Afrique Révision constitutionnelle : ce que le précédent zimbabwéen éclaire du débat congolais

Révision constitutionnelle : ce que le précédent zimbabwéen éclaire du débat congolais

À Harare, on vient d'allonger le mandat du président de deux ans par une réforme votée. À Kinshasa, le débat sur un changement de Constitution inquiète l'opposition et l'Église. Le cas zimbabwéen n'est pas un calque, mais un révélateur.

Révision constitutionnelle : ce que le précédent zimbabwéen éclaire du débat congolais
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 8 JUILLET 2026 - 10:31 WAT · 3 min de lecture

Le débat qui agite la RDC a un air de déjà-vu régional. Le projet de changement de la Constitution porté par la majorité, le soupçon d’un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi que le pouvoir dément, l’opposition et l’Église vent debout : cette séquence, l’Afrique australe l’a déjà jouée. Pour en comprendre les mécaniques, un miroir utile se trouve au Zimbabwe.

Là-bas, l’histoire des limites de mandat est mouvementée. Robert Mugabe s’y est maintenu jusqu’à sa chute, provoquée par un coup de force militaire en novembre 2017 qui a porté Emmerson Mnangagwa au pouvoir. La Constitution de 2013 fixe pourtant deux mandats. Or, depuis 2024, le parti au pouvoir, la ZANU-PF, pousse une prolongation. Une résolution de son congrès de Bulawayo, en octobre 2024, demandait déjà que le mandat de Mnangagwa soit prolongé au-delà de 2028, jusqu’en 2030. En 2026, selon la presse panafricaine, une réforme constitutionnelle a acté ce glissement, faisant passer la durée des mandats de cinq à sept ans et prolongeant le président sortant, une manœuvre que ses détracteurs qualifient de « coup d’État constitutionnel ».

Le parallèle éclaire, mais il ne faut pas le forcer. Au Zimbabwe, le procédé passe par un amendement voté selon la procédure prévue par la Constitution. En RDC, l’opposition dénonce autre chose : non pas une révision encadrée, mais un changement de texte qui contournerait l’intangibilité de l’article 220, ce verrou qui interdit de toucher au nombre et à la durée des mandats. Autre différence de taille, Mnangagwa est arrivé au pouvoir par un putsch, quand Félix Tshisekedi a été élu. Le miroir zimbabwéen montre une mécanique, il ne prouve pas une équivalence.

Côté congolais, l’opposition a fait de la question sa ligne rouge. « Nous n’accepterons plus de revivre les heures sombres de la dictature avec des mandats illimités », déclarait Nicolas Lenga, de la coalition Article 64, le 19 mai 2026 sur Radio Okapi, rappelant que « M. Félix Tshisekedi est à son second et dernier mandat » et qu’aucune circonstance sécuritaire, sanitaire ou diplomatique ne saurait justifier un glissement.

L’Église a pris le même chemin. La Conférence épiscopale nationale du Congo, relayée par le cardinal Fridolin Ambongo fin juin, ne voit dans le projet « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité ». Face à cette double opposition, le pouvoir maintient sa défense : le président Tshisekedi affirme ne pas avoir sollicité de troisième mandat, il a saisi la Cour constitutionnelle sur la loi référendaire et renvoie toute décision à un référendum. Le troisième mandat reste, à ce stade, une intention dénoncée par ses adversaires et démentie par l’intéressé.

C’est précisément là que le précédent zimbabwéen devient instructif. Il rappelle que les limites de mandat tombent rarement d’un coup et par la force. Elles s’érodent le plus souvent par des textes techniques, présentés comme des réformes de modernisation, votés dans les formes. La vigilance, dès lors, se joue moins sur les mots d’un discours que sur le détail d’un procédé. Ce que Harare enseigne à Kinshasa n’est pas une prophétie, c’est une grille de lecture, celle qui invite à regarder la mécanique plutôt que la rhétorique.

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B
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