Mines & Ressources La RDC à l’heure des investisseurs : capitaux et infrastructures autour des mines
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La RDC à l’heure des investisseurs : capitaux et infrastructures autour des mines

Bourse de Kinshasa avec la SFI, 199 millions de dollars publics d'exploration, KoBold sur le lithium de Manono, Helios Towers sur la connectivité minière : la RDC vit un moment de capitaux et d'infrastructures. À condition de distinguer les annonces des investissements réels.

La RDC à l’heure des investisseurs : capitaux et infrastructures autour des mines
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 13:24 WAT · 5 min de lecture

À Lubumbashi, du 17 au 19 juin 2026, la 21ᵉ édition de la DRC Mining Week a réuni des centaines d’exposants autour d’un mot d’ordre : faire du Congo « une plaque tournante mondiale des minéraux critiques ». La même semaine, à Kinshasa, le ministre des Finances signait avec la Société financière internationale un accord pour bâtir une bourse des valeurs. Et quelques jours plus tôt, le service géologique de l’État annonçait deux cents millions de dollars de recherches. Trois scènes, trois natures d’argent — et le portrait d’un secteur minier qui change de moment.

Encore faut-il ne pas tout mettre dans le même sac. Car derrière l’image flatteuse des « capitaux qui arrivent », ces flux n’ont ni la même origine, ni le même degré de réalité.

Premier étage : l’argent public de la connaissance

Le 15 juin, à Lubumbashi, le directeur général du Service géologique national du Congo, Raoul Wazenga Vitima, présentait un programme de 199,152 millions de dollars, financé à cent pour cent par l’État. La somme recouvre deux chantiers : 16,152 millions pour l’exploration du bloc Katanga 1A, le reste pour une vaste campagne de géophysique aéroportée couvrant du Katanga au Kongo-Central. « Au niveau du Katanga, nous constatons que les anciennes mines sont en train de s’épuiser. D’où la nécessité de poursuivre les recherches pour la découverte de nouveaux gisements », expliquait-il.

Ce n’est pas un investissement étranger, et c’est tout l’intérêt de le dire. L’État ne mise pas pour produire, mais pour savoir — cartographier le sous-sol afin d’attirer, ensuite, les capitaux privés. La dépense publique précède l’appétit du marché ; elle ne le remplace pas.

Deuxième étage : l’exploration privée, et son risque

Vient l’argent à risque, celui des explorateurs. L’américain KoBold Metals, soutenu par des investisseurs proches de la Silicon Valley, a lancé le 13 avril 2026 une campagne d’exploration supérieure à 50 millions de dollars, dont 20 déjà dépensés pour acquérir treize permis couvrant plus de 3 000 kilomètres carrés, avec 30 000 kilomètres de levés aéroportés prévus jusqu’au début 2027. L’entreprise est entrée au Congo par un protocole d’entente signé en juillet 2025 à Addis-Abeba, en présence de Félix Tshisekedi, dans le sillage des accords américano-congolais. Son objectif affiché : le lithium de Manono.

C’est là qu’il faut retenir l’enthousiasme. Le gisement de Manono est l’objet d’un contentieux non tranché : l’australien AVZ Minerals, via sa coentreprise Dathcom Mining, revendique les permis et a saisi l’arbitrage international du CIRDI, tandis que le chinois Zijin développe une partie du site. Présenter KoBold comme « maître » de Manono serait inexact ; il y est un prétendant, sur un terrain disputé. Et l’intention d’y investir « plus d’un milliard de dollars », évoquée en 2025, reste une perspective de long terme, non un capital engagé.

Troisième étage : les infrastructures qui rendent les mines possibles

Le moment minier ne se joue pas qu’au fond des puits. Il se joue aussi dans ce qui permet à une mine de fonctionner : l’énergie, les routes, le réseau. Le 1ᵉʳ avril 2026, l’opérateur de pylônes Helios Towers a signé avec l’Agence nationale pour la promotion des investissements une convention d’un montant pouvant atteindre 110 millions de dollars, pour étendre la couverture télécoms, y compris en zones reculées. À la DRC Mining Week, l’entreprise a mis en avant son ancrage minier : selon ses propres chiffres, près de 3 000 sites en RDC, dont plus de 50 en zones minières — Tenke Fungurume, Kamoa, Sicomines —, plus de 0,7 milliard de dollars investis depuis 2011, et une couverture dépassant 39 millions de personnes.

« La connectivité est aujourd’hui une infrastructure essentielle pour le secteur minier, au même titre que l’énergie, les routes et l’eau », a plaidé le directeur de Helios Towers RDC, Maixent Bekangba. « Sans une infrastructure numérique fiable, il ne peut y avoir ni performance durable ni compétitivité. » Ces données émanent de l’entreprise et servent aussi sa promotion ; elles n’en dessinent pas moins le chaînon souvent oublié de l’équation extractive. Dans le même esprit, le projet de Bourse de Kinshasa, porté avec la SFI par le ministre Doudou Fwamba Likunde, vise à doter le pays d’un canal de financement local — un accord de coopération technique, pour l’heure sans montant ni date d’ouverture.

Un décor porteur, des promesses à éprouver

Le contexte macroéconomique nourrit l’optimisme. Le Fonds monétaire international projette un produit intérieur brut de 123,41 milliards de dollars en 2026, contre 92,83 l’année précédente, et une croissance réelle de 5,9 %, tirée par le cuivre — près de 3,5 millions de tonnes produites en 2025 — et le cobalt, dont la RDC reste le premier producteur mondial. Mais le bond de 33 % en dollars tient en grande partie à l’appréciation du franc congolais, passé d’environ 2 850 à 2 100 pour un dollar fin 2025 : un effet de change, davantage qu’une richesse nouvelle.

C’est la juste lecture du moment. Le Congo n’attire pas un, mais trois types de capitaux — l’argent public qui éclaire le sous-sol, l’exploration privée qui parie à ses risques, les infrastructures qui rendent l’extraction viable. Aucun ne se confond avec les autres, aucun n’est encore une usine ni une mine en service. Entre la signature et le minerai, il reste la distance que mesurera, seule, la production des prochaines années.

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