Diplomatie RDC-Rwanda : à Genève, un 5ème round sous la facilitation des Etats-Unis et toujours pas de mécanisme de vérification

RDC-Rwanda : à Genève, un 5ème round sous la facilitation des Etats-Unis et toujours pas de mécanisme de vérification

Les 15 et 16 juillet à Genève, la RDC et le Rwanda ont tenu la cinquième réunion du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire. Le communiqué conjoint annonce que les parties vont « explorer » d'éventuels mécanismes de vérification. Un an après Washington, la vérification reste à explorer.

Les ministres Congolais et Rwandais des Affaires étrangères lors de la signature de l'accord de paix en presence du Secrétaire d État des USA ce vendredi à Washington
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 17 JUILLET 2026 - 04:06 WAT · 5 min de lecture

Les 15 et 16 juillet 2026, à la Mission des États-Unis à Genève, la République démocratique du Congo et le Rwanda ont tenu la cinquième réunion du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, aux côtés des États-Unis, du Qatar, du Togo, médiateur de l’Union africaine, et de la Commission de l’Union africaine. Le communiqué conjoint publié le 16 juillet par le porte-parole du département d’État américain tient en quelques paragraphes, et l’essentiel y est dit en creux : les parties se sont accordées pour « explorer d’éventuels mécanismes de vérification » destinés à faciliter la mise en œuvre des accords de Washington. À la cinquième réunion, la vérification reste à explorer.

Ce que dit le communiqué

Le texte décrit une séquence de travail. Les délégations ont évalué l’environnement sécuritaire dans l’est de la RDC et cherché à établir une compréhension partagée des conditions sur le terrain, formule qui reconnaît en passant que les deux capitales ne décrivent pas le même pays. Kinshasa et Kigali ont réaffirmé leur engagement à appliquer rapidement les accords de Washington, en accélérant la neutralisation des FDLR ainsi que le désengagement des forces et la levée des mesures défensives, l’expression consacrée pour désigner le dispositif rwandais déployé en territoire congolais.

Les participants ont reçu un exposé de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC sur son programme de désarmement, démobilisation et réintégration, et discuté de la manière dont ce travail sert les objectifs des accords à travers le rapatriement des FDLR. La RDC et le Rwanda se sont engagés à un partage régulier d’informations pour maintenir une image exacte de la situation à l’est. Les deux États ont remercié les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et le Togo, qualifié les accords de Washington d’« opportunité historique de débloquer la sécurité et la prospérité pour les populations de la région des Grands Lacs », et convenu de se retrouver dans les prochaines semaines pour faire le point.

Ce qu’il ne dit pas

Le communiqué ne comporte aucune date, aucune échéance et aucun engagement chiffré. Il ne fixe pas de calendrier au désengagement des forces, ne dit pas combien de combattants des FDLR ont été neutralisés ou rapatriés, et ne mentionne aucune conséquence en cas de manquement. Le verbe qui porte l’annonce la plus commentée est « explorer », et le mécanisme de vérification, qui devrait être le cœur d’un accord de sécurité entre deux armées qui se sont affrontées par acteurs interposés, n’est encore qu’une possibilité à étudier, un an après la signature de Washington et après cinq réunions.

Le texte est également muet sur l’AFC/M23. Le mouvement relève d’une autre table, celle de Doha, mais il tient le terrain dont il est question à Genève. Un accord entre États sur le désengagement des forces laisse entière la question de ceux qui occupent les villes, et le communiqué n’en dit pas un mot. Rien non plus sur les Wazalendo, ni sur les combats en cours pendant que les délégations siégeaient en Suisse.

Le décor que le communiqué ignore

Cette cinquième réunion se tient dans un contexte que le texte ne mentionne pas et que les faits imposent. L’échéance de Washington est passée sans que le désengagement soit acquis. Les États-Unis, parrains du processus, ont eux-mêmes dénoncé des actions du Rwanda dans l’est de la RDC constituant selon eux une « violation flagrante » des accords. Le Groupe d’experts des Nations unies a constaté que les armes contredisaient le processus de paix, à Washington comme à Doha, où l’AFC/M23 refuse le retrait et le cantonnement.

Kinshasa a par ailleurs choisi une autre voie, en portant plainte contre le Rwanda devant la Cour internationale de justice. La RDC poursuit donc Kigali devant la juridiction mondiale et s’assoit à la même table à Genève, ce qui dit assez l’état de la confiance entre les deux délégations, et la raison pour laquelle un mécanisme de vérification indépendant serait autre chose qu’un raffinement technique.

Reste la question que pose tout communiqué de ce genre. La diplomatie a besoin de temps, et la répétition des rencontres vaut mieux que la rupture : tant que l’on se parle à Genève, on ne se tire pas dessus à cet endroit-là. Mais une réunion qui produit l’annonce d’une prochaine réunion ne se distingue d’un processus que par ses conclusions. La sixième dira si l’exploration a débouché sur un mécanisme, ou si elle reste ce qu’elle est aujourd’hui : une intention polie, dans une salle de Genève, à deux mille kilomètres du Nord-Kivu.

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B
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