclaration de patrimoine, la stratégie nationale 2022-2026, le projet de tribunal économique et financier. La tension est là, tout entière : d’un côté un dispositif qui, année après année, s’enrichit vraiment ; de l’autre des résultats que l’agence anti-corruption elle-même juge timides. Entre l’arsenal et son effet, il reste le maillon qui décide de tout, la volonté d’appliquer.
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