Mercato : ces enfants du Congo que les Léopards n’ont toujours pas convaincus
Mercato : ces enfants du Congo que les Léopards n’ont toujours pas convaincus
AFP
Approchez, mes frères, le vieux Coach a lu les journaux ce matin et il a le sourire en coin. Trois noms congolais circulent dans le mercato européen, et pas un seul de ces garçons n’a encore porté notre maillot. Voilà tout le drame et toute la promesse de notre football, résumés en trois transferts d’un jeudi de juillet.
Ba-Muaka Simakala, le rebond belge d’un enfant d’Eschweiler
Commençons par le fait, parce qu’il est officiel. Le 15 juillet, le KAS Eupen a annoncé la signature de Ba-Muaka Simakala, attaquant de 29 ans, libre après une saison en Azerbaïdjan du côté d’Araz-Naxçıvan. Le club l’appelle « germano-congolais », et il a raison. Né à Eschweiler, formé à Aix-la-Chapelle, passé par Mönchengladbach, Osnabrück, Kiel et Kaiserslautern, ce garçon a deux sélections dans les jeunes de l’Allemagne et pas une seule chez nous. Il rebondit en deuxième division belge, chez Felice Mazzù. Le Congo est dans son nom, dans son sang peut-être, mais pas encore sur sa poitrine.
Emmanuel Mbemba, le vrai dossier
Le plus sérieux des trois s’appelle Emmanuel Mbemba, et retenez-le. Ce jeudi 16 juillet, le Paris FC a annoncé sa signature en provenance du PSG, premier contrat professionnel, jusqu’au 30 juin 2030. Dix-huit ans, défenseur central gaucher, né à Melun de parents congolais. La saison dernière, il était capitaine des U19 du Paris Saint-Germain, champion de France et vainqueur de la Coupe Gambardella, brassard au bras dans les deux finales. Il a même refusé un contrat pro du PSG en décembre pour aller chercher du temps de jeu ailleurs. Voilà un garçon qui sait ce qu’il veut.
Et maintenant la question qui nous concerne. Le Paris FC parle d’un « international U19 français ». Il a joué la finale de l’Euro U17 avec la France, médaille d’argent au cou. Mais il a bel et bien la nationalité sportive congolaise en second, il est sélectionnable, et le vieux Coach connaît la musique. Un défenseur central gaucher de la génération 2008, formé au PSG, capitaine chez les jeunes, ça ne court pas les rues de Kinshasa ni d’ailleurs. Précisons tout de suite pour couper court aux rumeurs de quartier, ce Mbemba-là n’est pas de la famille de notre Chancel. Simple homonyme, patronymes différents. Mais si la FECOFA dort sur ce dossier, elle regardera dans cinq ans un défenseur français que nous aurions pu avoir.
Stephy Mavididi, le mirage qu’on nous vend chaque été
Et puis il y a celui dont on nous parle sans arrêt. Selon le journaliste Mark Hendry, les Rangers auraient entamé des discussions avec Leicester pour Stephy Mavididi, l’ailier de 28 ans, les Foxes en réclamant environ sept millions de livres après leur relégation en League One. Discussions, pas accord. Aucun club n’a communiqué. Alors traitons ça pour ce que c’est, une rumeur d’été.
Mais je veux surtout tuer une légende, parce qu’elle revient chaque année et qu’elle nous humilie. Mavididi n’est pas un Léopard. Il est né à Derby de parents congolais, il a porté vingt-deux fois les maillots de jeunes de l’Angleterre, et il n’a jamais été sélectionné en A, ni chez eux, ni chez nous. On a annoncé son choix pour la RDC avant la CAN, la presse a titré, et il ne s’est rien passé. Quand Desabre a publié sa liste de vingt-six pour le Mondial, en mai, son nom n’y était pas. Cessons de le compter parmi les nôtres. Un joueur, ça se convainc, ça ne se décrète pas dans un communiqué.
Le verdict du Coach
Voilà donc notre condition, mes frères. Nous produisons des joueurs partout, à Melun, à Derby, à Eschweiler, et nous en récoltons la moitié. Le Mondial que nous venons de vivre a prouvé que le maillot rouge peut désormais faire rêver, Wissa et Cipenga en sont la preuve vivante. C’est maintenant, dans cette fenêtre où la fierté est intacte, qu’il faut aller chercher les Emmanuel Mbemba, pas dans trois ans quand ils auront été appelés ailleurs. La FECOFA a des billets d’avion à prendre et des mamans à convaincre. Le vieux Coach, lui, garde ses noms sur un carnet. Et il compte bien vérifier, à la prochaine liste, qui aura fait son travail.